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Habibou surmonte son traumatisme et aspire à la réussite

Au Sahel, bon nombre d’enfants ont vécu ou ont été témoins d’évènements traumatisants et portent en eux les séquelles qui affectent leur santé mentale.

Ndiaga Seck
Habibou, 13 ans, joue dans un espace ami des enfants à Dori au Burkina Faso.
UNICEF/2025/Adamou
09 décembre 2025

Aujourd’hui, Habibou est très occupée à composer une charpente en mettant des bouts de différentes couleurs ensemble. Elle est méticuleuse, absorbée par le jeu qu’elle semble aimer.

« A l’espace ami des enfants, nous jouons, nous jouons au Tchikilidje, au Lenda, certains jouent au ballon, d’autres dessinent », dit-elle, souriante.

Voilà trois mois que Habibou fréquente cet espace ami des enfants de Dori, dans la région du Sahel dans le nord-est au Burkina Faso. Elle s’adonne aux jeux et échange avec les autres enfants, chose qu’elle ne faisait pas quand elle venait d’arriver.

Habibou est venue de Sampelga d’où a fui sa famille en raison d’une violence sans précédent qui a frappé le village. L’adolescente de 13 ans a été témoin d’évènements traumatisants.

Habibou et sa famille reçoivent un appui psychosicial

« L’attaque est survenue vers 17.00, et Habibou était à l’école. Quand les enfants ont entendu les tirs, ils étaient embrouillés. Nos papas et nos sœurs ont été tués, et tous nos biens ont été brûlés. Nous remercions Dieu parce qu’on a pu fuir pour venir ici à Dori », relate Boubacar Maiga, le père de Habibou. 

Le déplacé Boubacar Maiga discute avec sa fille Habibou à Dori au Burkina Faso.
UNICEF/2025/Adamou Le déplacé Boubacar Maiga discute avec sa fille Habibou à Dori au Burkina Faso.

La nuit, Habibou faisait des cauchemars. Une fois à Dori, le chef de famille s’inquiétait de la santé mentale de sa fille. « Quelquefois, quand Habibou dormait, nous ne dormions pas. Elle sursautait. On voit qu’elle n’était pas bien dans sa tête. Grâce aux sensibilisations, et le suivi des enfants, la situation s’est améliorée », explique-t-il.

L’écoute et le suivi sont assurés par André Ouédraogo, psychologue à ACD Nangue, une ONG partenaire de l’UNICEF au Sahel. Il organise des activités psychosociales à l’espace ami des enfants, afin d’amener les enfants qui ont vécu ou été témoins d’évènements traumatisants à oublier, à se relever et à prendre le chemin de la guérison.

« A l’espace ami des enfants, nous organisons des jeux psychothérapiques, qui ont des vertus psychologiques. Ces jeux ont permis à Habibou d’exprimer ses émotions, d’extérioriser des réalités qu’elle a vécues à Sampelga, et qui, étant enfouis en elle, l’empêchaient de s’ouvrir », dit Dr Ouedraogo. 

Le psychologue André Ouedraogo tient des séances individuelles avec Habibou, 13 ans, déplacée à Dori au BurKina Faso.
UNICEF/2025/Adamou Le psychologue André Ouedraogo tient des séances individuelles avec Habibou, 13 ans, déplacée à Dori au BurKina Faso.

Selon le psychologue, l’unique moyen qu’a Habibou de se protéger, c’est de s’enfermer sur elle-même. Mais en réalité, cette attitude l’empêche de s’intégrer socialement, d’où son manque d’enthousiasme quand elle était avec les autres enfants. Dr Ouedraogo a organisé des sessions individuelles avec elle afin de l’aider à surmonter le trauma. Il s’est rendu régulièrement chez elle également, pour tenir des sessions collectives avec elle et ses parents qui, eux aussi, avaient besoin d’accompagnement psychosocial.

« Les visites du Dr Ouedraogo sont bénéfiques. Il passe souvent discuter avec nous et après son passage, Habibou semble soulagée, heureuse », apprécie M Maiga. 

Les enfants montrant des signes post-traumatiques sont pris en charge

La région du Sahel fait face à une crise humanitaire aiguë, exacerbée par l’insécurité, la forte vulnérabilité structurelle, et le changement climatique. Selon les estimations du Conseil National de Secours d'Urgence et de Réhabilitation (CONASUR) de mars 2023, le région accueille le plus grand nombre de personnes déplacées internes (PDI) au Burkina Faso, plus de 500 000 (24,3%), et environ 18 000 réfugiés.

La ville de Dori abrite plus 177 000 déplacés et réfugiés, dont plus de 50% d’enfants. Bon nombre d’entre eux ont vécu ou ont été témoins d’évènements traumatisants et portent en eux les séquelles qui affectent leur santé mentale. De nombreux enfants comme Habibou, ont besoin d’un soutien psychosocial pour surmonter les traumatismes vécus.

Le psychologue André Ouedraogo organise des jeux psychothérapiques à l'espace ami d'enfants de Dori, Burkina Faso.
UNICEF/2025/Adamou Le psychologue André Ouedraogo organise des jeux psychothérapiques à l'espace ami d'enfants de Dori, Burkina Faso.

Depuis leur déplacement à Dori, M Maiga se rend sur les sites d’orpaillage pour gagner sa vie et sa femme vend des galettes de farine au coin de la rue pour subvenir aux besoins de la famille. Grâce au Fonds central d'intervention d'urgence (CERF), l’UNICEF met en œuvre un programme multisectoriel pour répondre aux besoins des déplacés internes, offrant un appui psychosocial aux enfants affectés comme Habibou et à leur famille. 

« Nous avons aussi reçu du riz, de l’huile, et des ustensiles de cuisine et nous vous remercions beaucoup pour cette aide », confie M Maiga.

Dans la région du Sahel, 10 593 enfants dont 5 655 filles ont bénéficié de soins de santé mentale et de soutien psychosocial, grâce aux activités créatives et récréatives menées dans neuf espaces amis des enfants (EAE). Parmi ces enfants, 39 qui présentaient de graves signes post-traumatiques ont bénéficié d'une prise en charge psychologique. 

Talardia Natama (au milieu, en chemise bleue et blanche), chargé de protection de l’enfant à l’UNICEF échange avec les agents de l'ONG partenaire ACD Nangue à Dori, Burkina Faso.
UNICEF/2025/Adamou Talardia Natama (au milieu, en chemise bleue et blanche), chargé de protection de l’enfant à l’UNICEF échange avec les agents de l'ONG partenaire ACD Nangue à Dori, Burkina Faso.

Grâce au CERF, les besoins spécifiques des enfants sont adressés

Avec le financement CERF, 253 enfants dont 135 filles y compris les enfants vivant avec un handicap, victimes ou à risques de violences, ont bénéficié d’une prise en charge d'urgence, dont 28 filles survivantes de violences basées sur le genre alors que 67 enfants dont 49 filles ont été inscrits ou réinscrits à l’école. Afin de renforcer l’autonomisation socio-économiques des familles des enfants vulnérables, 16 familles ont bénéficié d’accompagnement pour la mise en œuvre d’activités génératrices de revenus.

« A travers l’espace ami des enfants, on a pu identifier Habibou qui a vécu un traumatisme particulier, et qui nécessite une prise en charge particulière. Elle a été suivie par un psychologue. Elle avait abandonné l’école, et on a pu la réinscrire à l’école. L’année passée, elle a eu son Certificat d’études primaires (CEP), et cette année, elle est en classe de 6e », souligne Talardia Natama, chargé de protection de l’enfant à l’UNICEF basé à Dori. 

Habibou surmonte son trauma et renoue avec l’éducation à Dori, Burkina Faso.
UNICEF/2025/Adamou Habibou surmonte son trauma et renoue avec l’éducation à Dori, Burkina Faso.

Aujourd’hui, Habibou remonte la pente petit à petit. Elle a renoué avec l’éducation, et elle poursuit ses études pour réaliser son rêve. 

« Je veux étudier, avoir une moyenne de 20/20, aller jusqu’en classe de Terminale et réussir », conclut-elle.