Une clinique mobile au service des communautés touchées par le séisme de 2023 au Maroc
Celle-ci sillonne les villages les plus reculés de la province et offre des services de santé primaire de proximité adaptés aux besoins de la communauté.
Dans les montagnes du haut Atlas, précisément au village de Targa dans la province de Taroudannt, une petite communauté continue de faire face à des défis importants depuis le séisme qui avait frappé la région le 8 septembre 2023. Ce village difficile d’accès à environ 3 heures de la route du chef-lieu de la province et 1 heure 30 minutes du centre de santé le plus proche, avait subi des dégâts importants incluant destruction de maisons, pertes humaines, blessures physiques, et traumatismes psychologiques chez les habitants.
Les discussions avec la population révèlent un sentiment de peur persistant depuis le triste souvenir du tremblement de terre. La vie n’est pas simple pour cette communauté enclavée qui a vécu des moments pénibles. L’ éloignement des services de santé n’a pas aidé à réduire la vulnérabilité de cette communauté fortement impactée par le séisme. Face à cette situation, et sous le leadership du ministère de la Santé et de la Protection Sociale, l’appui technique de l’UNICEF, et le financement de l’USAID, un partenariat a été établi avec une ONG locale, appelé AMSED (Association Marocaine de Solidarité et de Développement), pour la mise en place d’une clinique mobile. Celle-ci sillonne les villages les plus reculés de la province et offre des services de santé primaire de proximité adaptés aux besoins de la communauté : consultations générales, soins infirmiers, suivi de la grossesse, distribution gratuite des médicaments et appui psychologique. De plus, un système de référencement vers le chef-lieu de la province permet aux patients avec des pathologies complexes de bénéficier de consultations spécialisées et d’examens complémentaires (analyses médicales, radiographies etc.).
Des professionnels de santé engagés au profit de la population
Yasmine, jeune médecin généraliste de la clinique mobile, motivée et engagée dans sa mission, raconte : « j’ai eu des cas médicaux très difficiles et été témoin du sentiment de peur de la communauté. J’ai suivi un jeune enfant qui souffre d’un problème cardiaque qui m’a marqué avec son courage. Je l’ai référé à l’hôpital national à Taroudannt pour consultation et analyses médicales. Le soutien direct que la clinique mobile offre aujourd’hui, va aider les membres de la communauté à surmonter leur peur et aussi à bénéficier de soins de santé appropriés ». Yasmine conclut son témoignage en expliquant que la clinique mobile est pour elle une belle expérience humaine.
Oumayma, infirmière et sage-femme de la clinique mobile, confirme le témoignage de Yasmine. « Nous remarquons qu’il y a toujours le choc et l’angoisse dans la communauté, spécialement chez les femmes enceintes. Ces dernières ne veulent plus accoucher dans les hôpitaux par peur de vivre d’autres tremblements de terre», indique Oumayma.
Des besoins importants en santé mentale
Yasmine et Oumayma ne sont pas les seules dans cette aventure. En plus des soins de santé primaire, la clinique offre un accompagnement psychologique pour les personnes le nécessitant, notamment des séances d’écoute et des exercices de gestion des émotions. Cette mission est assurée par le docteur Mohammed, psychologue de la clinique mobile, qui déclare : « Nous travaillons ensemble pour aider les personnes à dépasser cette période difficile après le séisme. Les entretiens avec plusieurs parents, enfants et jeunes ont montré un grand besoin pour les services de santé mentale. D’autre part, j’ai détecté des cas d’autisme avancé chez certains enfants, dont la situation s’est aggravée après le séisme ». Il souligne aussi l’importance de disposer de centres de santé de proximité permanents pour des services durables au profit de cette population.
La réussite de cette clinique mobile est aussi le fruit de la mobilisation des jeunes de ces communautés. Organisés en association et pleins d’énergie et de motivation, ils facilitent l’accès des habitants à la clinique mobile, préparent l’espace de travail et assurent la traduction de l’amazigh à l’arabe pour l’équipe de la clinique mobile. Parfois, ils aident aussi à organiser le transport des habitants de différents villages pour les amener à la clinique mobile.
Avec un sourire discret, Hussein, habitant du village Targa, témoigne de son expérience : « je suis heureux de bénéficier d’un suivi médical après l’expérience difficile du séisme et un accès limité aux services de santé. Je suis reconnaissant au personnel de la clinique mobile et aux jeunes de la communauté qui nous aident beaucoup ».
Le jour de notre visite, début juin 2024, la clinique mobile avait desservi 40 villages de la province de Taroudannt et effectué 3254 consultations dont 2517 pour les femmes et les enfants. De plus, 460 personnes avaient bénéficié d’un appui psychologique. Cette initiative à grande valeur ajoutée sera élargie à d’autres villages de cette province touchés par le séisme et ce jusqu’à la fin de l’année 2024 sous le leadership du Ministère de la Santé et de la Protection Sociale et ses partenaires AMSED, UNICEF et USAID.
À propos du projet USAID
D’une durée de 30 mois, Le projet « Accompagnement de la réponse nationale post-séisme en faveur de l’enfance au Maroc », financé par l’USAID, et pour lequel l’UNICEF assure l’appui technique, vise à soutenir les enfants, familles et communautés vivant dans les trois provinces (Taroudannt, El Haouz et Chichaoua) affectées par le séisme de septembre 2023. Il sera mené sous le leadership des acteurs marocains, et il s’articule autour de plusieurs domaines d’interventions, éducation, protection de l’enfance, santé, changement social et comportemental et inclusion sociale, et ce parallèlement aux transferts monétaires d’urgence fournis par le gouvernement du Maroc, comme suit :
- L’appui à l’accès à une éducation inclusive de qualité et à des environnements d’apprentissage sûrs et protecteurs. Cet axe cible, l'enseignement préscolaire et primaire, puis, dans un deuxième temps, le premier cycle du secondaire. L’intervention soutiendra également l’accès à l'accompagnement psychosocial pour les enfants et le personnel d’encadrement/enseignant selon les besoins (en ciblant 20.000 enfants).
- L’appui à l’accès équitable aux services d’approvisionnement en eau potable et d’assainissement et l’adoption de bonnes pratiques d’hygiène via le soutien à la restauration des infrastructures d'approvisionnement en eau, notamment au niveau des écoles. Ce domaine intégrera aussi la création d'installations sanitaires et des services d'hygiène adaptatifs (pour 100 écoles en ciblant 11.000 personnes).
- Le renforcement d’un système de protection de l’enfance intégré, inclusif et opérationnel pour les enfants victimes ou à risques dans les zones affectées comprenant une offre de soutien psychosocial adéquat, une orientation vers des services sociaux spécifiques et la mise en œuvre de solutions de prise en charge alternatives adéquates (en ciblant 6000 enfants et 150 Adultes).
- L'amélioration de l’accès à la santé maternelle et infantile et la promotion d’une nutrition appropriée afin que la population affectée ait un accès à des services de qualité en la matière y compris la population se trouvant dans des zones enclavées (en ciblant 6000 femmes et 3 000 enfants).
- Mise en œuvre d’une approche de prestation de services sociaux « Cash-plus » avec des capacités locales renforcées pour une sensibilisation inclusive et multisectorielle et le renforcement de la participation communautaire et la Communication pour le changement social et comportemental visant notamment la promotion des comportements d'hygiène et de réadaptation adéquats.