100% Mamans: Ces femmes qui combattent la COVID19
Projet #Mamans_Face_au_Covid19
“Quand le Corona est apparu, j’ai perdu mon travail à l’usine. Je n’avais pas les moyens pour acheter de quoi protéger mon enfant et moi-même du virus. En plus de ça j’avais très peur pour ma petite fille qui est asthmatique. Je paniquais à chaque fois qu’elle tombait malade” .Iman I
Effectivement, l’arrivée de la pandémie de la COVID-19 a été accompagnée par une considérable précarisation des conditions de vie des plus vulnérables et en particulier des mamans célibataires. Isolement social, pauvreté sanitaire, incertitude, perte de travail, absence de revenus etc. Les fragilités de certaines femmes se sont considérablement aggravées et ont privé leurs enfants de leurs droits. Face à ce constat, l’association 100% Mamans, basée à Tanger, a initié des actions en vue de mitiger l’impact de la pandémie sur ses bénéficiaires alors que le virus se propage dangereusement dans des endroits où la pauvreté ainsi que la surpopulation sont toutes deux importantes.
100% Mamans est une association Marocaine qui œuvre à promouvoir l’inclusion sociale et citoyenne de mères célibataires ainsi que de leurs enfants, quelle que soit leur origine ou leur nationalité. Elle a pour mission de défendre la dignité et le plein exercice des droits des femmes en situation de grande vulnérabilité. À ce jour, l’organisation, fondée en 2006, est venue en aide à plus de 2500 mamans célibataires ainsi qu’à leurs enfants.
C’est avec ses partenaires ; UNICEF et USAID qu’en septembre 2020, le projet #Mamans_Face_au_Covid19 , a vu le jour.
Après avoir reçu une formation sur les mesures de prévention de la COVID-19 par un médecin, ainsi qu’une autre sur l’engagement communautaire et la communication interpersonnelle, dispensée par les experts de l’UNICEF, 25 anciennes bénéficiaires se sont mobilisées sur le terrain. Chacune d’entre elles a rendu visite à 20 familles dans leurs communautés respectives. A son terme, le projet, dirigé uniquement par des mères célibataires en situation de précarité, a bénéficié à plus de 650 familles et 1070 enfants.
Comme le précise Hind Chokrii, coordinatrice du projet:
“Le virus ne touche pas uniquement les femmes et les familles marocaines. On sait que la COVID-19 a un impact sur toutes les communautés sans distinction aucune. Dès lors, nous avons dû agir en conséquence”. Le choix de la nationalité des mamans a ainsi reflété cette diversité en impliquant des femmes marocaines mais également des femmes en situation de migration.
Le caractère des interventions fût diversifié. Il s’agissait à la fois des activités de prévention contre le virus de la Covid-19 en distribuant des kits hygiéniques, et de promotion de la parentalité positive tout en facilitant la continuité du recours aux services médico-sociaux par un accompagnement juridique, social et psychologique. Un défi que Youssra M, infirmière et mère d’une petite fille de 2 ans et demi, a souhaité relever:
“Il est très important de faciliter la transmission du message. Beaucoup de familles sont analphabètes, il faut choisir les bons mots. L’adaptation est primordiale.”
Cette marocaine de 26 ans a notamment encouragé les femmes enceintes à poursuivre leur suivi de grossesse tout en expliquant l’importance des gestes de prévention ainsi que de la distanciation sociale afin de “vous protéger ainsi que de protéger votre communauté” témoigne-t-elle.
Afin de mitiger l’impact des pertes incalculables d’emplois, affectant majoritairement les femmes, 100% Mamans a souhaité concilier la vocation principale de son projet d’engagement communautaire avec la perspective de l’accès à l’emploi. Effectivement, Hind Chokrii explique comment le programme a permis de soutenir les relais communautaires en les indemnisant pour qu’elles bénéficient d’une certaine indépendance financière, en particulier pour les mamans subsahariennes en situation de migration :
“Vu qu’elles n’ont pas de papiers, elles n’ont pas de travail ni d’aides sociales. Il est donc important qu’elles puissent se sortir de leurs situations de vulnérabilités”.
Ce pari double fût réussi à la lumière du témoignage de la relais communautaire Adija N, Camerounaise et mère d’une petite fille de 3 ans.
“Avant la Covid-19 je pouvais coiffer, je gagnais mon pain quotidien comme ça. Après, tout a changé. Heureusement, je n’ai pas la bouche qui se ferme et je me suis demandé pourquoi je ne serai pas un relais communautaire moi aussi ?! J’ai fait le stage. J’y ai appris à parler en public et à ne pas répondre à des questions au hasard. Au début, ce n’était pas facile. Les familles refusaient la Covid-19. Il a fallu insister ! J’ai aussi expliqué aux membres sans papiers de ma communauté, que les femmes enceintes pouvaient quand même aller à l’hôpital malgré tout. Le résultat c’est que maintenant les femmes ont compris que le virus existe, les maisons sont propres, elles mettent les masques et en redemandent”. Adija N
Si le projet #Mamans_Face_au_Covid19 fût avant tout un programme de communication de grande ampleur, c’est parce qu’il a incarné la transmission d’information pour le renforcement des connaissances en vue de l’adoption des mesures préventives contre la pandémie et de bonnes pratiques pour la réalisation des droits des mères et de leurs enfants. L’approche communautaire a ainsi permis de détecter de nouvelles familles vulnérables. C’est notamment le cas d’Iman I, qui fût approchée par la relais de sa communauté :
“Une porte s’est ouverte et ce fût celle de l’association. Nustrat est venue chez moi pour présenter le projet et me donner des informations sur les gestes sanitaires. Elle est ensuite revenue pour m’apporter le kit. Les gens sans moyens utilisent leurs masques pendant un mois. Grâce à l’association, je change les miens toutes les 4 heures.”
La grande précarité dont Iman a souffert est malheureusement loin d’être un cas isolé à l’image de la bénéficiaire Marguerite. Cette camerounaise de 23 ans, mère d’une petite fille de 2 ans, a, elle aussi, dû faire face aux conséquences dramatiques de la pandémie.
“ J’étais femme de ménage mais j’ai dû arrêter de travailler. J’ai toujours du mal à m’en remettre à l’heure actuelle. L’association m’a contacté à l’arrivée du Covid. J’ai pu bénéficier d’une formation de 3 mois en cuisine ainsi que des messages de prévention et du kit avec les masques et les gels. Quand je n’en avais plus, l’association m’en donnait d’autres.”
Malheureusement, si Marguerite souhaite de nouveau acquérir son autonomie financière, c’est sans compter sa situation d’irrégularité ; “j’ai fait ma formation mais après je n’ai pas eu d’offres d’emploi parce qu’il faut avoir une carte de séjour pour travailler. Aujourd’hui, je vis de la charité. Je vais dans la rue et je mendie. Ce n’est pas digne pour moi-même ni pour ma fille. Voir un enfant mendier dans la rue avec sa maman ce n’est juste pas possible” se désole cette bénéficiaire.
La pandémie de la COVID-19 a effectivement mis en lumière la situation d’extrême précarité de certaines mamans ainsi que de leurs enfants. Une vulnérabilité qui n’a fait qu’être exacerbée dans ce contexte de crise sanitaire. Si grâce à l’association 100% mamans, son projet #MamansFaceauCovid19 et le soutien de l’UNICEF et USAID, de nombreuses familles ont pu être protégées, il demeure cependant primordial de persévérer ces actions ; “La maladie continuera de se propager si les gens n’ont pas les moyens de se protéger” alerte Iman I.
Ce projet de solidarité et d’engagement communautaire sans précédent mené par des femmes, pour des femmes et leurs enfants, a ainsi démontré la force et la capacité de résistance dont chacune d’entre elles fait preuve quotidiennement. Une détermination ainsi qu’une résilience qui appelle au respect.
“On a traversé des moments difficiles mais nous continuerons à nous battre ! Nous ne nous laisserons pas faire et nous n’abandonnerons rien ni personne.”