Bénin : Des écoles coraniques deviennent des espaces d’apprentissage plus sûrs et inclusifs
A Matéri et Banikoara, les écoles coraniques accueillent chaque jour des filles et garçons exposés aux conséquences de la crise sécuritaire qui touche le nord du pays.
Dans les communes de Matéri et Banikoara, les écoles coraniques accueillent chaque jour plus de 1313 enfants dont 554 filles, dont beaucoup sont exposés aux conséquences directes de la crise sécuritaire qui touche le nord du pays.
Longtemps restés déconnectés de tout système formel et à l’exposition aux intempéries, ces écoles connaissent aujourd’hui une dynamique de transformation portée par les communautés. Grâce au projet Douniya Gaabi, soutenu par l’Union Européenne et mis en œuvre par UNICEF et ses partenaires, les leaders religieux, autorités locales et apprenants s’engagent ensemble pour une dynamique nouvelle des écoles coraniques. L’une des innovations phares du cadre d’orientation des écoles coraniques est l’introduction de l’enseignement en français des compétences fondamentales. Cette nouveauté permet aux enfants de se connecter aux mécanismes formels d’éducation et de protection via les services déconcentrés de l’Etat, notamment les circonscriptions scolaires et les Guichets Uniques de Protection Sociale.
Les enfants peuvent ainsi suivre à la fois l’enseignement coranique, mais également les compétences fondamentales que constituent l’apprentissange de l’écriture, de la lecture et des mathématiques enseignés en français au sein de leurs écoles.
L’engagement et la volonté des communauté, en particulier les enfants eux-mêmes, leurs parents et/ou maitres coraniques oeuvrent ainsi ensemble à renforcer l’enseignement par le programme scolaire au sein des écoles coraniques.
Une mobilisation communautaire exemplaire à Matéri
A Matéri, dans l’une des écoles coraniques accueillant ce projet le promoteur de l’établissement et le maître communautaire ont proposé la construction d’un apatam afin d’offrir aux enfants un espace d’apprentissage protégé contre le soleil. La proposition a rapidement reçu l’adhésion des parents d’élèves réunis en assemblée générale. Chacun a contribué selon ses moyens, tandis que la communauté mobilisait des matériaux locaux tels que le bois, les traverses, les cordes et les bâches. Une journée de travail collégial sur le site a permis d’ériger l’ouvrage, grâce à la forte mobilisation des parents et des habitants.
Aujourd’hui, les enfants étudient à l’ombre de l’apatam, protégés du soleil.
Dans un autre arrondissement, une autre initiative illustre cette même solidarité. Alors que les apprenants suivaient leurs cours sous un hangar précaire, un parent d’élève a spontanément mis à disposition un bâtiment inoccupé pour accueillir les activités pédagogiques de l’école coranique à la demande des enfants. Dès le lendemain, les cours de Coran et des compétences fondamentales ont pu se poursuivre dans un environnement plus stable et plus sécurisé. Cette action a contribué à réduire les absences, améliorer l’assiduité des enfants et renforcer la confiance entre communautés.
A Banikoara, des solutions simples qui changent des vies
A Yadikparou, dans la commune de Banikoara, le promoteur de l’école coranique, appuyé par les maîtres coraniques et les apprenants, a également conduit la construction d’un apatam à partir de ressources locales disponibles dans l’environnement. Cette infrastructure protège désormais les enfants du soleil, facilitant là encore l’enseignement des modules de compétences de base.
« L’initiative a permis aux apprenants de découvrir, à travers un exemple concret, les valeurs de solidarité, de travail collectif et de respect des ressources locales. Grâce à l’initiative, les parents et les leaders religieux constatent aujourd’hui les bénéfices directs d’un environnement d’apprentissage plus adapté. » a déclaré un de proches collaborateurs de l’imam central de Banikoara.
Ce dernier a posé un geste simple et déterminant pour l’ancrage de l’enseignement des compétences fondementales au sein des écoles coraniques : constatant les difficultés rencontrées par le maître volontaire pour dispenser les cours faute de manques de certains matériels pédagogiques, il a mobilisé les communautés pour financer l’achat de tableau et de craies. Cette contribution a immédiatement amélioré la qualité des enseignements et permis au maître volontaire de mettre en pratique les compétences acquises lors de sa formation pour un meilleur enseignement.
Quand éducation de base et enseignement coranique avancent ensemble
Au-delà des mobilisations communautaires spontanées constatées durant la mise en œuvre du projet Dounia Gaabi, cette initiative démontre qu’il est possible d’intégrer les compétences fondamentales au sein des écoles coraniques tout en respectant l’identité religieuse et culturelle de chaque communauté. Dans plusieurs localités, les parents ont progressivement adhéré au projet, constatant que l’enseignement du Coran continuait d’occuper une place centrale dans le parcours éducatif des enfants.
A Banikoara, plus de 20 enfants se sont inscrits volontairement à l’école formelle avec l’appui des maitres coraniques. Ces derniers ont en effet pu constater à quelle vitesse- trois mois- les enfants ont assimilé les cours d’écriture, de lecture et des mathématiques.
Cette approche contribue à offrir davantage d’opportunités d’apprentissage à des enfants souvent exclus des parcours scolaires classiques.
Construire la résilience par l’éducation
Les expériences observées à Matéri et Banikoara montrent que les solutions les plus durables émergent des communautés elles-mêmes. L’engagement des parents, des maîtres coraniques, des leaders religieux, des autorités locales et des apprenants a permis d’améliorer concrètement les conditions d’apprentissage de nombreux enfants.
À travers le projet Douniya Gaabi, ces initiatives locales démontrent que les écoles coraniques constituent des espaces stratégiques pour promouvoir l’apprentissage, la protection des enfants, la cohésion sociale et le développement des compétences essentielles à leur avenir.