Kadidja, le symbole d’un combat pour la survie
À Maradi, un bébé prématuré défie les statistiques – grâce à sa mère, et à une équipe dévouée.
C’était un vendredi matin, comme d’ordinaire dans la ville de Maradi. Binta, 29 ans, enceinte de son quatrième enfant, porte une grossesse de 24 semaines. Elle s’attendait à une journée sans incident, mais la vie avait prévu autre chose. « J’avais commencé à perdre les eaux, mais je me disais que c’était trop tôt pour un accouchement. On m’a tout de même transportée rapidement à la maternité », raconte-t-elle.
À son arrivée, le travail était déjà engagé. Quelques heures plus tard, contre toute attente, Binta donne naissance par voie naturelle à une minuscule petite fille. « Le lendemain, on m’a conduite pour la voir. Quand je l’ai aperçue, j’ai eu peur. Elle était si petite que j’ai demandé si c’était vraiment mon bébé. L’infirmière m’a rassurée : Oui, c’est votre fille. Et elle peut survivre si vous suivez bien les consignes. »
La petite, née à seulement 24 semaines de grossesse, pesait 600 grammes — bien loin des 1500 grammes considérés comme le poids moyen pour un bébé prématuré. C’était une situation critique, mais un homme croyait fermement aux chances de survie du nouveau-né : le Dr Lamine, pédiatre et responsable de l’unité de néonatalogie au Centre de santé de la mère et de l’enfant de Maradi. « Pour la sauver, toute l’équipe a été mobilisée, du technicien de surface aux infirmiers, en passant par les sage-femmes et les médecins », se souvient-il.
Placée en couveuse, la petite fille a été prise en charge avec des soins minutieux. Sept jours après sa naissance, ses parents l’ont nommée Kadidja, un prénom signifiant « prématurée » en référence certainement à son arrivée précoce. Elle a passé ses premières semaines dans un incubateur, où chaque geste comptait pour sa survie. « J’avais vraiment peur de la perdre, car ses chances étaient minimes », confie Binta.
Le Centre de santé de la mère et de l’enfant de Maradi est un établissement de référence dans la région, recevant chaque mois entre 300 et 500 nouveau-nés souffrant de complications liées à la prématurité, aux asphyxies, aux malformations congénitales ou aux infections néonatales. Le Dr Lamine et son équipe sont reconnus pour leurs efforts exceptionnels, sauvant chaque année des milliers d’enfants.
Trois semaines après sa naissance, Kadidja a été confiée à sa maman dans l’unité kangourou du centre. Cet espace spécial enseigne aux mères les techniques de peau à peau pour maintenir leurs bébés à une température corporelle stable et créer un lien affectif essentiel.
À l’issue de trois mois de suivi et avec un poids de 1600 grammes, Kadidja était enfin prête à rentrer chez elle. Mais sa santé fragile exigeait une vigilance constante. « À la maison, je ne vais nulle part. Elle est toujours attachée à moi, même lorsque je fais les tâches ménagères », explique Binta.
Le CSME de Maradi bénéficie du soutien précieux de l’UNICEF notamment dans le cadre du financement de la Principauté de Monaco et la Coopération allemande. « Leur appui est inestimable. Ils fournissent des équipements essentiels, des médicaments vitaux et assurent la formation des agents de santé », souligne le Dr Lamine.
« Chaque fois que je la vois, je ressens une immense joie et la satisfaction du devoir accompli »
Aujourd’hui, Kadidja a neuf mois, pèse six kilogrammes et revient au CSME pour une consultation de routine. « Chaque fois que je la vois, je ressens une immense joie et la satisfaction du devoir accompli », confie Dr Lamine. Pour Binta, c’est un mélange de gratitude et de fierté : « Quand je la regarde, je me rappelle des jours où je pleurais, craignant de la perdre. Aujourd’hui, elle est en bonne santé et joue. Cela remplit mon cœur de joie. »
Avec des ambitions grandes pour l’avenir, Binta rêve que Kadidja devienne médecin pour sauver, à son tour, des vies. « Je souhaite qu’elle puisse un jour aider d’autres enfants, comme elle a été aidée », conclut-elle.
Au Niger, la santé néonatale demeure une priorité pour le gouvernement, cela a été solennellement déclaré lors du forum national sur le décès maternel et périnatal. Soutenu par ses partenaires, tel que l’UNICEF, le pays a lancé un vaste programme pour améliorer la prise en charge des nouveau-nés. Cette intervention inclut le renforcement des capacités des prestataires, l’équipement des infrastructures hospitalières et l’approvisionnement en médicaments et consommables essentiels. Ces efforts conjoints visent à réduire significativement la mortalité néonatale et à offrir une chance de survie à chaque nouveau-né.