Vivre sa grossesse pendant la pandémie de maladie à coronavirus (COVID-19)

Les conseils d’une sage-femme experte sur les meilleures méthodes de protection pour vous et votre bébé.

UNICEF
Vivre sa grossesse pendant la pandémie de maladie à coronavirus (COVID-19)
UNICEF/UN0269508/Barrena-Capilla AFP-Services [NOTE: This is a file photo]
08 juillet 2020

La grossesse est une période singulière, qui mêle excitation et anticipation. Néanmoins, dans le contexte de la maladie à coronavirus (COVID-19), la peur, l’anxiété et l’incertitude viennent troubler cette période normalement heureuse pour les futures mères. Pour en savoir plus sur les moyens à disposition des femmes pour se protéger, elles et leur bébé, nous avons parlé à Franka Cadée, Présidente de la Confédération internationale des sages-femmes.

La COVID-19 est une maladie nouvelle et les recherches à son sujet sont en cours. Nous mettrons cet article à jour au fur et à mesure de la diffusion de nouvelles informations.

La poursuite des visites prénatales est-elle sûre ?
De nombreuses futures mères craignent de se rendre aux consultations alors qu’elles prennent des précautions comme rester chez elles et pratiquer l’éloignement social lorsqu’elles sortent. « Aujourd’hui, on observe que beaucoup de choses ont été adaptées dans le monde pour les consultations des sages-femmes. Certaines sont même menées par téléphone. Dès lors, les rendez-vous consacrés à l’auscultation du bébé et à sa croissance peuvent être courts », explique F. Cadée. « Je pense que les femmes enceintes vont se rendre compte qu’elles voient moins les professionnels de santé. L’objectif est de protéger aussi bien les mères que les professionnels de santé contre le risque d’infection. Les consultations physiques auront lieu lorsque c’est nécessaire. » Des changements peuvent également être appliqués aux patients en fonction de leur situation, par exemple pour les grossesses à risque élevé ou faible.

Franka Cadée conseille aux mères de se renseigner sur les options qui s’offrent à elles de la part des professionnels de santé et au sein de leur communauté. « La personne qui s’occupe de vous s’adaptera parfaitement à vous et à vos besoins. Votre sage-femme ou votre obstétricien connaîtra la meilleure solution. »

Après la naissance, il est également important de continuer à bénéficier du soutien et de conseils de professionnels, y compris au sujet des vaccinations de routine. Consultez les professionnels de santé concernés pour trouver le moyen le plus sûr d’organiser ces rendez-vous, pour vous comme pour votre bébé.

Si je suis atteinte de la maladie à coronavirus (COVID-19), vais-je la transmettre à mon bébé ?
Nous ne savons encore si le virus se transmet de la mère à l’enfant pendant la grossesse. « Le virus qui provoque la COVID-19 n’a pas été détecté dans les sécrétions vaginales, le sang ombilical ou le lait maternel », explique F. Cadée, même si les informations à disposition sont encore temporaires. À ce jour, le virus n’a pas non plus été détecté dans le liquide amniotique ou le placenta.

La meilleure chose à faire est de prendre toutes les mesures nécessaires pour vous éviter d’être contaminée par la COVID-19. Cependant, si vous êtes enceinte ou si vous venez d’accoucher et que vous pensez être malade, vous devez consulter rapidement un médecin et suivre les instructions des professionnels de santé.

J’avais l’intention d’accoucher à l’hôpital ou dans un dispensaire de santé. Est-ce toujours une bonne option ?
« Les femmes doivent demander à leur sage-femme [ou à leur professionnel de santé] leur opinion sur l’endroit le plus sûr pour elles et sur les précautions à prendre au cas par cas », recommande F. Cadée. « Tout dépend de la femme, de sa situation et du système de santé. » 

« On peut espérer que les établissements de santé disposent d’entrées différentes pour les personnes atteintes de COVID-19 et les autres. Dans certaines situations, c’est malgré tout totalement impossible », explique F. Cadée. « Dans certains pays à revenu élevé, comme aux Pays-Bas, mon pays d’origine, l’accouchement à domicile est intégré au système. Dès lors, un accouchement à domicile prévu dans le cadre du système est sûr et on observe un plus grand nombre de femmes qui donnent naissance chez elles [mais c’est loin d’être le cas dans la plupart des pays]. Par ailleurs, certains hôtels sont utilisés par les sages-femmes aux Pays-Bas pour permettre aux femmes d’y accoucher. Ces établissements sont sécurisés pour qu’une femme puisse y donner naissance sans devoir se rendre à l’hôpital. Tout cela s’inscrit cependant dans le contexte local. » 

Pour connaître l’option la plus sûre pour vous, il est recommandé de parler au professionnel de santé qui vous accompagne tout au long de votre grossesse et pour la naissance.

Puis-je être accompagnée par mon/ma partenaire ou par un membre de ma famille lors de l’accouchement ?
Bien que les politiques varient d’un pays à l’autre, F. Cadée estime que les femmes doivent pouvoir avoir quelqu’un à leur côté pour les soutenir, dès lors que les précautions adéquates sont prises, comme le port du masque dans la salle d’accouchement et le lavage des mains. « Nous avons noté que, dans certains pays, les femmes n’ont pas le droit d’être accompagnées et cela m’inquiète. Je peux comprendre que, pour essayer de réduire les contacts, on souhaite limiter le nombre de personnes qui accompagnent une femme au moment de l’accouchement. C’est tout ce qu’il y a de plus logique, mais nous devons nous assurer que qu'une femme qui accouche peut compter sur une personne à ses côtés : son/sa partenaire, sa sœur, sa mère, [ou un proche de son choix]. Et s’il-vous-plaît, ne séparez pas les bébés de leur mère. »

« Nous devons faire preuve de compassion : comprendre que chaque situation est différente et que les professionnels de santé, aux côtés des familles, font de leur mieux, font preuve de bon sens et s’écoutent les uns les autres. Je pense que c’est le plus important : nous devons nous efforcer de travailler ensemble. »

Je suis terriblement anxieuse à l’idée d'accoucher. Que dois-je faire pour surmonter cette peur ?
Pour vous tranquilliser, vous pouvez mettre en place un plan pour votre accouchement. Vous aurez ainsi un sentiment de maîtrise plus important. Il faut toutefois reconnaître que la situation actuelle implique davantage d’imprévus selon l’endroit où vous vivez. « Ce plan doit indiquer les personnes à appeler au moment où le travail commence, celle qui apportera son soutien pendant le travail et où vous souhaitez qu’il ait lieu. Vous devez connaître les restrictions qui seront en place pour un accouchement à l’hôpital au sujet de la personne de soutien et des membres de la famille », conseille F. Cadée.

Elle recommande également quelques mesures simples pour se relaxer chez soi, « comme des exercices [d’étirement] ou de respiration et appeler sa sage-femme en cas de besoin ». Avant toute autre chose, efforcez-vous de prendre soin de vous autant que possible. « Mangez correctement, buvez suffisamment, posez vos mains sur votre ventre et profitez de votre grossesse. »

Quelles questions dois-je poser à mon professionnel de santé ?
F. Cadée souligne l’importance de nouer une relation de confiance avec son professionnel de santé. « Toutes ces questions portent sur vous et votre santé, vous devez vous sentir libre de les poser. Si vous avez une relation franche avec votre professionnel de santé – votre sage-femme ou votre obstétricien – ils aborderont ces sujets avec vous et répondront à vos questions avec honnêteté. Vous avez parfaitement le droit de connaître ces données, car il s’agit de votre corps et de votre bébé. »

« Les services des sages-femmes sont davantage sollicités, tout comme les docteurs et les infirmières, alors elles peuvent avoir besoin de plus de temps pour répondre qu’à l’accoutumée », remarque F. Cadée. Elle propose de créer un système pour déterminer comment et quand communiquer avec votre professionnel de santé. Vous pouvez, par exemple, mettre en place une routine liée aux consultations ou déterminer les moyens de contact pour des soins urgents. Il peut également être utile de parler aux soignants à l’avance pour obtenir une copie de votre dossier médical, qui comprendra des informations sur les soins prénatals en cas d’interruption ou de changement dans les services.

Au sujet de votre plan pour l’accouchement, il est important de poser autant de questions que nécessaire. F. Cadée suggère les questions suivantes :

Est-ce que je risque d’être contaminée par la maladie à coronavirus (COVID-19) dans cet espace ? Une personne atteinte de la COVID-19 est-elle déjà venue ici ?
Comment séparez-vous les personnes atteintes de la COVID-19 des autres ?
Les professionnels de santé disposent-ils de suffisamment d’équipements de protection ?
Ai-je le droit d'être accompagnée ? Si non, pourquoi ?
Ai-je le droit de garder mon bébé avec moi ? Si non, pourquoi ?
Ai-je le droit d’allaiter mon bébé ? Si non, pourquoi ?
Ai-je le droit à un accouchement vaginal ou pratiquez-vous les césariennes plus tôt ? Dans ce cas, pourquoi ? 
Que faut-il emporter pour aller à l’hôpital compte tenu de la pandémie de maladie à coronavirus (COVID-19) ?
« À mon avis, il n’y a rien à emporter de plus qu’à l’accoutumée, mais les femmes doivent bien tenir compte des précautions », conseille F. Cadée.

Elle prévoit que certains hôpitaux vont probablement demander aux femmes de rentrer chez elles plus tôt que d’habitude si elles sont en bonne santé. « Là encore, les choses seront différentes d’une région à une autre, d’une femme à une autre, d’un hôpital à un autre », affirme-t-elle. Elle recommande aux futures mères de « demander à leur sage-femme ou leur obstétricien des conseils qui leur correspondent vraiment. »

Une fois que j’aurai accouché, que puis-je faire pour protéger mon nouveau-né contre le virus de la COVID-19 ?
La meilleure chose à faire est de ne pas compliquer les choses : restez seulement avec votre famille et ne demandez pas de visites pour le moment. « Vous devez également veiller à ce que vos enfants (si vous avez d’autres enfants) ne fréquentent pas d’autres enfants. Demandez aux membres de votre famille de se laver les mains et de prendre bien soin d’eux-mêmes », explique F. Cadée.

Même si nous traversons une période difficile, elle recommande d’essayer de voir le côté positif lié au fait de disposer de davantage de temps pour se rapprocher de sa famille. « Parfois, les jeunes parents se retrouvent submergés par autant de visites. Profitez de la tranquillité que vous offre votre famille [proche] en ce moment. Cette occasion de pouvoir tisser des liens, seule avec son bébé est quelque chose de spécial. À vous de découvrir ce nouvel être humain et d’en profiter. »

Je suis enceinte. Que dois-je faire pour rester en sécurité lors de la pandémie de COVID-19 ?
En l’état actuel des recherches, rien n’indique que les femmes enceintes courent un risque plus élevé de contamination par le virus de la COVID-19 que les autres groupes de population. Cela dit, en raison des changements que connaissent leur corps et leur système immunitaire, les femmes enceintes, au cours des derniers mois de leur grossesse, peuvent être gravement affectées par des infections respiratoires. Il est donc important de prendre des précautions. « Je sais que cela peut être très difficile pour les femmes enceintes. Bien évidemment, elles prennent soin d’elles et de leur bébé et elles ont parfois d’autres enfants. Néanmoins, pour autant que nous le sachions, les femmes enceintes ne courent pas plus de risque que le reste de la population. C’est pourquoi elles doivent prendre les mêmes précautions que tout le monde », rappelle F. Cadée. Elle conseille d’appliquer les mêmes mesures d’éloignement social suivantes :

Évitez les contacts avec toute personne qui présente les symptômes de la maladie à coronavirus (COVID-19) ;
Évitez autant que possible les transports en commun ;
Travaillez de chez vous, si possible ;
Évitez les rassemblements de toutes tailles dans des lieux publics, en particulier dans des espaces fermés ou confinés ;
Évitez les réunions physiques avec des amis ou des membres de la famille ;
Utilisez le téléphone, les SMS ou Internet pour contacter votre sage-femme, votre obstétricien ou tout autre service essentiel.
D’autres mesures de précaution peuvent comprendre le lavage fréquent des mains avec de l’eau et du savon, le nettoyage et la désinfection réguliers des surfaces fréquemment touchées au domicile, l’autosurveillance de tout signe ou symptôme qui correspond à la COVID-19 pour consulter rapidement un professionnel de santé.

Puis-je allaiter mon bébé de façon sûre ?
« En l’état actuel des connaissances, il est parfaitement sûr de poursuivre l’allaitement », affirme F. Cadée. « Toutes les recherches indiquent que le virus de la COVID-19 n’est pas transmis par le lait maternel. Les mères peuvent donc allaiter. C’est la meilleure chose qu’elles puissent faire pour leur bébé. »

Si vous pensez que vous êtes atteinte de la COVID-19, il est important de consulter un médecin au plus vite et de suivre les instructions de votre professionnel de santé. Les mères qui se sentent suffisamment bien pour allaiter doivent prendre des précautions, y compris porter un masque si elles en disposent, se laver les mains avant et après tout contact et nettoyer/désinfecter les surfaces. Si vous êtes trop malade pour allaiter, tirez votre lait et donnez-le à votre enfant à l’aide d’une coupelle et/ou d’une cuillère propres – tout en observant les mêmes précautions.

Que dois-je faire si je vis dans un endroit très peuplé ?
Beaucoup de femmes dans le monde vivent à proximité d’un grand nombre d’autres personnes, ce qui complique l’éloignement physique. Pour ces situations, « il faut réellement demander à l’ensemble de la communauté de prendre soin des femmes enceintes », affirme F. Cadée. Elle recommande à tous de maintenir autant que possible leurs distances avec les femmes enceintes et que certaines toilettes leur soient réservées.

N’oubliez pas non plus l’importance du lavage des mains au sein des communautés. « La recommandation de se laver les mains n’est pas vaine. La COVID-19 et le savon ne font pas bon ménage. C’est une mesure simple qui profite au plus grand nombre », explique-t-elle. « J’espère sincèrement que les communautés et les professionnels de santé, indépendamment des différentes situations dans lesquelles se trouvent les personnes, sauront imaginer des systèmes qui garantissent la sûreté et la sécurité des femmes enceintes, car, après tout, ce sont elles qui donnent naissance à notre avenir. C’est quelque chose de précieux ! »

Entretien et article réalisés par Mandy Rich, Rédactrice de contenu numérique, UNICEF