Bénin : « Il est temps de construire un système éducatif en phase avec les besoins du pays»
Pour Epiphane AZON, président de la FENAPEB, les apprentissages doivent permettre aux jeunes de devenir plus autonomes
En sa qualité de président de la Fédération Nationale des Associations des Parents d’Elèves et d’Etudiants du Bénin (FENAPEB), Epiphane Azon représente, (Costume de couleur jeune sur la photo) depuis des années, est le porte-voix des parents au sein du système éducatif béninois. Associé au processus d’élaboration du Cadre d’Orientation Curriculaire dont le lancement officiel s’est tenu le 22 juin 2026 à Cotonou, dans le cadre de la mise en œuvre du programme gouvernemental de WEZIZA Educ, il s’est confié dans un entretien, en partagant ses attentes par rapport à la réforme curriculaire.
Quel rôle joue la Fédération dans le cadre de cette réforme curriculaire ?
La Fédération Nationale des Associations des Parents d’Elèves et d’Etudiants du Bénin accompagne le système éducatif dans ses différentes réformes. Notre rôle est de faire remonter les préoccupations des parents et de contribuer aux réflexions sur l’avenir de l’éducation. Depuis plusieurs années déjà, nous estimons que les curricula de formation ne répondent plus suffisamment aux réalités de notre pays. Nous avons souvent l’impression de suivre des modèles venus d’ailleurs sans toujours nous demander ce qu’ils apportent réellement à nos enfants. Aujourd’hui, les autorités ont engagé une réflexion de fond et nous pensons que c’est une bonne chose. Il est temps de changer de cap et de construire un système éducatif davantage en phase avec les besoins du Bénin.
Comment les parents souhaitent-ils contribuer à ce processus ?
Dès lors que notre Fédération participe au comité technique, nous avons le devoir de jouer pleinement notre rôle. Nous allons partager notre point de vue sur les orientations proposées afin que les apprenants puissent étudier dans de bonnes conditions et bénéficier des formations qui répondent davantage à leur environnement. Nous souhaitons notamment que les contenus enseignés permettent aux enfants de mieux connaître leur propre pays. Aujourd’hui, beaucoup d’apprenants maîtrisent l’histoire ou la géographie des États-Unis, de la France, de l’Allemagne ou de l’Italie, mais connaissent parfois moins bien les réalités de leur propre territoire. Je me souviens d’un exemple qui m’a particulièrement marqué. Lors d’un examen oral du baccalauréat, un candidat a expliqué qu’il était né à Savalou. Lorsque l’examinateur lui a demandé dans quel département se trouvait Savalou, il a répondu : « dans le département du Mono ». Cette anecdote peut faire sourire, mais elle nous interpelle. Elle montre l’importance de mieux relier les apprentissages à la connaissance de notre environnement immédiat.
Quelles sont vos principales attentes concernant le futur curriculum ?
J’attends avant tout que les apprentissages permettent aux jeunes de devenir plus autonomes. Aujourd’hui, beaucoup d’élèves suivent leurs parcours scolaires sans avoir une idée claire de ce qu’ils souhaitent faire plus tard. Après le baccalauréat, lorsqu’on leur demande quel métier ils veulent exercer, nombreux sont ceux qui répondent qu’ils sont encore en train de réfléchir. L’école doit davantage les aider à découvrir leurs talents, à comprendre leurs aspirations et à construire progressivement leur projet de vie. Je pense également qu’il est important de prendre en compte la question de la maturité des apprenants. Certains jeunes obtiennent le baccalauréat à 15 ans. C’est une belle performance mais à cet âge, beaucoup ne sont pas encore prêts à faire seuls des choix décisifs pour leur avenir. Souvent, ce sont les parents qui choisissent leur orientation à leur place. Ils poursuivent alors des études sans toujours savoir ce que cela représente réellement pour eux. Le système éducatif doit mieux accompagner cette phase de construction personnelle.
Quelle place devrait occuper l’entrepreneuriat dans cette réforme ?
Pour moi, c’est un enjeu essentiel. Pendant longtemps, beaucoup de jeunes ont envisagé leurs parcours scolaires avec une seule idée : obtenir un diplôme pour travailler dans l’administration publique. Aujourd’hui, les réalités ont changé. Je souhaite que l’entrepreneuriat occupe une place beaucoup plus importante dans les programmes de formation. Même après l’obtention du baccalauréat ou d’une licence, les jeunes devraient pouvoir acquérir rapidement des compétences professionnelles leur permettant de créer leur propre activité ou de s’insérer plus facilement dans le monde du travail. L’objectif est que chaque apprenant puisse se prendre en charge et ne soit pas limité à un seul chemin professionnel.
Quel message souhaitez-vous adresser aux acteurs mobilisés dans le cadre de cette réforme ?
Au nom des parents d’élèves et d’étudiants du Bénin, je voudrais féliciter les autorités ainsi que l’ensemble des partenaires qui accompagnent cette réforme. Je salue tous ceux qui ont compris que l’éducation doit permettre aux enfants d’être autonomes, responsables et capables de construire leur avenir. Cette réflexion est importante pour sortir nos apprenants de certaines habitudes et leur offrir davantage de perspectives. Nous avons aujourd’hui l’occasion de bâtir un système éducatif plus proche de nos réalités et mieux adapté aux défis de demain. C’est une responsabilité collective, mais aussi une opportunité pour chaque enfant de révéler pleinement son potentiel.