Construire une éducation équitable :

Le rôle de la section Éducation et Apprentissage de l’UNICEF au Maroc

Aya Kamime
Education
UNICEF/UNI614337/Mrigua, Hardlight
16 juillet 2025

« Même dans les zones les plus isolées, chaque enfant a droit à un apprentissage de qualité. » Cette conviction guide l’action de la section « Éducation et Apprentissage » de l’UNICEF au Maroc. À travers ses éclairages, Yasmine Smires, responsable du programme Éducation, partage les efforts déployés pour lutter contre le décrochage scolaire, accompagner les jeunes vers l’autonomie, et assurer la continuité de l’apprentissage, même en situation de crise.

Au Maroc, chaque année, environ 300 000 enfants quittent le système scolaire, dont 68 000 dès le primaire et 160 000 au collège (répartition moyenne des effectifs de déperdition par cycle, 2016-2022). Cette rupture concerne particulièrement les zones rurales, où l’éloignement des établissements, l’absence de services de base ou encore les normes sociales continuent d’entraver la scolarisation, surtout celle des filles. La qualité de l’apprentissage est également en jeu: selon le Programme National d’Évaluation des Acquis (PNEA 2019), seuls 30 % des élèves en fin de primaire et 10% en fin de collège maîtrisent les compétences attendues. Du côté des jeunes, près de 1,7 million de Marocains âgés de 15 à 24 ans ne sont ni en formation, ni en emploi, ni scolarisés, dont 75 % sont des filles. Ce sont les jeunes qualifiés généralement de NEET.

Face à ces constats, l’UNICEF a défini des axes d’intervention clairs, inscrits dans le cadre de son programme de coopération 2023–2027 avec le Royaume du Maroc. « Nous intervenons tout au long du parcours de l’enfant, de la petite enfance à l’adolescence, avec une attention particulière aux plus vulnérables », explique Yasmine.

Le travail de la section repose sur un socle stratégique articulé autour de quatre grandes priorités: élargir l’accès à un préscolaire de qualité, lutter contre l’abandon scolaire, accompagner la transition des jeunes vers la vie active, et garantir la continuité de l’apprentissage en situation de crise. Ces priorités visent à agir sur l’ensemble des facteurs pédagogiques, sociaux et territoriaux qui influencent le parcours éducatif des enfants et des adolescents, dès leurs premières années et jusqu’à leur insertion dans la société.

De la vision à l’action

Province de Taroudannt: Youssef et Youness heureux de reprendre leurs cours à l’école Toubkal après que leur établissement a été endommagé par le séisme.
UNICEF/UNI613131/Mrigua, Hardlight Province de Taroudannt: Youssef et Youness heureux de reprendre leurs cours à l’école Toubkal après que leur établissement a été endommagé par le séisme.

Dans le domaine de la petite enfance, la section Éducation et Apprentissage travaille à rendre l’apprentissage accessible dès les premières années, y compris dans les zones les plus reculées. En collaboration avec le Ministère de l’Éducation nationale, du Préscolaire et des Sports (MENPS), un modèle éducatif préscolaire adapté aux zones à faible densité démographique a été conçu. « Ce modèle permet d’intégrer tous les enfants, même les plus éloignés, y compris  les zones où il y a très peu d'enfants », souligne Yasmine.

En complément, un programme de parentalité positive a été mis en place dans trois régions Souss-Massa, Marrakech-Safi et Tanger-Tétouan-Al Hoceima, en ciblant particulièrement les milieux ruraux. Il vise à renforcer les compétences des parents afin de créer un environnement d’apprentissage favorable à la maison. Ce soutien familial constitue un levier important pour prévenir le décrochage scolaire.

L’action de la section s’étend également à l’enseignement primaire et collégial, avec un accent particulier sur la prévention de l’abandon scolaire, notamment chez les filles. Des collaborations étroites avec les établissements scolaires et les acteurs locaux permettent d’identifier les causes spécifiques du décrochage: normes sociales défavorables, mauvaise prise en charge de l’hygiène menstruelle, manque d’activités motivantes ou éloignement géographique. Comme le confie un parent, « J’ai peur pour elle, l’école est trop loin, et je ne veux pas la laisser marcher deux heures dans un chemin dangereux ». Une réalité fréquente en milieu rural.

À partir de ces diagnostics, des plans d’action adaptés sont élaborés avec les équipes éducatives des Académie Régionale de l'Éducation et de la Formation (AREF), incluant l’amélioration des sanitaires, la mise en place d’activités parascolaires ou encore le renforcement du transport scolaire. L’objectif est de lever progressivement les obstacles qui poussent les enfants, et en particulier les filles, à quitter l’école.

L’inclusion des enfants en situation de handicap constitue également un axe central de l’engagement de la section Éducation. En collaboration avec Handicap International, un projet pilote avait été lancé dans la région de Souss-Massa pour développer un modèle d’éducation inclusive, respectueux des droits des enfants en situation de handicap. Ce modèle permet l’intégration directe de ces enfants dans les classes ordinaires, grâce à la formation des enseignants, la sensibilisation des élèves à la diversité, ainsi que l’implication des parents et des directions d’établissement. Cette démarche a abouti au lancement, en 2018, d’une politique publique nationale pour l’éducation inclusive, posant ainsi les bases d’une école marocaine plus équitable et inclusive.

Droit à la participation pour faire entendre la voix des adolescents et des jeunes

Des jeunes présentent leur projet devant le jury et les partenaires du programme Upshift Morocco, lancé en décembre 2020 par l’UNICEF en partenariat avec le Ministère de la Culture, de la Jeunesse et des Sports
UNICEF/UN0664199/Hamma Des jeunes présentent leur projet devant le jury et les partenaires du programme Upshift Morocco, lancé en décembre 2020 par l’UNICEF en partenariat avec le Ministère de la Culture, de la Jeunesse et des Sports

Dans le cadre de ses efforts pour promouvoir le droit à la participation, la section Éducation et Apprentissage met un accent particulier sur l’implication directe des adolescents et des jeunes dans les processus qui les concernent. Pour cela, elle soutient la création de comités de plaidoyer et encourage les démarches de recherche participative, permettant aux jeunes d’identifier les obstacles à leur scolarité, de proposer des solutions concrètes et de les présenter aux autorités locales. Le Comité Participatif des Jeunes (CPAJ), développé dans le cadre du programme ADAP (Adolescent Development and Participation), offre un espace où les adolescents peuvent exprimer leurs avis, faire entendre leurs voix et participer activement au changement social. En 2024, des actions ont aussi visé à renforcer leurs compétences de vie, notamment à travers la révision des contenus éducatifs et la mise à disposition d’outils pour encourager leur engagement dans la société. Parmi ces initiatives, la participation à la coalition internationale Game Changer, qui met l’accent sur les jeux destinés aux filles, offre aux jeunes un espace pour interagir avec leurs pairs, identifier les défis locaux et contribuer à des solutions concrètes.

Agir même en temps de crise

Après le séisme de septembre 2023, la réhabilitation des écoles pour un retour dans de bonnes conditions a été la priorité de l’UNICEF au Maroc, en partenariat avec le avec le Ministère de l’Éducation nationale, du Préscolaire et des Sports
UNICEF/UNI613159/Mrigua, Hardlight Après le séisme de septembre 2023, la réhabilitation des écoles pour un retour dans de bonnes conditions a été la priorité de l’UNICEF au Maroc, en partenariat avec le avec le Ministère de l’Éducation nationale, du Préscolaire et des Sports

Le programme œuvre, y compris dans les contextes de crise humanitaire, pour répondre aux besoins des enfants. En 2024, des actions concrètes en matière d’eau, d’hygiène et d’assainissement (WASH) ont été déployées dans 20 écoles situées dans les provinces de Chichaoua, Al Haouz et Taroudannt, au bénéfice de 10 576 élèves affectés par le séisme. Ces interventions ont notamment porté sur la remise en état des installations sanitaires, l’aménagement d’espaces dédiés à l’hygiène menstruelle, le raccordement aux réseaux d’eau et d’évacuation et l’installation de fontaines. En complément, des kits d’hygiène personnelle ont été distribués aux élèves et des équipements de nettoyage fournis aux établissements, contribuant ainsi à améliorer la propreté et la salubrité des lieux. Ces mesures ont permis de diminuer l’absentéisme, notamment chez les jeunes filles, tout en renforçant la confiance des parents envers l’école. L’action de l’UNICEF en situation d’urgence cible aussi le soutien pédagogique et psychologique des enfants en leur assurant un retour à l’école sûr et en les soutenant psychologiquement pour dépasser les traumatismes causés par la situation d’urgence.

« L’expérience du séisme d’Al Haouz n’a pas été facile, mais grâce à ma participation aux concours d’éloquence et aux olympiades de Tifinagh, j’ai réussi à surmonter les moments difficiles. Ces activités m’ont aidée à retrouver confiance en moi et à apporter du soutien aux autres enfants », confie Hiba, élève qui avait bénéficié d’activités d’accompagnement psychosocial soutenues par l’UNICEF et ses partenaires après le séisme d’Al Haouz.

Des résultats alignés avec les priorités fixées

Les actions engagées se traduisent par des résultats tangibles. Le modèle éducatif préscolaire qui a été élaboré en collaboration avec le MENPS est actuellement mis en œuvre dans la région de l’Oriental. Il repose sur plusieurs composantes innovantes, telles que la présence d’une éducatrice itinérante, un programme pédagogique adapté, ainsi que la mise à disposition de moyens de transport appropriés pour les enfants. L’objectif est de le mettre par la suite à l’échelle au niveau de l’ensemble des localités concernées.

Par ailleurs, le programme sur la parentalité positive a été formalisé par le MENPS et reconnu comme un levier essentiel pour renforcer le rôle éducatif des familles dès les premières années de l’enfant.

Dans le domaine de la lutte contre le décrochage, les établissements ciblés ont enregistré une baisse de 3,2 % du taux d’abandon dans les zones couvertes par le programme. Par ailleurs, près de 44 500 adolescents et jeunes ont été accompagnés dans des espaces non formels, comme les écoles de la deuxième chance ou les projets participatifs. Ces initiatives ont permis de développer leurs compétences de vie, de renforcer leur inclusion sociale et de valoriser leur engagement dans la communauté.

Ces résultats peuvent être renforcés davantage dans tout le Maroc en améliorant encore plus la coordination entre l’ensemble des parties prenantes. Selon les analyses faites, dans plusieurs régions, les interventions restent fragmentées entre différents acteurs, ce qui limite leur portée. La section Éducation souligne l’importance de réunir autour d’une même table l’ensemble des acteurs concernés : écoles, collectivités, services sociaux, associations pour construire une réponse cohérente et durable. Là où cette synergie existe, des solutions concrètes émergent.