CHOLERA : la dernière ligne droite

Aujourd’hui, dans la majeure partie du pays, le choléra est en voie d’être vaincu.

Mehdi Meddeb
Yolette et son fils en train de rentrer chez elle
Mehdi Meddeb

29 novembre 2019

Son nom : Vibrio cholerae. Ses victimes : Haïti et ses habitants. Depuis octobre 2010, l’épidémie sévit. Près de 10 000 habitants en sont morts, et 820 300 personnes affectées par des diarrhées cholériformes. Aujourd’hui, dans la majeure partie du pays, le choléra est en voie d’être vaincu. Sont encore rapportés quelques cas suspects de choléra dans les zones difficiles d’accès des départements du Centre et de l’Artibonite. Mais même là, la maladie diarrhéique est en passe d’être éliminée. Aucun cas de choléra n’y a été confirmé depuis le 4 février 2019.

Dans un paysage à couper le souffle, l’équipe de réponse rapide avance. Encore et toujours. Prête à traverser à pied l’Artibonite et ses affluents. Ceux-là même qui furent porteurs du vibrion au plus fort de l’épidémie. Neuf ans après son déclenchement, l’UNICEF et ses partenaires restent mobilisés pour vaincre les dernières poches de choléra, comme celle de Lascahobas. Dans cette zone montagneuse – les Mornes – frontalière avec la République dominicaine, les cas suspects sont souvent rapportés dans les villages en altitude, et donc reculés.

 

« Tous les jours, on intervient avec nos équipes et les EMIRA », précise Jennyfer Joseph, chef de projet Choléra à l’ONG Acted, partenaire de l’UNICEF. Les EMIRA sont les Equipes mobiles d’intervention rapide du Ministère de la Santé Publique et de la Population (MSPP). « Parfois, il faut 4 à 5 heures de temps pour atteindre les zones suspectes. Quelquefois, nous passons la nuit sur place car nous n’avons pas le temps de revenir à notre base ».

La trentenaire, dont une dizaine d’années déjà sur le terrain, n’est pas du genre à rebrousser chemin. Ce jour-là, il faut retourner dans une maison isolée, où réside un bébé atteint de diarrhées qui fut emmené à moto au centre de traitement des diarrhées aigües (CTDA) de Lascahobas. « On fait toujours un suivi après un cas suspect », détaille-t-elle. « Lors de la première visite, on organise un cordon sanitaire. En clair, on décontamine avec du produit chloré toutes les 15 à 20 maisons environnantes à 50 mètres de la maison-souche ».  

La maison du petit Jean Widler, le bébé déclaré « cas suspect », est simple, en bois. La venue de l’équipe de réponse rapide provoque l’afflux des voisins. Une aubaine pour Jennyfer Joseph, qui organise une nouvelle séance de sensibilisation, de décontamination et de distribution de produit chloré. « Quand vous avez des diarrhées ou des vomissements, la première chose à faire c’est de prendre du sérum oral », leur explique-t-elle. « Et surtout pour les enfants et les personnes âgées car ils sont moins résistants ». Sur place, la réactivité des habitants n’est plus à démontrer.

Une séance de sensibilisation sur le choléra dans une localité retirée de Laschaobas
Mehdi Meddeb
Une séance de sensibilisation sur le choléra dans une localité retirée de Laschaobas

Dès les premières selles liquides de mon fils, nous avons décidé de le faire hospitaliser. Je n’ai pas hésité une seule seconde, surtout que plusieurs de mes proches sont morts par le passé du choléra 

Yolette, la maman du petit Jean Widler

Après la décontamination, l’équipe de réponse rapide distribue dans toutes les maisons des « kits choléra » composés de produits chlorés pour l’eau, de savon, et de sérum d’hydratation orale, et informe les familles sur les pratiques préventives d’hygiène et la chloration de l’eau. L’infirmier de l’EMIRA distribue des antibiotiques à titre préventif.  Du 1er janvier 2018 au 15 septembre 2019, 17.135 interventions de prévention et réponse au cholera ont été conduites par les 55 équipes de réponse rapide appuyées par l’UNICEF, 92% des cas en moins de 48 heures. Au total, 126.809 maisons ont été désinfectées à l’aide de produit chloré, et 143.685 maisons ont été dotés de produits de traitement d’eau. Environ 2 millions de personnes ont été informées des bonnes pratiques d’hygiène pour prévenir la maladie.

A ses débuts, le choléra était un tabou absolu. Les Haïtiens, qui ont vécu plus d’un siècle sans connaître le choléra, voient déferler l’épidémie qui les décime en un rien de temps. D’octobre 2010 au 31 décembre 2018, 820.300 cas suspects et 9.792 décès ont été notifiés par le MSPP. Après une baisse de 67% entre 2016 et 2017, le nombre de cas suspects a encore diminué de 72% pendant l’année 2018, par rapport à l’année précédente. Du 1er janvier au 8 septembre 2019, 553 cas suspects de cholera ont été enregistrés, ce qui correspond à une baisse de 82% comparée à la même période l’année dernière.

Lien vers la vidéo sur son site hébergé
UNICEF Haiti/Telisma
Infographie animée

On a une baisse extraordinaire des cas, et on est heureux de pouvoir dire que nous n’avons plus aucun cas confirmé de choléra depuis le 4 février 2019. Ceci dit, il ne faut pas relâcher nos efforts. Il faut continuer de se mobiliser, de renforcer la surveillance communautaire, mais aussi renforcer la capacité des laboratoires. Il faut également travailler avec les communautés sur de meilleurs conditions d’approvisionnement en eau et de meilleures mesures d’hygiène et d’assainissement 

Maria Luisa Fornara, Représentante de l’UNICEF en Haïti.
Une équipe de réponse rapide traversant une rivière
Mehdi Meddeb
Une équipe de réponse rapide traversant une rivière

Selon l’OMS, trois ans sans aucun cas de choléra confirmé au laboratoire sont nécessaires pour déclarer la fin de l’épidémie en Haiti.  Avec 3794 cas suspects au 31 Décembre 2018, l’objectif du Plan à moyen terme d’une incidence annuelle inférieure à 0,1% était déjà largement atteint. L’élimination du choléra avant 2022 est désormais envisageable en Haiti.