Climat : la génération du courage prend la parole
À la LCOY 2024, les jeunes mauritaniens présentent leurs solutions et s'engagent à faire bouger les lignes.
« Ce n’est plus une menace. C’est notre quotidien. »
Nouakchott, Mauritanie – octobre 2024 – Dans un coin animé du centre de conférence de Nouakchott, Khadija, 22 ans, pose un regard sérieux sur le document qu’elle vient de coécrire. Son nom figure parmi les signataires de la toute première Déclaration nationale des jeunes pour le climat en Mauritanie.
« Il ne s’agit pas juste de dire que le climat change. Il s’agit de raconter ce que cela fait à nos familles, à nos champs, à nos vies. Et surtout, de dire que nous avons des idées pour y répondre », confie-t-elle avec calme.
Comme Khadija, plus de 150 jeunes de tout le pays ont pris part à la Conférence Locale des Jeunes (LCOY 2024), soutenue par l’UNICEF Mauritanie. Pendant deux jours, ils ont partagé leurs récits, leurs espoirs et leurs solutions pour un avenir plus résilient.
L’urgence, ils la vivent au quotidien
El Mokhtar, 25 ans, connaît trop bien les caprices du climat. Dans sa région, autrefois fertile, les saisons ne veulent plus rien dire.
« Il pleut quand ce n’est pas la saison, ou pas du tout. Le sol est fatigué. Le climat, chez nous, c’est un combat de tous les jours »,
À la LCOY, El Mokhtar a compris qu’il n’était pas seul. D’autres jeunes, venus du Tagant, de l’Assaba, du Guidimakha ou encore de Nouadhibou, partageaient les mêmes préoccupations… mais aussi l’envie d’agir. Certains ont parlé de fermes introduisant des techniques d’irrigation innovantes, d’autres de campagnes de reboisement menées par la jeunesse, ou encore d’initiatives transformant les déchets plastiques en matériaux utiles à la construction.
De la colère… à la proposition
Plutôt que de s’arrêter aux constats, ces jeunes ont voulu aller plus loin : comprendre les mécanismes du changement climatique, et proposer des réponses concrètes. Encadrés par des experts et des partenaires techniques, ils ont participé à des ateliers sur l’énergie renouvelable, la résilience agricole, la santé mentale, la gouvernance climatique…
Leur déclaration finale porte des idées ambitieuses :
- Créer des « points focaux jeunesse » dans les institutions publiques ;
- Élaborer des programmes d’emplois verts pour lutter à la fois contre le chômage et la crise écologique ;
- Faciliter l’accès aux financements climatiques pour les initiatives portées par les jeunes eux-mêmes ;
- Intégrer la santé mentale dans les politiques climatiques.
Soutenir la jeunesse, c’est croire en l’avenir
Pour l’UNICEF Mauritanie, soutenir cette dynamique allait de soi. Depuis plusieurs années, l’organisation accompagne les jeunes dans leur engagement citoyen, notamment à travers des espaces comme les centres SAFIA ou des plateformes comme U-Report.
« Ce que ces jeunes demandent, ce n’est pas un micro. C’est un siège à la table où se prennent les décisions. Et ils ont tout ce qu’il faut pour y être »
En leur apportant un appui technique, logistique et financier, l’UNICEF a permis à ces jeunes de transformer leur voix en véritable force de proposition.
Une jeunesse prête à agir, ici et maintenant
Le plus marquant dans cette conférence, c’est l’énergie contagieuse qui s’en est dégagée. Les sourires, les éclats de voix dans les débats, les moments de silence concentré pendant l’écriture collective de la déclaration. C’est une jeunesse qui ne se contente plus d’observer. Elle agit.
« On n’attend pas que quelqu’un vienne nous sauver. On veut être ceux qui construisent la solution », résume Khadija.
La déclaration finale sera portée par une délégation de jeunes jusqu’à la COP29, mais déjà, ses idées se diffusent dans les écoles, les villages, les radios communautaires. Et surtout, dans les cœurs de ceux qui ont compris que l’avenir se joue dès maintenant.