Niger : le « passeport » qui rapproche les jeunes de l’emploi
Comment Passport to Earning, une initiative de l’UNICEF et de Generation Unlimited, aide les jeunes nigériens à renforcer leurs compétences et leurs perspectives d’insertion professionnelle.
Il a 23 ans, étudie le droit international humanitaire et se définit, avant tout, comme un « acteur du changement ». Moussa Yaro Abdoul Madjid n'est ni fonctionnaire, ni entrepreneur établi. Il y a encore quelques mois, il était comme des centaines de milliers de jeunes Nigériens : diplômé, motivé, mais sans la boussole nécessaire pour transformer ses études en emploi. Aujourd'hui, il porte le titre d'« ambassadeur » d'une plateforme dont le nom sonne comme une promesse : P2E, Passeport to Earning — le Passeport de l'emploi.
« Grâce aux certificats P2E, j'ai décroché mon premier stage il y a de cela quelques mois, et je continue mon immersion professionnelle dans un cabinet », raconte-t-il, avec l'enthousiasme un peu solennel de ceux qui savent qu'ils ont eu de la chance — et qu'ils comptent bien la transmettre. « Chers jeunes, l'avenir est aujourd'hui à notre portée. Formons-nous avec la plateforme P2E et devenons les acteurs du changement de demain. »
Un pays jeune, un marché du travail sous tension
Le Niger compte l’une des populations les plus jeunes au monde. Chaque année, plus de 250 000 jeunes arrivent sur un marché du travail qui peine encore à offrir suffisamment d’opportunités. Beaucoup disposent d’un diplôme, mais pas toujours des compétences techniques, numériques ou comportementales les plus recherchées par les employeurs.
C’est notamment à ce fossé entre les compétences disponibles et celles recherchées sur le marché du travail que Passport to Earning (P2E) apporte une réponse. Déployée au Niger depuis plusieurs années par l’UNICEF, à travers Generation Unlimited et en partenariat avec les institutions nationales concernées, la plateforme propose aux jeunes des parcours gratuits de développement de compétences et de certification.
Dans le cadre du programme conjoint Education and Skills for Youth Employment, financé par le Joint SDG Fund et mis en œuvre au Niger par l’UNICEF et le PNUD, l’UNICEF a mobilisé P2E comme l’un de ses principaux outils pour renforcer les compétences digitales, l’employabilité et les parcours d’apprentissage des jeunes, en complément des autres interventions du programme conjoint.
Donner la parole aux jeunes, d'abord
Ce qui distingue cette initiative d'un simple catalogue de cours en ligne, c'est la méthode. En 2025, l'UNICEF a organisé une vaste série de consultations dans les huit régions du Niger, réunissant des jeunes de tous les secteurs d'activité — mais aussi des représentants du secteur public et du secteur privé, invités à faire entendre leurs propres priorités en matière de recrutement et de compétences.
L'objectif affiché : ne pas décider pour les jeunes, mais avec eux. Placer leurs besoins réels — et non des priorités décidées depuis un bureau — au cœur de la conception des modules de formation, tout en s'assurant que ces compétences répondent concrètement aux attentes des employeurs, publics comme privés.
De ces échanges est ressorti un diagnostic clair. Les priorités des jeunes nigériens, dans un pays où l'agriculture et l'élevage font vivre plus de huit habitants sur dix, se sont dessinées autour de quatre axes : l'agriculture, l'élevage, les technologies de l'information et de la communication (TIC), et les compétences dites « douces » — le fameux soft skills, ce savoir-être professionnel trop souvent négligé dans les cursus classiques : travail en équipe, leadership, gestion du temps, communication.
Des modules pensés pour le terrain
Sur la base de ces conclusions, un cabinet spécialisé a travaillé main dans la main avec les jeunes pour concevoir de nouveaux modules, directement intégrés à la plateforme. Côté entrepreneuriat, des formations ciblées sur la chaîne de valeur agroalimentaire nigérienne, ou encore sur la tenue de caisse et le suivi des dépenses — des compétences de gestion de base, mais décisives pour la survie d'une petite entreprise.
Côté numérique, la plateforme a ouvert des modules sur l'intelligence artificielle, le commerce en ligne et la protection des données — des sujets qui, il y a dix ans encore, semblaient réservés aux grandes capitales, et qui s'imposent aujourd'hui jusque dans les régions les plus reculées du pays. Enfin, les soft skills — travail en équipe, styles de leadership — complètent une offre pensée comme un tout : des compétences techniques, mais aussi la posture pour les faire valoir.
Moussa Yaro Abdoul Madjid en a lui-même fait l'expérience. « J'ai appris à développer mes compétences numériques à travers des modules tels que l'intelligence artificielle, l'IA générative, la cyber-hygiène… Et également à booster mes compétences en leadership après avoir suivi le module Styles de leadership », détaille-t-il. « Grâce à P2E, j'arrive à intégrer de manière professionnelle et intelligente l'IA à mon quotidien et dans mes tâches professionnelles ; j'ai appris à coordonner mes activités communautaires avec leadership, tout en gardant l'esprit participatif et transformationnel au sein de mon équipe. »
Plus de 3 000 certifiés, et l'ambition d'aller plus loin
Aujourd'hui, la plateforme revendique plus de 3 000 jeunes certifiés au Niger. Un chiffre encore modeste au regard des nouveaux arrivants annuels sur le marché du travail, mais que les porteurs du projet entendent multiplier dans les mois et années à venir, à mesure que les nouveaux modules — nés directement des consultations — se déploient plus largement dans les huit régions du pays. Pour Moussa, le message est avant tout un appel à la jeunesse nigérienne à s'emparer de l'outil : « Le P2E est réel, chers jeunes, il est adapté à nos réalités sociales et à nos exigences professionnelles. […] Le certificat P2E, c'est l'excellence dans un élan d'immersion professionnelle. »
Reste un défi de taille, commun à toutes les politiques de jeunesse au Sahel : transformer l'essai. Une certification, aussi solide soit-elle, ne vaut que si elle débouche sur un stage, un emploi, une activité génératrice de revenus. C'est précisément l'ambition affichée du programme — accompagner non seulement l'apprentissage, mais la transition vers l’ « earning », le fait de gagner sa vie. Un pari sur la jeunesse nigérienne, et sur sa capacité, une fois outillée, à devenir elle-même moteur de son économie.