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A Ouahigouya, Mamouna retrouve confiance et autonomie grâce à la couture

A Ouahigouya, dans la région du Yaadga, des filles et des femmes bénéficient d’un accompagnement au sein d’un espace sûr. Grâce au soutien psychosocial et aux formations aux activités génératrices de revenus, elles développent leur autonomie

Josaphat Compaoré
Mamouna, 22 ans, mère de deux enfants est originaire de Noogo.
APADE/2026
28 septembre 2026

Mamouna a 22 ans, mère de deux enfants. Elle est originaire de Noogo. Elle a dû quitter son village avec sa famille à cause du contexte sécuritaire, laissant derrière elle sa maison, ses biens et une grande partie de ce qu'elle avait construit. 

« Nous sommes partis dans l'urgence, sans pouvoir emporter l'essentiel. À notre arrivée à Ouahigouya, nous avions perdu nos moyens de subsistance et ne savions pas comment subvenir aux besoins de notre famille. Il nous arrivait de ne même pas savoir ce que nous allions manger le lendemain. » se souvient-elle.

Au-delà des pertes matérielles, le déplacement avait aussi affecté Mamouna Elle se sentait isolée, sans repères et progressivement privée de confiance en elle. Sans activité ni source de revenus, elle dépendait entièrement de sa famille, alors que celle-ci faisait déjà face à de nombreuses difficultés. 

« Personne n'avait vraiment le temps de s'arrêter pour discuter avec moi, m'écouter ou simplement me demander comment j'allais. Je vivais au quotidien avec le sentiment de ne plus avoir de place ni de rôle dans ma communauté. » ajoute Mamouna.

C'est dans ce contexte qu'elle a découvert l'espace sûr pour les femmes et les filles de Gourga, à Ouahigouya, où elle a été identifiée lors d'une activité de sensibilisation sur le mariage d'enfants Au début, Mamouna était silencieuse et réservée. Encouragée par l'animatrice, elle s'est progressivement ouverte aux échanges. 

À l’espace sûr, Mamouna retrouve peu à peu confiance en elle.

Grâce au soutien financier du comité national Suisse pour l’UNICEF, l’UNICEF et le ministère de la Famille et de la Solidarité, accompagnent à travers l'approche intégrée du projet de prévention et réponse aux Violences Basées sur le Genre, à l'Exploitation et aux Abus Sexuels, les femmes et les filles vulnérables ou exposées aux violences basées sur le genre. Elles bénéficient notamment d'un soutien psychosocial, de séances d'information et de sensibilisation, d'orientations vers des services spécialisés et d'un appui aux activités génératrices de revenus.

Mamouna a alors rejoint l’espace sûr pour les femmes et les filles de Gourga regroupant une cinquantaine de femmes. Au fil des activités, sa timidité a laissé place à davantage d'assurance. Les séances de soutien psychosocial et de sensibilisation lui ont notamment permis d'acquérir des connaissances sur les droits des femmes, les dénis de ressources et les bienfaits de l'harmonie dans le couple.

Mamouna participe à une sensibilisation animée par APADE avec d’autres femmes à l’espace sûr
APADE/2026 Mamouna participe à une sensibilisation animée par APADE avec d’autres femmes à l’espace sûr

« Je suis toujours joyeuse lorsque je me retrouve en groupe avec les autres femmes dans l'espace sûr. L'espace sûr pour les femmes et filles de Gourga a été l'endroit où j'ai vraiment pu me sentir en sécurité car j'ai été écoutée sans être jugée. J'ai rencontré des femmes qui avaient des histoires de vie comme la mienne qui ont su se relever, se reconstruire et croire en elles et en l'avenir. Cela m'a marquée et m’a redonné confiance. » Raconte-t-elle.

 Avant, Mamouna n’avait aucune source de revenus, elle dépendait des dons des proches et de l’aide humanitaire.  A l’espace sur, elle a également bénéficié d'une formation professionnelle en couture, une compétence qui a progressivement transformer son quotidien. Elle se sent de nouveau importante et utile grâce à cette activité qui lui permet de disposer de revenus et de faire de petites économies, et dispose désormais d'une marge de décision sur l'utilisation de ses propres ressources.

Avec son activité de couture, elle gagne en autonomie et se projette dans l’avenir.

« Actuellement, je me sens autonome et libre de mes choix et de mes décisions, surtout en lien avec comment utiliser les ressources financières issues de mon activité de couture. J’arrive à faire de petites économies grâce auxquelles je parviens à gérer certaines dépenses de ma famille : contribuer à scolariser, vêtir et soigner mes enfants ». Se réjouit-elle

Mamouna relève les mensurations d’une cliente avant la confection de sa tenue
APADE/2026 Mamouna relève les mensurations d’une cliente avant la confection de sa tenue

Ce changement n'est pas passé inaperçu dans son entourage. Abdou, son beau-père, a vu Mamouna reprendre progressivement confiance et retrouver une place active au sein du foyer.

« Depuis qu’elle a intégré le programme, ma belle-fille est épanouie et sereine. Grâce à son activité génératrice de revenus, elle participe aux dépenses du ménage et les tensions ont diminué au sein de son foyer. Ce qui me rend le plus fier, c’est l’humilité avec laquelle elle vit cette transformation. », témoigne Abdou.

Selon Latifatou Sawadogo, animatrice VBG à l’ONG All for Peace and Dignity (APADE), il est important de combiner accompagnement psychosocial et autonomisation économique pour permettre aux femmes de se reconstruire durablement : « Chez cette bénéficiaire, les résultats significatifs observés sont une estime et une confiance en soi renforcées. Elle dispose d'une source de revenu, elle a un pouvoir de décision au sein du ménage et contribue à soigner, scolariser et nourrir ses enfants. Son parcours démontre que lorsque les femmes bénéficient à la fois d'un soutien psychosocial et d'opportunités économiques, elles peuvent reconstruire leur vie avec dignité et confiance ».

Mamouna bénéficie d’une séance d’échange individuelle avec l’animatrice du projet
APADE/2026 Mamouna bénéficie d’une séance d’échange individuelle avec l’animatrice du projet

Aujourd'hui, Mamouna ne se définit plus seulement par ce qu'elle a perdu, mais par ce qu'elle peut construire. Elle souhaite développer son activité, disposer d'un espace plus grand, acquérir plusieurs machines et, à terme, former et employer d'autres jeunes filles.

« Je souhaite que ce type d'accompagnement puisse continuer à bénéficier à d'autres filles déplacées qui, comme moi, ont tout perdu et ont besoin d'un soutien pour retrouver leur autonomie et reconstruire leur vie, » plaide Mamouna.