Post-séisme Maroc 2023: la parentalité positive au coeur de notre action avec le gouvernement

Un programme de formation pour aider les parents à développer une parentalité positive à l’égard de leurs enfants vivant en état de stress post-traumatique causé par le séisme.

Aniss Maghri
Un groupe de femmes et d'hommes tenant des certificats pose ensemble devant la caméra pour une photo de groupe.
UNICEFMaroc
02 avril 2024

Le drame du tremblement de terre d’AL Haouz qui avait frappé le Maroc le 8 septembre 2023 continue, plus de cinq mois après, à produire des effets psychologiques chez les enfants. Mais pas seulement. Le séisme a imposé aux populations de nouveaux modes et conditions de vie auxquels elles n’étaient pas du tout habituées. « Généralement ces gens vivaient en familles élargies, où grands-parents, parents, frères et sœurs, petits-enfants, partageaient avant le séisme la même demeure dite Haoush, néanmoins assez grande dépassant parfois les 300 m2 et préservant l’intimité de chaque partie de la famille.

Après l’effondrement de leurs demeures, plusieurs ont été contraints de vivre dans un espace réduit », explique Meryem Nazzaourou, travailleuse sociale à la Fondation Amane pour la protection des enfants, basée à Taroudante. Cette nouvelle situation a conduit à une promiscuité inhabituelle avec son lot de risques en matière de comportements nocifs y compris en ce qui concerne l’éducation des enfants. Comme Meryem, Souad Dibi, coordinatrice des projets et animatrice des séances de l’éducation parentale à l’Association Femmes ElKheir à Essaouira partage le même constat des défis d’éducation parentale qu’elle avait rencontrés avec son équipe durant leurs missions auprès des populations affectées :

 « Certains parents en pensant bien faire, nuisaient à la santé psychologique de leurs enfants. Par exemples lors de notre mission terrain au Douar Tadar dans la province de Chichaoua, nous avions constaté que certains parents parlaient de l’énurésie nocturne de leurs enfants devant ces derniers et devant des étrangers et parfois avec sarcasme. Nous avons expliqué à ces parents que la réaction d’un enfant face au drame du tremblement de terre est tout à fait différente de celle d’un adulte. Plusieurs enfants sont en train de vivre un véritable désarroi psychologique après le séisme ». Le renforcement des capacités des parents afin de les outiller pour mieux accompagner leurs enfants s’est imposée comme une nécessité post-séisme. Et c’est à cette urgence que se sont attaqués conjointement le ministère de la Solidarité, de l'Inclusion sociale et de la Famille, et l’UNICEF au Maroc avec le soutien de la coopération Belge Wallonie. Courant mois de mars 2024 une formation certifiée en matière d’éducation parentale a été conduite par IFACEF, Institut de Formation et d’Aide Communautaire à l’Enfant et à la Famille basé au Canada au profit d’une soixantaine de participants des deux régions Marrakech-Safi, Souss-Massa qui avaient été durement frappées par le séisme. Profil des participants ? Un mix de travailleurs sociaux ; médiateurs et formateurs affiliés aux 55 ONGS participantes à ce programme dont 20 actives dans les zones touchées par le séisme. Meryem et Souad avaient pris part à cette formation visant à former et outiller les acteurs de la société civile afin de servir de relais auprès des familles impactées et les accompagner en vue  de renforcer leurs capacités en matière d’éducation parentale positive et leur transmettre connaissances, techniques et compétences indiquées pour mieux comprendre et assurer leurs rôles de parents auprès de leurs enfants.  

Nabil Touzani membre de l’équipe Protection de l’enfance à UNICEF Maroc qui a été partie prenante au déroulement de cette action souligne de son côté que « ce programme s’était focalisé principalement sur les aspects permettant d’aider les parents à développer une parentalité positive à l’égard de leurs enfants vivant en état de stress post-traumatique (ESPT), causé par le séisme. La formation a permis principalement la compréhension de l’ESPT, du deuil chez l’enfant, des réflexes innés de survie et de l’état d’impuissance causé par des catastrophes naturelles telles que le tremblement de terre. Avec ces nouveaux acquis, les participants sont aujourd’hui bien outillés pour accompagner les parents et les aider dans la redécouverte des moments heureux, pour eux et pour leurs enfants ».  

Un réseau d’ONG et une plateforme numérique en perspective 

Avec leurs nouvelles compétences développées au terme de cette formation et les outils et techniques qui leur ont été partagés, ces acteurs de proximité accompagnent aujourd’hui les parents pour qu’ils aient les connaissances et aptitudes nécessaires afin de répondre aux besoins spécifiques de leurs enfants d’une manière positive. Meryem et Souad soulignent l’importance des outils mis à leur disposition durant la formation et les nouvelles approches qu’elles ont pu y découvrir. « Un des outils qui nous a marqué et auquel nous avons recouru pour accompagner les parents et membres des familles dans ces situation est le jeu de rôle. Cette technique nous aide ainsi que les parents à mieux comprendre la situation sur laquelle un accompagnement est nécessaire. Elle facilite aussi leur prise de parole en groupe et elle nous permet de les accompagner pour trouver eux-mêmes des solutions aux frictions quotidiennes qui peuvent résulter des situations vécues après le séisme. Cela tout en encourageant le maintien des bonnes pratiques positives traditionnelles lorsque nous en rencontrions chez les familles, et il y en », expliquent-elles en chœur.  

Cette formation de formateurs sera disponible à travers la plateforme numérique de formation relevant du ministère de la solidarité, ouverte aux différentes personnes intéressées travaillant dans le domaine de la protection de l’enfance , ainsi qu'aux familles et aux parents, à travers divers outils et moyens de communication modernes.