Travail des enfants : le Bénin passe à l’ère du digital
Grâce à un système digitalisé de collecte de données, le ministère du Travail renforce la fiabilité des statistiques et l’efficacité des actions de lutte contre le travail des enfants sur l’ensemble du territoire.
Le Bénin s’est doté d’un système digitalisé pour mieux documenter la réalité du travail des enfants et renforcer l’efficacité des actions de lutte. Edgard Dahoui, Directeur général du Travail au ministère du Travail et de la Fonction publique, explique les enjeux et les apports de cet outil innovant. sur l’ensemble du territoire.
Le ministère du Travail et de la Fonction publique a développé un système digitalisé pour collecter et produire des statistiques précises sur le travail des enfants. Pourquoi cette initiative ?
Depuis une dizaine d’années, le Gouvernement s’est engagé dans un vaste processus de modernisation de l’administration publique, avec un accent particulier sur la digitalisation. Madame la Ministre du Travail a souhaité inscrire la lutte contre le travail des enfants dans cette dynamique, un sujet qui lui tient particulièrement à cœur.
Face aux constats relevés sur le terrain, notamment les disparités et les limites dans la collecte manuelle des données, il est apparu nécessaire de disposer d’un outil digitalisé capable de garantir la fiabilité de l’information. Cet outil nous permet aujourd’hui de mieux documenter la réalité du travail des enfants et de renforcer l’efficacité de nos actions de lutte.
Ce système digitalisé est-il destiné uniquement au niveau central ou sera-t-il également déployé dans les départements ?
Il s’agit d’un outil conçu pour être utilisé à tous les niveaux : central et départemental. Il est déployé dans les douze départements, au niveau des services de l’inspection du travail, des services de promotion et de lutte contre le travail des enfants, ainsi qu’au sein de l’administration centrale. Cela signifie que cet outil est opérationnel aussi bien au niveau central qu’au niveau déconcentré, garantissant une remontée harmonisée et cohérente des données sur l’ensemble du territoire national.
Existe-t-il un lien entre la digitalisation de la collecte des statistiques et la sanction des infractions liées au travail des enfants ?
Absolument. Pour une prise de décision efficace, il est indispensable de disposer de statistiques fiables et disponibles en temps réel. Jusqu’à présent, les inspections se faisaient de manière manuelle, avec des fiches papier, ce qui entraînait des délais et parfois des pertes d’information.
Grâce à ce nouvel outil, les inspecteurs peuvent collecter directement sur le terrain, dans les marchés, les carrières, les ateliers ou autres lieux d’activité, des données qui sont automatiquement intégrées dans une base centrale. Cela permet un traitement rapide et efficace des informations.
La plateforme intègre également des données relatives aux sanctions : secteurs concernés, nombre de personnes rencontrées, infractions constatées et sanctions appliquées. Elle permet ainsi de suivre, par département, les décisions prises conformément à la législation en vigueur. C’est un outil stratégique, aussi bien pour les décideurs que pour les partenaires.
Quel impact auront les données collectées à travers ces tablettes sur les politiques publiques ?
Le principal impact réside dans la fiabilité et l’instantanéité de l’information. Les données sont collectées sur le terrain, nettoyées et transmises en temps réel. Cela permet au ministère d’avoir une vision claire et précise de la situation du travail des enfants sur l’ensemble du territoire : les départements les plus touchés, les secteurs concernés, et les tendances observées. Ces informations orientent efficacement les politiques publiques et permettent d’adapter les interventions aux réalités spécifiques de chaque département. C’est un véritable outil d’aide à la décision.
Un atelier a été organisé pour la mise en œuvre pratique de cet outil. Qui en sont les bénéficiaires et comment ce changement a-t-il été accueilli ?
Tous les acteurs concernés au sein du ministère ont été impliqués : inspecteurs du travail, agents départementaux et cadres techniques. Ils ont été formés, sensibilisés et ont participé à des simulations pratiques pour une bonne prise en main de l’outil.
L’accueil a été très positif. Cet outil facilite considérablement le travail de terrain. Même en l’absence de connexion Internet, les données peuvent être saisies sur la tablette et synchronisées ultérieurement. C’est un outil pratique, accessible et motivant, qui renforce l’engagement des acteurs.
Il contribue directement à l’atteinte de l’Objectif de développement durable 8.7, qui vise l’élimination du travail des enfants sous toutes ses formes.
Enfin, avez-vous un message à adresser au Luxembourg et au Royaume des Pays-Bas, partenaires de ce processus de digitalisation ?
Je tiens à leur adresser, au nom de Madame la Ministre, nos sincères remerciements. Cet outil était attendu et répond parfaitement aux besoins du terrain. Nous saluons également leur accompagnement, notamment à travers la formation de tous les acteurs impliqués.
Nous les rassurons du bon usage qui sera fait de cet outil et restons ouverts à poursuivre cette collaboration, en sollicitant, le moment venu, de nouveaux appuis pour renforcer davantage la lutte contre le travail des enfants.