Zéro mariage d’enfant dans la commune de Boukoumbé.
Grâce à l’appui du Gouvernement du Bénin et du Canada, les comités de veille villageoise luttent efficacement contre les mariages précoces.
Au cœur des montagnes de l’Atacora, une prise de conscience silencieuse est en marche. Boukoumbé, l'une des neuf communes du département de l'Atacora, au nord-ouest du Bénin, est située à proximité de la frontière avec le Togo. Dans cette commune, le passage à l’âge adulte a longtemps été dicté par les cérémonies initiatiques. Une fois initié, l’enfant devenait socialement prêt pour le mariage, quel que soit son âge. C’est contre ces traditions, souvent synonymes de mariages précoces et de mutilations génitales féminines, que se dressent aujourd’hui les Comités de veille villageoise (CVV).
Kouagou Cécile est l'un des visages de ce changement. Présidente de l'association des mères d'élèves à Kounadogou et membre du CVV, elle porte une double responsabilité. Handicapée, Cécile a transformé sa propre vulnérabilité en un levier de confiance. Sa mission ? Convaincre les parents les plus marginalisés que l'hôpital et l'école sont des lieux de refuge, et non d'exclusion. « Je sensibilise surtout ceux qui, comme moi, vivent avec un handicap à prendre des rôles de responsabilité au sein de la communauté comme leader, ou représentante de groupe communautaire. Aussi je rassure les parents qui ont des enfants en situation de handicap qui craignent que leurs enfants soient mal accueillis ou rejetés », confie-t-elle. Le CVV est le premier maillon d'une chaîne de protection qui relie la case du village aux institutions de l'État.
Cette chaîne est solidifiée par le travail de Kouagou Josias, secrétaire du CVV et membre de la communauté U-Reporters. Pour lui, la protection de l’enfant n’est pas un concept abstrait, mais un levier de développement qui intègre : élaboration de plans d’action, visites à domicile pour s’assurer du bien-être des enfants, et référencement des cas vers les Guichets Uniques de Protection Sociale (GUPS) ou la police.
« Ma plus grande fierté est de voir que des enfants que nous avons référés sont aujourd'hui en apprentissage ou de retour à l'école. La communauté a enfin compris notre rôle, et les langues commencent à se délier pour dénoncer les abus. », explique-t-il.
Cependant, le chemin reste escarpé. Comme le souligne Jean-Baptiste, facilitateur principal de l’ONG internationale EDUCO, Projet Mobilisation communautaire pour la promotion des droits des filles, des femmes, du Genre et de la Cohésion Sociale dans les départements de l’Atacora et de l’Alibori ( MoGeCS) : "La résistance au changement demeure réelle dans certains des 93 villages d’intervention. Le défi majeur réside dans nos rites ancestraux."
En collaborant étroitement avec les leaders religieux, le projet œuvre à la dissociation de l’initiation culturelle de l’aptitude au mariage, tout en plaidant pour une meilleure réactivité des services publics (numéros verts, proximité du GUPS, etc…).
Grâce à l'appui financier du Canada, ce modèle de veille citoyenne prouve que la solution aux mariages d'enfants ne vient pas de l'extérieur, mais au sein des communautés elles-mêmes. Entre 2023 et aujourd'hui, les indicateurs virent progressivement au vert. Là où régnaient les "pesanteurs sociales", s'installe désormais, timidement, une culture de la protection portée par des femmes courageuses, des jeunes dynamiques (U-Reporters) et des chefs de terre engagés pour un avenir où chaque enfant pourra grandir sans brûler les étapes de sa vie.
A ce jour, 449 CVV (4936 membres dont 2303 femmes) sont actifs dans le département de l’Atacora.