Jeanine et Isidore : quand les jeunes reprennent leur avenir en main
Grâce au soutien du Danemark, l’UNICEF œuvre pour l’autonomisation de 5 000 jeunes et femmes, y compris les personnes en situation de handicap et les personnes déplacées internes (PDI)
À Kampti, région du Djôrô, Jeanine 23 ans, se souvient des difficultés qui ont marqué son parcours scolaire.
« Mon parcours n’a pas été facile. Ma mère a tout fait pour que je puisse aller à l’école jusqu’en terminale, et chaque fois que j’y pense, les larmes me viennent tant elle a souffert pour moi », raconte-t-elle.
Après deux tentatives échouées au baccalauréat, elle perd peu à peu confiance. Elle devient mère, et tout paraît soudain flou.
Mais un jour, tout change. Une opportunité de formation en élevage et e-commerce arrive dans son village. Elle hésite, mais sa mère l’encourage. Jeanine se lance. « Ma maman a eu le courage de m’encourager. Et maintenant, elle me donne des conseils petit à petit. Et voilà aujourd'hui, je me suis inscrit pour faire le métier. À l'heure-là, je me débrouille pas mal », confirme-t-elle.
À quelques kilomètres, Isidore, 19 ans, a lui aussi vu ses ambitions scolaires s’effondrer. Ayant un handicap avec une limitation fonctionnelle du membre supérieur et inférieur droits, après deux échecs au Certificat d’études primaires (CEP), il quitte l’école. Pendant un moment, il ne sait plus où aller. Puis il est orienté vers un centre d’éducation de base non formelle (CBNF). Un peu plus tard, il a la chance de trouver une place dans un atelier de menuiserie pour un stage.
Au début, rien n’est simple : il peine à scier droit, à manier les outils, à mesurer précisément. « Maintenant je fais des coffres, des tables », confie-t-il.
Jeanine et Isidore sont des participants au projet « Yirwali » qui consiste à renforcer le leadership, la participation citoyenne et l’autonomisation de 5000 femmes et jeunes des régions du Liptako, du Yaadga, du Djôrô et du Tannounyan. D’une valeur de 4 millions de dollars, le projet mis en œuvre par le Ministère de la jeunesse, des sports et de l’emploi et l’UNICEF avec l’appui de l’Ambassade du Danemark vise à offrir aux femmes et aux jeunes filles et garçons des espaces d’apprentissage, d’engagement citoyen et de renforcement des compétences pour accroître leur résilience, promouvoir la cohésion sociale et contribuer à la protection des enfants.
Apprendre, progresser, se redécouvrir
Aujourd’hui, Jeanine s’occupe de deux ruminants, une brebis et une chèvre. Elle les nourrit, nettoie leur enclos et surveille leur état de santé.
« Quand je me lève, elles me suivent. Je leur donne à manger, et j’observe si tout va bien », dit-t-elle avec douceur.
Maintenant les choses commencent à changer, comme le confirme sa mère Edith, son pilier. « Avant, elle ne pensait qu’à ses échecs. Mais à présent, elle est concentrée sur ce travail. Elle a amené les ruminants et s’occupe très bien d’eux. Quelquefois quand elle sort, elle me rappelle toujours m’en occuper d’eux car la pluie ne doit pas les battre », dit-elle avec fierté.
Jeanine fait aussi partie d’un groupe association villageois d'épargne et de crédit (AVEC), avec 29 autres jeunes femmes ou elle joue le rôle de secrétaire. Chaque dimanche, elles cotisent, empruntent, planifient. Ce système simple lui donne un souffle nouveau.
« Je préparais le dolo (la bière locale) une fois par semaine. Avec le crédit que j’ai emprunté, je prépare le dolo deux fois par semaine. Je gagne beaucoup d’intérêts et je paye aussi », explique-t-elle.
Comme Jeanine, Isidore avance sur son propre chemin. Et pour lui, ce changement est tout aussi déterminant. A l’atelier de menuiserie, son patron, Abraham Sibe Octave de Noël, suit ses progrès, jour après jour.
« Quand il est arrivé, il ne savait pas scier. Mais il a l’amour du métier. Il fabrique déjà de belles choses, et je me dis qu’avec un peu de temps, il pourra devenir son propre patron », dit-il avec assurance.
Pour Isidore, ces mots comptent. Ils lui prouvent qu’il n’est plus l’élève en difficulté d’autrefois. Il devient un apprenti, un jeune capable, un futur professionnel.
Le père d’Isidore, Patrice Kombou, observe son fils reprendre pied avec une certaine fierté.
« Je voulais qu’il apprenne un métier, pour qu’il s’en sorte demain. Depuis qu'il travaille, il y a beaucoup de choses qui ont changé. Maintenant qu’il sait créer des choses de ses propres mains, je ne peux que dire Dieu merci ».
Quand la seconde chance transforme deux parcours
Entre l’élevage, la menuiserie et les initiatives communautaires, c’est tout un réseau de jeunes et de femmes, de parents et de formateurs qui se mobilise pour rebâtir l’avenir. Ce ne sont pas seulement des formations, ce sont des portes qui s’ouvrent.
Aujourd’hui, Jeanine et Isidore avancent avec confiance vers un avenir qu’ils recommencent à choisir, grâce au projet. Dans un contexte marqué par l’insécurité, les déplacements massifs et les inégalités persistantes, ces initiatives offrent une seconde chance et permettent aux communautés de bâtir des solutions durables, inclusives et porteuses d’espoir.