Pour chaque enfant, une identité

Au Togo, 31% des enfants vivant en zones rurales ne disposent pas d’acte de naissance. Allengueyere Kpelintike, agent d’état civil en charge de l’enregistrement des naissances dans la région de Kara, vise à changer cela.

UNICEF Togo
Allengueyere Kpelintike montre un acte de naissance aux femmes lors d'une causerie éducative
UNICEF Togo/2018/Tim Webster
31 décembre 2019

Allengueyere Kpelintike est l’agent d’état civil en charge de l’enregistrement des naissances dans le canton d’Atalotè, dans la préfecture de Keran dans la région de Kara au Togo. Allengueyere est responsable de 14 villages et jusqu’à récemment, il a dû travailler de la maison car aucun bureau désigné n’existait. Ce n’était pas l’idéal car il n’avait pas de table pour écrire, ne pouvait pas garantir sa disponibilité et il était risqué de garder les documents dans sa maison pour des raisons de sécurité. Cela signifiait aussi que les gens ne savaient pas où aller pour enregistrer leurs enfants et pour beaucoup, cela signifiait voyager sur une grande distance, imposant des coûts financiers et d’opportunité plus élevés pour les familles. Ainsi beaucoup de parents, en particulier dans les communautés rurales comme Atalotè, ont négligé de faire établir un acte de naissance à leurs enfants. Au Togo, 31% des enfants vivant en zones rurales ne disposent pas d’acte de naissance.

Les parents avaient  tendance à attendre jusqu’à ce que leur enfant soit plus âgé avant de penser à lui faire établir l’acte de naissance. Et bien sûr à ce moment-là, le délai légal de 45 jours était depuis longtemps dépassé.

Mais il existe d’autres facteurs à ce manque d’engouement des parents dans ce domaine. Allengueyere note que culturellement, l’enregistrement des naissances n’est pas considéré comme une priorité, eu égard au fait que « dans le passé, il n’était pas si certain que votre enfant survive car les probabilités de décès d’enfant étaient extrêmement élevées. Les parents avaient donc tendance à attendre jusqu’à ce que leur enfant soit plus âgé avant de penser à lui faire établir l’acte de naissance. Et bien sûr à ce moment-là, le délai légal de 45 jours était depuis longtemps dépassé ». Ces facteurs ont rendu le travail très ardu aux agents d’état civil comme Allengueyere, tel que les activités de sensibilisation des parents à l’importance de l’enregistrement des naissances. Conséquences : de nombreux enfants ne pouvaient pas s’inscrire à l’école ou passer leur examen de fin du cycle primaire car les coûts des jugements supplétifs pour l’établissement de l’acte de naissance étaient hors d’accès des familles majoritairement pauvres. En effet, pour des familles qui vivent sous le seuil de la pauvreté (avec à peine un dollar par jour), payer jusqu’à deux dollars pour ce document est une charge énorme. Faute de moyens, les enfants, encore plus les filles, se retrouvent obligés d’abandonner leurs études.

L’enregistrement des naissances est un acte essentiel pour la protection de l’enfant, car il assure à chaque enfant une reconnaissance légale de la part du gouvernement et protège leurs droits civiques ainsi que leur accès aux services sociaux de base, tels que la santé, la sécurité sociale et l’éducation. En outre, les certificats de naissance sont utilisés comme preuve de l’âge qui aide à protéger les enfants contre toutes formes de violences, d’abus ou d’exploitation. Il s’agit en l’occurrence du travail des enfants, du mariage d’enfants, de traite ou le fait, d’être placé sous le système judiciaire au même titre qu’un adulte.

UNICEF/2018/Tim Webster

L’enregistrement des naissances est également primordial pour la planification économique et sociale. L’information démographique recueillie est utilisée pour créer et faire le suivi des statistiques de population précises, y compris la mortalité infantile. Cela permet au gouvernement de mettre en œuvre des actions et des politiques visant à protéger les enfants de manière beaucoup plus efficace.

L’UNICEF travaille en étroite collaboration avec les ministères de l’Action sociale, de l’Administration territoriale et celui de la Justice pour que les agents d’état civil comme Allengueyere s’assure que chaque enfant ait une identité et soit protégé dès la naissance, grâce à l’établissement de l’acte de naissance. Cette année, cette collaboration a abouti à la construction d’un bâtiment dédié à l’enregistrement des naissances, juste à côté du centre de santé d’Atalotè. Allengueyere a déjà remarqué le changement positif que le nouveau bureau a apporté : 

«  Le bâtiment a contribué à formaliser le processus d’enregistrement des naissances et à mieux centraliser le travail qui se fait dans les 14 communautés qui relèvent de ma responsabilité. »

Le nouveau système centralisé a rendu le processus beaucoup plus accessible aux familles, grâce à la proximité du bâtiment au centre de santé. « Chaque mercredi, les femmes arrivent pour enregistrer les naissances et d’autres pour recueillir leurs papiers, » Allengueyere explique, « car elles sont instruites de le faire par les infirmières quand leur bébé nait et savent qu’elles n’ont qu’une quinzaine de mètres à parcourir pour faire ce premier cadeau à leur enfant. Je profite des jours de rendez-vous pour les vaccinations et consultations de routine au centre de santé pour organiser des causeries éducatives aux femmes enceintes et aux mamans », ajoute-t-il.

La proximité des services de santé et d’état civil constitue une approche intégrée favorablement accueillie par le pays, mais aussi très bénéfiques aux parents. La mise en place du centre d’Etat civil d’Atolotè à côté du centre de santé central, celle des points focaux et le renforcement de capacité des agents d’Etat civil ont contribué ensemble à mobiliser et à motiver les familles, même dans les régions les plus reculées, pour enregistrer la naissance de leur enfant.

En plus du nouveau centre d’enregistrement des naissances, quatre points focaux ont été établis dans le canton pour couvrir les besoins de chacun des 14 villages qu’ils se répartissent. Ils peuvent aussi offrir des services d’état civil. Allengueyere recueille les informations des points focaux et les communique à Kantè, le Chef-lieu de la préfecture du même nom, pour vérification et enregistrement.

Avant je n’étais pas du tout considéré par la communauté pour le travail que je faisais car je n’avais ni le matériel de bureau qui devait accompagner ma tâche, ni un cadre adéquat pour le faire. Aujourd’hui, je porte le titre d’agent d’Etat Civil avec fierté. Même mes enfants sont fiers quand ils parlent à leurs camarades du travail que je fais.

Allengueyere Kpelintike, agent d'état civil dans la région de Kara
Allengueyere Kpelintike, agent d’état civil dans la région de Kara, rempli un acte de naissance
UNICEF Togo/2018/Tim Webster

Grâce à cette action, l’enregistrement des naissances à Atalotè est mieux valorisé au sein de la communauté et n’est plus comparable au parcours de combattant. La construction du centre d’état civil, a non seulement aidé à légitimer le travail d’Allengueyere mais à lui conférer également une notoriété nouvelle : « Avant je n’étais pas du tout considéré par la communauté pour le travail que je faisais car je n’avais ni le matériel de bureau qui devait accompagner ma tâche ni un cadre adéquat pour le faire. Aujourd’hui, je porte le titre d’agent d’Etat Civil avec fierté. Même mes enfants sont fiers quand ils parlent à leurs camarades du travail que je fais ».

Le programme de Coopération Togo UNICEF a pour objectif de renforcer le système de protection de l’enfant, à la fois sur les plans sanitaire et juridique afin de permettre à chaque fille et à chaque garçon nouveau-né d’être dotés d’une identité juridique et de bénéficier d’un accès égal aux droits fondamentaux. Selon la dernière enquête par grappes à indicateurs multiples (MICS 2017), le taux d’enregistrement des naissances des enfants de moins d’un an au Togo est passé de 72% en 2010 à 79% en 2017 et celui des enfants de moins de cinq ans de 78% à 83%.

Ces résultats ont été rendus possibles grâce à l’intégration de l’enregistrement des naissances aux interventions du secteur de la santé et de la nutrition. L’évaluation d’impact et analyse des couts du programme de transferts monétaires visant à réduire la malnutrition dans les deux régions les plus pauvres du Togo, Kara et Savanes, a montré en effet, que le pourcentage des femmes déclarant avoir enregistré leur enfant à l’état civil est passé de 65% à 89% chez les bénéficiaires des transferts monétaires et de 69 % à 76 % chez les non bénéficiaires du programme. 

Contribuer à accroitre le nombre d’enfants enregistrés dans les délais légaux, par exemple aidera à assurer aux enfants âgés de moins de 23 mois un meilleur accès à des campagnes gratuites de soins de santé et de vaccination, soit une chance d’avoir un avenir plus prospère et en bonne santé grâce au simple enregistrement à la naissance.