Les jeunes voix du Sahel sur le changement climatique
100 jeunes des pays du Sahel se réunissent pour débattre sur le changement climatique
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Le Sahel rassemble plus de 230 millions de jeunes de moins de 24 ans.
Malgré les défis auxquels ils sont confrontés, ces jeunes ont des droits, des espoirs et des rêves. Leurs voix méritent d'être entendues.
Une jeunesse actrice du changement, qui porte la voix et des solutions innovantes. Des jeunes qui s’impliquent activement pour se façonner un avenir meilleur.
Les débats publics organisés par l'UNICEF ont rassemblé 100 jeunes du Sahel pour échanger sur le changement climatique, une thématique qui les affecte particulièrement car le Sahel est l'une des régions les plus touchées par la crise actuelle.
Qui sont ces jeunes qui participent aux débats sur le changement climatique au Sahel ?
Diplômé en sciences politiques, ambassadeur pour la paix à l’UNESCO, Justin Jules ferry est passionné par les questions de développement et de bien-être des jeunes.
Jeune élève de 12 ans, Farida défend la protection de l’environnement. Elle sensibilise ses camarades sur l’usage des poubelles et l’importance de la gestion des déchets.
A 16 ans, Noëlla, lycéenne bilingue à Youndé a déjà représenté l’UNICEF. Activiste et militante, elle est très engagée en faveur de l’environnement.
Jeune étudiant, Souleymane est très engagé pour l’environnement. Il a initié en 2021 la plantation de plus de 30 manguiers sur le campus de son université.
Abdoulaye est un enfant parlementaire, journaliste, jeune bachelier en sciences économiques, engagé dans de nombreuses opérations de reboisement.
Très intéressée par les questions environnementale, Hassatou a très tôt décidé de s’engager et est devenue membre du Club Raby et les enfants.
Elle-même réfugiée après l’attaque de son village en 2019, Hamssatou forme aujourd’hui les enfants des camps de déplacés au respect des normes d’hygiène.
Blogueur, vidéaste, jeune reporter des hauts-parleurs de TV5 Monde et coordinateur de l’association Villageois 2.0, Sally sera l’une des jeunes Voix du Sahel.
LETTRE OUVERTE DES JEUNES VOIX DU SAHEL
Le 20 novembre dernier, à l’initiative de l’UNICEF, 100 jeunes gens du Sahel se sont réunis dans un débat public en direct et en ligne sur le changement climatique, où ils ont présenté les fruits de leurs travaux préalables au débat, et où ils ont émis des recommandations à l’attention des décideurs politiques, de leur pays et des instances internationales. Voici leur message.
Dans les films, la terre a toujours un super héros pour la sauver quand elle est en danger. Dans la vraie vie, il n’y a aucun héro capé à l’horizon, seulement la perspective d’une apocalypse. Elle est presque là, déjà. Elle s’appelle réchauffement climatique. Le Sahel, particulièrement, brûle. L’augmentation des températures y sera bientôt 1,5 fois plus importante que dans le reste du monde (atteignant 3-6° C)[1]. Nos pays ont déjà été frappés par de graves sécheresses en 2005, 2008, 2010 et 2012, et par des inondations de plus en plus fréquentes et sévères en 2020 et 2021. La montée des océans érode nos côtes, tandis que nos forêts s’étiolent comme peau de chagrin. Le changement climatique au Sahel n’est pas une menace mais une réalité que nous vivons au quotidien. La pénurie d’eau engendre des conflits et des déplacements, et quand l’eau coule en abondance, elle déborde des sols trop secs pour l’absorber, et ruine cultures, habitations et infrastructures publiques.
Le Sahel ne contribue qu’à hauteur de 4% aux émissions de gaz à effet de serre. Pourtant, les enfants du Sahel font partie des enfants les plus touchés au monde par les conséquences néfastes du réchauffement climatique, du manque ou du trop-plein d’eau, de la pollution, de l’urbanisation menée tambour battant sans concertation[2].
Les décideurs politiques des pays « riches » ont promis 100 milliards de dollars par an pour lutter contre les effets du changement climatique[3] dans les pays « pauvres », dont la région du Sahel. On nous fait rêver d’une grande muraille verte qui nous protègerait du désert. Dix ans se sont écoulés et ces promesses ne se concrétisent pas, ou si peu.
Nous, les 320 millions de jeunes du Sahel, nous représentons plus de 60% de la population de la région. Nous sommes la population la plus jeune au monde, et nous serons les décideurs de demain. C’est notre avenir qui est en jeu, avec celui de l’humanité entière.
Alors il est temps que le changement change de camp pour repasser du côté de l’espoir. Il est temps de nous donner à nous, adolescents et jeunes du Burkina Faso, du Cameroun, de la Gambie, de Guinée, du Mali, de Mauritanie, du Niger, du Nigeria, du Sénégal et du Tchad, les moyens d’être les héros qui sauveront notre belle planète.
Nous ne voulons pas subir le changement climatique, nous voulons construire un monde où chaque enfant, chaque femme, chaque homme, va grandir et s’épanouir dans un environnement sain et, surtout, vivable.
Nous nous adressons donc, dans cette lettre ouverte, à tous ceux qui ont le pouvoir de faire changer les choses :
A commencer par nous, les jeunes :
- De nous informer et nous documenter pour que notre génération ait pleinement conscience de l’ampleur des effets du changement climatique ;
- De nous engager davantage dans les actions et initiatives de lutte contre le changement climatique, en faveur de la préservation de l’environnement et de d’atténuation des effets du changement climatiques, telles que : l’hygiène et l’assainissement, le recyclage des déchets plastiques, la production de pépinières et le reboisement ;
- D’inciter les populations à planter des arbres, en saisissant chaque occasion, par exemple, les célébrations de mariages, naissances, anniversaires, diplômes…. On aurait ainsi des milliers d’arbres par jour, rien qu’en Afrique subsaharienne.
A vous, dirigeants des pays du Sahel et représentants des collectivités locales, il incombe de :
- Former les jeunes et les adolescents pour une connaissance et compréhension accrues du changement climatique : l’école doit devenir un lieu où la conscience et la connaissance s’étayent, et l’écologie doit être intégrée aux cursus scolaires ;
- Planifier et organiser le développement urbain, en créant notamment des systèmes de canalisation et de drainage des eaux usées, et de récupération des eaux de pluies ;
- Connaissant l’importance des arbres dans la régulation de température et de l’air, investir pour planter massivement des arbres et d’aménager des espaces verts dans les grandes villes, avec des périmètres de jeux pour enfants. Cela permettra non seulement d’améliorer la qualité de l’air, mais aussi de sensibiliser les enfants aux enjeux climatiques en s’amusant. Ainsi ils grandiront et deviendront des citoyens écologiques ;
- Développer drastiquement les filières de formations et d’emplois pour les jeunes dans les énergies vertes, le développement durable et le recyclage ;
- Miser massivement sur les énergies renouvelables (solaire, éolienne) et subventionner leur accès pour les ménages ;
- Encourager et soutenir les circuits agricoles courts et l’agriculture durable ;
- Encourager les alternatives vertes contre la coupe du bois de chauffe pour les ménages, par exemple en subventionnant l’utilisation du gaz au lieu du charbon : les interdictions légales sont discriminatoires pour les ménages les plus pauvres ;
- Appuyer techniquement et financièrement les actions et initiatives des jeunes en faveur de la lutte contre le réchauffement climatique. Ainsi, en créant un fonds d’engagement des jeunes en faveur de la lutte contre le changement climatique ;
- Enfin, inclure les jeunes dans la définition et la mise en œuvre des politiques nationales de lutte contre le réchauffement climatique.
Aux instances internationales sur le climat et aux Nations Unies, nous demandons :
- D’appuyer techniquement et financièrement les politiques nationales en faveur de la lutte contre le changement climatique : ainsi, de participer à un fonds d’engagement des jeunes en faveur de la lutte contre le changement climatique ;
- D’accompagner les pays, les communautés et les organisations des jeunes du Sahel dans leurs efforts de lutte contre le changement climatique, notamment en concrétisant les promesses financières qui ne sont pas un don mais un dû aux pays les moins pollueurs mais les plus impactés ;
- D’écouter, et de porter, les voix des jeunes du Sahel qui sont en première ligne, dans les discussions et les décisions concernant le climat. Ainsi les problèmes de jeunes seront pris en compte dans chaque grande décision qui concerne le monde.
[1] Rapport 2020 du GIEC
[2] Rapport de l’UNICEF, août 2020, L’index des risques climatiques sur les enfants
[3] Accords de Paris puis engagements de Copenhague