Visages des rapatriés

Les familles haïtiennes expulsées de Cuba et des États-Unis ont un visage. Découvrez leurs histoires!

Ndiaga Seck
Un enfant avec sa mère
UNICEF Haiti/2021/Rouzier
12 octobre 2021

Le 9 octobre 2021, en une seule journée, sept vols en provenance de Cuba et un en provenance des États-Unis ont ramené des familles haïtiennes, dont 73 filles et 96 garçons, en Haïti. Selon les estimations de l'UNICEF, 80 pour cent de ces enfants ont moins de cinq ans. Beaucoup avaient quitté Haïti sur des bateaux de fortune, et au moins deux personnes auraient été tuées lorsque leur bateau a chaviré au large des côtes cubaines. Selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), 1069 personnes ont été expulsées de Cuba et des États-Unis hier, dont 34 pour cent sont des femmes et des enfants.

 

Sterline Blaise, 22 ans, mère de deux enfants

Je suis partie pour aller chercher une vie meilleure

Sterline Blaise, 22 years old, mother of two
UNICEF Haiti/2021/Rouzier
Sterline Blaise, 22 ans, mère de deux enfants

« Je m’appelle Sterline Blaise, je suis âgée de 22 ans. Ma fille ainée est âgée de 4 ans, et mon fils est âgé d'un an. J’ai entendu qu’il y avait un ‘kanntè, un bateau, qui allait partir. Alors, je suis partie pour aller chercher une vie meilleure.

J’ai passé quatre jours sur le bateau et je ne savais pas que c’était une situation aussi difficile, aussi dure. Sinon je n’aurais jamais risqué ma vie, et celle de mes deux enfants au milieu de la mer où on ne voyait même pas la terre, je ne voyais pas les arbres.

Je suis partie les mains vides, ce sont les autres passagers qui me donnaient un peu d’eau et ce sont les marins lorsqu’ils cuisinaient, même si la nourriture n’était pas bien cuite me donnaient un peu et j’en partageais avec les enfants. Car je n’avais rien et je ne savais pas comment était la situation. »

 

En plus de ces vols arrivés récemment, un bateau cubain a également débarqué quelque 348 migrants dont 12 filles et 26 garçons près de La Saline, dans la périphérie de la capitale haïtienne. Selon beaucoup d'entre eux, ils étaient partis de la commune méridionale de Pestel, durement touchée par le séisme. Yceus Saint Louis est parti d’Haiti sur un ‘kantè’, et il est revenu dans le bateau Cubain.

Yceus Saint-Louis, 45 ans, pêcheur

J'ai quitté Haïti pour aider ceux que j'avais laissés derrière

Yceus Saint-Louis, 45 ans, pêcheur
UNICEF Haiti/2021/Rouzier
Yceus Saint-Louis, 45 ans, pêcheur

« Mon nom est Yceus Saint-Louis et j’ai 45 ans. Quand le tremblement de terre est passé, je ne pouvais plus dormir dans ma maison. Elle est partiellement détruite. On s’est mis à l’abris dans une cuisine, une petite pièce servant de cuisine à l’extérieur de la maison principale. On n’a même pas trouvé de quoi réparer la maison voire se nourrir. On a remarqué qu’il n’y a rien à faire pour survivre. On a lancé une cotisation pour trouver un moyen d’acheter du carburant, un moteur et un bateau. Nous étions nombreux et nous nous sommes mis ensemble pour créer le ‘kanntè’.

On a contribué ensemble à mettre le bateau à l’eau et partir. Mais, on n’a pas pu arriver à destination à cause de la météo. La mer était agitée et on s’est arrêté non loin des côtes cubaines. Durant la nuit, la mer a saccagé le bateau et au matin, la corde du bateau a rompu et le bateau a dérivé vers la terre. Plusieurs passagers se sont jetés à la mer, on a perdu deux personnes. Les autres ont nagé jusqu’à la plage. On a débarqué le bateau et les cubains nous ont trouvés et aujourd’hui, on est arrivé ici.

Avant de partir, je vivais à Nan Sous, Commune des Cayemites. Je reviens avec le même état d’esprit dans la même situation. Je vais continuer à faire ce que je faisais avant de partir. La pêche ! je pêchais, je plongeais. Je vais continuer à le faire. »

 

Selon l'OIM, 7 621 hommes, femmes et enfants ont été expulsés des États-Unis sur des vols charters entre le 19 septembre et le 9 octobre, dont plus de la moitié sont des femmes et des enfants. Les enfants représentent 18,7 % des migrants rentrés des États-Unis par avion. Selon beaucoup d'entre eux, ils étaient partis de la commune méridionale de Pestel, durement touchée par le séisme. L'UNICEF a également identifié au moins quatre enfants non accompagnés parmi les enfants expulsés de Cuba. Les enfants parmi ces migrants sont souvent sans papiers et exposés à des risques élevés de traite d'enfants, d'exploitation et d'abus sexuels. Maliya Saint Louis était avec son père Yceus dans le périlleux voyage.

 

Maliya Saint-Louis, 12 ans, élève

Je craignais que le bateau coule et que le bébé meure.

Maliya Saint-Louis, 12 years old, student
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Maliya Saint-Louis, 12 ans, écolière

« Je m’appelle Saint-Louis Maliya, j’ai 12 ans et j’étais en 5ème année à l’école nationale et admise en 6ème année. J’aime beaucoup jouer avec mes amies. On jouait à des jeux comme « amener les enfants malades à l’hôpital ». Mais dans le bateau, je ne me sentais pas bien, je vomissais. Parfois les gens cuisaient la nourriture mais on ne m’en donnait pas. J’avais faim. Il y avait beaucoup de vent et beaucoup d’eau tombait sur le bateau. C’est comme si le bateau coulait, les gens avaient peur et hurlaient à l’aide. Ils demandaient à Dieu de les sauver jusqu’à ce que le bateau ait touché terre.  Et j’avais toujours l’impression que quand j’étais sur le bateau, je ne pouvais me tenir debout et que je perdais pied. Ma plus grande peur, c’était que le bateau coule avec les gens. Il y avait beaucoup de gens qui vomissaient, adultes comme enfants. Il y'avait un bébé a bord et je craignais que le bateau coule et que le bébé meure. »

 

La plupart des enfants haïtiens et leurs parents qui ont été expulsés hier sont originaires de la péninsule sud d'Haïti qui a été frappée par un violent tremblement de terre en août dernier. Ils ont quitté le pays début septembre car ils avaient tout perdu. Ces enfants sont susceptibles de repartir pour les États-Unis à moins que les conditions ne soient créées pour qu'ils puissent vivre une vie décente dans leurs communautés.

Lerna Thelusca, 30 ans, mère d’une fille

On n’est de retour avec le sentiment qu’on va continuer de nous battre pour survivre.

Lerna Thelusca, 30 ans
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Lerna Thelusca, 30 ans

“Je m’appelle Lerna Thelusca. J’ai pris le ‘kanntè’ à La Gonâve pour aller à Miami. A cause du vent, d’une panne de carburant, de manque de nourriture, nous avons débarqué à Cuba pour demander de l’eau et du carburant. Ils ne nous ont pas donné ce qu’on voulait et ils nous ont gardés pendant un certain nombre de jours et ce samedi, on est de retour en Haïti.

C’était la galère [le voyage]. Les enfants pleuraient, et on n'avait pas de carburant, pas d’eau, sous la pluie, les vents. A la fin, nous ne sommes pas arrivés à destination. Là où on est arrivé, ils nous ont gardés et nous ont refoulés en Haïti, au point de départ, alors que nous étions partis en quête d’une vie meilleure.

On est de retour avec le sentiment qu’on va continuer de nous battre pour survivre. On n’a pas de plan. On n’est revenu qu’aujourd’hui. On n’a pas de plan. »

L'UNICEF continue de soutenir les communautés touchées par le tremblement de terre en construisant ou en réparant des infrastructures sociales de base, qui peuvent constituer une solution dissuasive et même durable aux migrations périlleuses qui mettent en danger la vie des enfants, de leurs parents et des responsables d’enfants.

 Bruno Maes, UNICEF representative speaking with young Maliya.
UNICEF Haiti/2021/Rouzier
Bruno Maes, Représentant de l'UNICEF s'entretient avec la jeune Maliya.

« Les migrants haïtiens expulsés de Cuba et des Etats-Unis retourneront très probablement dans le sud où la plupart des services de base pour les enfants tels que l'éducation et le système de santé sont encore largement perturbés près de deux mois après le séisme. Plus de solidarité est nécessaire pour soutenir les familles de migrants qui ont perdu tous leurs biens et ont besoin de reconstruire leur vie en Haïti », a déclaré Maes.

L'UNICEF appelle à un soutien accéléré aux populations haïtiennes expulsées pour reconstruire leur vie et aider les enfants à retrouver l'accès aux services de santé et à retourner à l'école.