Mettre fin à l’excision : le combat des communautés des régions de la Nakambé et de Oubri
De Zorgho à Tenkodogo, les sensibilisations contre les mutilations génitales féminines (MGF) portent progressivement leurs fruits.
Autrefois, certains arguments religieux et traditionnels étaient avancés pour justifier l’excision. Mais les mentalités évoluent. Issaka Minougou, Imam à Baskouré, un village de la commune Tenkodogo, reconnaît aujourd’hui que ces prétextes appartiennent au passé.
« Il est vrai qu’au départ, je devais défendre l’excision parce qu’elle était perçue comme une tradition. Avec le temps, on s’est rendu compte qu’elle n’était ni une pratique traditionnelle authentique, ni une obligation religieuse. Nous avons compris que l’excision n’a véritablement pas sa raison d’être », confie-t-il.
Une formation animée par l’Association Solidarité Action Faire Face (ASAFF), lui a permis de mesurer l’ampleur des conséquences des mutilations génitales féminines (MGF) sur la santé des femmes et des filles. C’est ainsi qu’il est devenu une voix décisive contre cette pratique néfaste au sein de sa communauté.
Un jour, une tante de l’Imam est venue lui exposer un problème préoccupant : sa fille, excisée dans son enfance, souffrait encore de séquelles et présentait des pertes blanches persistantes. À l’approche de son mariage, la famille envisageait une nouvelle excision, pensant corriger ce qui avait été mal fait.
L’Imam leur a alors proposé de prendre le temps de réfléchir. Le lendemain, il participait à une formation de sensibilisation contre les MGF, qui lui a fait prendre pleinement conscience de la souffrance infligée aux femmes et aux enfants.
« À mon retour, j’ai expliqué à la mère de la fille qu’il fallait abandonner cette pratique. Il n’était pas juste de blesser une seconde fois l’enfant. Exciser une fille, c’est lui enlever un organe ou une partie d’un organe, ce qui peut entraîner des dysfonctionnements dans son corps », ajoute-t-il.
Grâce à son intervention, le projet d’exciser la jeune fille a été abandonné. Lorsque l’Imam a fait le compte rendu aux formateurs, ceux-ci ont salué son engagement.
Des animatrices au cœur du changement
Placée sous le leadership du ministère de l’Action humanitaire et de la Solidarité nationale, et soutenue financièrement par l’UNICEF et l’UNFPA, la mise en œuvre du programme conjoint pour l’élimination des MGF, repose aussi sur le travail acharné des animatrices communautaires.
À Zorgho, Sophie Kaboré en fait partie. Depuis 14 ans, elle est engagée afin que d’autres filles ne subissent l’excision.
« Mère de quatre filles, aucune d’elles n’a été excisée. Parce que j’ai moi-même subi l’excision étant jeune fille, et je me suis promis que mes enfants ne la subiraient jamais », confie-t-elle.
Dans le cadre de son travail, elle recense les enfants à risque, met en place des clubs de filles et de garçons et anime des sessions thématiques au sein des communautés. Les causeries-débats, appuyées par l’utilisation de boîtes à images et les témoignages, facilitent la prise de conscience collective.
« Assister à des accouchements m’a permis de voir clairement la différence entre une femme excisée et une femme non excisée. Ces souffrances que vit une femme excisée, m’ont profondément motivée à agir », ajoute-t-elle avec émotion.
Des mères transformées par l’information
Ouédraogo Koumbou habite à Zorgho. Mère de huit enfants, elle connaissait, avant de participer à une formation sur les conséquences des MGF, une de ses voisines qui continuait de vivre avec de lourdes séquelles de l’excision. Confrontée à des images réelles lors de la formation, Koumbou en garde un souvenir qui a profondément bouleversé sa perception de l’excision.
« J’avais entendu parler de l’excision sans vraiment savoir ce que c’était. Les images que j’ai vues pendant la formation m’ont choquée, surtout celles de l’accouchement. Je me suis dit que cela pouvait provoquer la mort, » dit-elle.
Dans les régions de la Nakambé et d’Oubri , au total, 1781 leaders communautaires ont été formés, 53404 personnes sensibilisées, 8860 filles et femmes ont échappé à l’excision dans le cadre du Programme conjoint UNFPA–UNICEF pour l’élimination des MGF et du Programme mondial UNFPA-UNICEF pour mettre fin au mariage des enfants. Le programme promeut les droits des adolescentes en les protégeant contre les mariages et les grossesses précoces, tout en leur offrant les moyens de réaliser leurs ambitions à travers l’éducation et d’autres alternatives.
C’est ainsi qu’informés et sensibilisés, l’Imam Issaka Minougou et Koumbou Ouédraogo sont devenus des voix écoutées dans leur communauté. Ils vont de maison en maison ou rassemblant les familles pour expliquer les conséquences de l’excision, notamment les hémorragies, les infections, douleurs et complications urinaires ou lors de l’accouchement, traumatismes psychologiques, culpabilité et honte pour les victimes, etc.
Ensemble, ils souhaitent que toutes les communautés abandonnent cette pratique et construisent un avenir sain où les filles peuvent grandir, se marier et accoucher en toute sécurité, loin des dangers de l’excision.
Les différentes initiatives portées par les cellules communautaires de protection de l’enfant, les leaders communautaires engagés, les animatrices et les mères, montrent que l’éducation et la sensibilisation peuvent changer durablement les mentalités, afin que les mutilations génitales féminines soient définitivement éradiquées dans nos communautés.