À Dédougou, les femmes se reconstruisent grâce à un espace sûr
Pour les femmes de Dédougou, l’espace sûr est bien plus qu’un centre : c’est un refuge et un tremplin vers l’autonomie. Ici, elles développent des compétences, se soutiennent entre elles et reprennent confiance en leur avenir.
Aminata (nom d’emprunt) a 30 ans. Déplacée interne venue de Diourla, elle est mariée et mère de quatre enfants. Les séances de sensibilisation dont elle a bénéficié à domicile l’ont convaincue d’intégrer l’espace sûr.
« Ici, nous sommes informées et sensibilisées sur l’excision, le mariage d’enfants et les violences basées sur le genre. En tant que déplacées internes, la vie n’était pas toujours facile, mais grâce à cet accompagnement nous sommes en train de devenir autonomes. Les activités génératrices de revenus nous aident beaucoup à subvenir à nos besoins, à payer la scolarité de nos enfants et les soins de santé. Elles me permettent même de faire des économies pour les urgences », raconte-t-elle.
Aminata a pris la parole lors d’une rencontre des femmes de l’espace sûr de Dédougou pour échanger sur les acquis psychosociaux et les activités génératrices de revenus dont elles ont bénéficié.
Chaque femme de l’espace sûr a pu partager ses expériences et ses préoccupations en toute confiance. Silla Sirandou, gestionnaire des cas de violences basées sur le genre (VBG) au Comité International pour l’Aide d’Urgence et le Développement (CIAUD) partenaire de l’UNICEF, a écouté les femmes avec attention et empathie, faisant preuve de discrétion et de respect. Elle témoigne sur ces moments partagés.
« Le fait de voir le sourire sur les lèvres des femmes que j’ai accompagnées, me donne un grand sentiment de satisfaction et me fait sentir utile à ma communauté. Quand elles viennent ici, elles veulent que je remarque qu’elles sont épanouies. Elles sentent qu’elles sont valorisées, considérées et qu’elles ne sont pas jugées. Quand on leur donne des vivres ou du matériel, elles restent souvent ici à discuter entre elles et ne veulent même plus rentrer », témoigne-t-elle.
Grâce au soutien du Ministère fédéral des Affaires étrangères allemand (Germany Federal Foreign Office – GFFO), le Ministère de la Famille et de la Solidarité et l’UNICEF accompagnent les survivantes de VBG, notamment dans les zones affectées par l’insécurité. En plus de l’appui psychosocial y compris le service d’écoute qui adresse un certain nombre de leurs symptômes psychosociaux, les femmes bénéficient d’activités génératrices de revenus afin de renforcer la résilience à travers une autonomie financière.
Djamila (nom d’emprunt) est une jeune femme vulnérable qui n’avait pas accès ni à des ressources, ni à des opportunités. Après l’échec de son premier mariage, elle pensait avoir trouvé une nouvelle chance. Son nouvel époux lui avait assuré qu’elle serait la seule épouse. Mais à son arrivée à la maison conjugale, elle découvre qu’elle avait déjà deux co-épouses, et elles la maltraitaient régulièrement.
À cette situation difficile s’ajoutait le fait que son mari ne subvenait pas à ses besoins. Lorsqu’elle essayait de faire un petit commerce, il lui retirait souvent ses gains, et lui interdisait parfois l’accès à la maison, alors qu’elle avait un enfant en bas âge.
« Quand elle est venue me voir, j’ai été profondément touchée par sa situation. Elle avait besoin d’aide alimentaire et souhaitait lancer un petit commerce. Dès qu’elle a reçu de l’aide, elle a pu commencer à vendre des biscuits », explique Sirandou.
La plupart des bénéficiaires du programme proviennent davantage des communautés déplacées que des communautés hôtes. Ce programme a permis à de nombreuses femmes de bénéficier d’un accompagnement essentiel. Il incluait également des activités de protection de l’enfance, telles que l’assistance pour l’obtention d’actes de naissance, et les actions de prévention ou d’atténuation et de prise en charge des VBG.
A la clôture du programme, les femmes ne seront pas délaissées. Un suivi sera assuré auprès des celles qui ont reçu des kits pour leurs activités génératrices de revenus, afin de les aider à faire fructifier leurs initiatives et à préserver les acquis obtenus.
« L’autonomie financière fait beaucoup de bien aux femmes, car elles peuvent subvenir à leurs besoins et contribuer aux charges du foyer. Certaines sont même cheffes de ménage », souligne Aïssata Diallo, chargée de violences basées sur le genre à l’UNICEF.
À travers ce programme finance par GFFO, le Ministère de la Famille et de la Solidarite nationale et l’UNICEF ont mis en place deux espaces sûrs dans la région des Bankui ex-Boucle du Mouhoun, permettent à au moins 10000 femmes et filles de bénéficier, selon leurs besoins, d’un appui psychosocial. Elles bénéficient également de séances de sensibilisation sur les exploitations et les abus sexuels (EAS) les VBG, le mariage d’enfants, les mutilations génitales féminines, ainsi que de formations aux activités génératrices de revenus (AGR).
L’UNICEF remercie le Germany Federal Foreign Office (GGFO) pour son appui constant en faveur de la protection et de l’autonomisation des femmes et des filles du Burkina Faso.