Sur le front de la vaccination à Maradi : Dr Ahamidou Mariama au service de la santé des enfants
Un seul enfant non vacciné représente à la fois un risque pour lui-même et pour des milliers d’autres enfants.
À Maradi, capitale économique du Niger, la journée commence tôt. Dans les locaux du District Sanitaire de la ville, situés au quartier « 17 Portes », Dr Ahamidou Mariama Hamani, Médecin-Chef du District Sanitaire de Maradi Ville, arrive de bonne heure. Elle doit diriger une réunion de suivi des activités de la campagne nationale de vaccination contre la polio en cours, actuellement à son troisième jour. L’objectif de cette réunion est de faire le point sur la campagne : le nombre d’enfants vaccinés, ceux restant à vacciner, la disponibilité des vaccins, ainsi que les difficultés rencontrées, notamment les cas de refus, et évaluer les solutions possibles. « Ce matin, nous avons enregistré trois cas de refus dans un quartier périphérique. Un père a interdit à son épouse de laisser les équipes de vaccinateurs entrer chez lui pour vacciner leurs enfants. » explique le médecin. Elle ajoute : « Ces trois cas sont les seuls notifiés depuis le début de cette campagne. On a connu pire », explique-t-elle.
Lors de ma première campagne en tant que MCD l’année dernière, nous avions enregistré 50 cas de refus. Nous avons dû renforcer le dispositif important existant (Comités de veille, comité de gestion des cas de refus, Leaders communautaires et religieux, la supervision de proximité des relais communautaires et des médias, etc.) pour convaincre davantage les parents d’accepter pacifiquement de faire vacciner leurs enfants. »
La vaccination est un pilier essentiel pour la santé des enfants. Elle permet de les protéger contre d’innombrables maladies mortelles grâce aux vaccins sûrs et efficaces. Malheureusement, les préjugés et les fausses informations poussent encore de nombreux parents à refuser de faire vacciner leurs enfants, exposant ainsi ces derniers à des maladies graves tout en entravant l’atteinte des objectifs fixés par le Ministère de la Santé et de l’Hygiène Publiques. Pour cette campagne en cours, plus de 127 000 enfants de moins de cinq ans doivent être vaccinés dans le District de Maradi pour une population estimée à plus de 400 000 personnes. La présence de populations dites « flottantes » complique davantage la tâche notamment avec l’existence des Talibés et des enfants des travailleurs saisonniers ou vivants dans des « habitations squattées ». Un seul enfant non vacciné représente à la fois un risque pour lui-même et pour des milliers d’autres enfants.
« En tant que mère, je ne pouvais pas rester les bras croisés face aux nombreux refus que j’avais constatés à l’époque. Ils m’avaient profondément marquée. J’ai donc décidé, au-delà des stratégies déjà en place, de me rendre sur le terrain moi-même au lieu de rester dans mon bureau »
« En tant que mère, je ne pouvais pas rester les bras croisés face aux nombreux refus que j’avais constatés à l’époque. Ils m’avaient profondément marquée. J’ai donc décidé, au-delà des stratégies déjà en place, de me rendre sur le terrain moi-même au lieu de rester dans mon bureau, » explique-t-elle. Consciente du rôle fondamental de la mobilisation sociale, elle a engagé un dialogue direct avec les chefs religieux de différentes confessions — confréries islamiques, églises et mosquées — pour préparer chaque campagne de vaccination. « Nous ne pouvons atteindre nos objectifs sans l’implication des leaders religieux. Je crois beaucoup à la puissance de la prière. C’est pourquoi, je leur demande de prier pour nos enfants, pour la paix et pour la réussite de nos campagnes, tout en leur expliquant l’importance et l’efficacité des vaccins. »
Ces efforts portent leurs fruits. Grâce à ces partenariats, les imams et prêtres délivrent des messages à leurs fidèles lors des prières du vendredi et des messes dominicales pour encourager la vaccination des enfants. Les résultats sont probants : les cas de refus sont passés de 50 l’année dernière, à seulement trois cette année, tous rapidement gérés par des équipes composées de représentants du Sultan, de parents, de leaders religieux et d’agents de santé.
Sa réunion terminée, Dr Mariama entreprend une série de visites aux leaders religieux pour les remercier. Chez Oustaz Awal, après les salutations d’usage, elle exprime sa gratitude pour son engagement personnel en faveur de la campagne en cours. Cet imam est convaincu des bienfaits de la vaccination : « Beaucoup pensent que ces vaccins rendent stérile. Moi-même, j’ai été vacciné, et cela ne m’a pas empêché d’avoir des enfants. Je vaccine aussi les miens. La religion impose aux parents le devoir de veiller au bien-être de leurs enfants, et les vacciner fait partie de ces devoirs. Si vous ne le faites pas, vous exposez non seulement cet enfant aux maladies, mais aussi les autres, car ces maladies sont contagieuses. » Convaincu que la communication est la clé, il profite des heures de prières pour éduquer les parents. Il visite également les nombreuses écoles coraniques de la ville pour inciter les enseignants à veiller à ce que tous les enfants soient vaccinés.
À l’église évangélique de la ville, le Révérend Kannay accueille comme à chaque campagne la Médecin-Chef du District, Dr Ahamidou Mariama Hamani, pour le traditionnel compte rendu. Leur partenariat est désormais bien rodé.
« Lorsque les autorités nous demandent de faire vacciner nos enfants, c’est pour le bien de toute la communauté. C’est pourquoi je soutiens pleinement ces campagnes. La Bible dit que l’enfant est un trésor confié à chaque parent, et ne pas le protéger, c’est désobéir. Chaque fois qu’elle nous informe de la tenue des campagnes de vaccination, j’informe les fidèles du passage des équipes de vaccination et je leur communique toutes les informations. Les gens suivent les instructions et font vaccinerr leurs enfants. »
Pour Dr Ahamidou Mariama Hamani et ses équipes, chaque campagne est une nouvelle opportunité de renforcer la confiance des populations aux vaccins, mais aussi de rassembler les parents autour d’un objectif commun, qui est, celui d’offrir à chaque enfant un avenir à l’abri des maladies évitables par la vaccination.
Ces campagnes nationales coordonnées par le Ministère de la Santé et de l’Hygiène Publiques, et déployées sur toute l’étendue du territoire nigérien, sont rendues possibles grâce à l’engagement des autorités locales, des communautés religieuses et au soutien indéfectible de l’UNICEF à travers nos généreux donateurs, notamment GAVI, Bill and Melinda Gates, Rotary, l’Union Européenne et la Fondation Dangoté.
