Dispenser des services de santé vitaux aux enfants d’Haïti

Le contexte instable et incertain n’arrête pas les professionnels de santé, qui travaillent sans relâche

UNICEF
Le 19 juillet 2022, dans le village de Troirac, près de la ville de Camp Perrin en Haïti, la mère Casmus Joseph tient dans ses bras sa fille de 9 mois, Anne Djounaïka.
UNICEF & U.S. CDC/UN0695581/LeMoyne
22 novembre 2022

Quand elle est tombée enceinte, Camsus Joseph a décidé de quitter Port-au-Prince, la capitale d’Haïti, et de retourner dans son village natal, Toirac, dans le sud-ouest du pays. Pour elle, l’instabilité et la violence qui sévissaient dans la capitale étaient devenues intolérables. Par ailleurs, elle voulait se rapprocher de sa famille. Dans un premier temps, son mari, Claudy Délice, est resté à Port-au-Prince pour chercher du travail et subvenir aux besoins de sa famille.  

 

Dans la capitale d’Haïti, Port-au-Prince, un feu se consume durant les manifestations contre la flambée des prix de l’essence notamment.
UNICEF & U.S. CDC/UN0695690/LeMoyne Dans la capitale d’Haïti, Port-au-Prince, un feu se consume durant les manifestations contre la flambée des prix de l’essence notamment.

À peine quelques mois plus tard, en août 2021, un violent tremblement de terre a ravagé le pays. Une bonne partie du village où Camsus Joseph était revenue vivre a été dévastée, et notamment la maison où elle habitait, la forçant à trouver refuge dans un abri de fortune. C’est là qu’elle a donné naissance à une petite fille, Anne-Djounaïka. L’accouchement s’est bien passé. Peu de temps après, son mari, ayant perdu son travail, l’a rejointe à Toirac. Dans la capitale, la violence des gangs ne faisait qu’empirer.

Le 18 juillet 2022, un voisin joue avec le bébé Valentine sur le perron de la maison de Yolande Felix aux Cayes, en Haïti.
UNICEF & U.S. CDC/UN0695561/LeMoyne Une famille se tient sur les ruines de sa maison dans un village fortement touché par le séisme.
Dans le village de Toirac, Claudy Délice tient sa fille Anne-Djounaïka dans ses bras.
UNICEF & U.S. CDC/UN0695576/LeMoyne Dans le village de Toirac, Claudy Délice tient sa fille Anne-Djounaïka dans ses bras.

Au service d’une communauté affectée par le séisme

La région continue de faire face aux répercussions du tremblement de terre, auxquelles vient s’ajouter un manque récurrent d’infrastructures. Deux défis de taille à surmonter lorsqu’il s’agit de fournir des services de soins de santé primaires à des enfants comme Anne-Djounaïka.

Scène de rue dans le centre des Cayes, petite commune du sud d’Haïti, fortement touchée par le tremblement de terre.
UNICEF & U.S. CDC/UN0695571/LeMoyne Scène de rue dans le centre des Cayes, petite commune du sud d’Haïti, fortement touchée par le tremblement de terre.

Avec le soutien de l’UNICEF, plusieurs centres prodiguent des soins aux bébés et aux enfants en bas âge. C’est notamment le cas du dispensaire du Sacré-Cœur dans la commune littorale des Cayes. Dans ce bâtiment vert et blanc, dont les couleurs éclatantes reflètent la lumière tropicale, les professionnels de santé proposent des bilans réguliers et des vaccinations de routine.

Une agente de santé explique à des personnes ayant la charge d’enfants les bienfaits de la vaccination infantile.
UNICEF & U.S. CDC/UN0695591/LeMoyne Une agente de santé explique à des personnes ayant la charge d’enfants les bienfaits de la vaccination infantile.

À proximité, dans le centre des Cayes, se trouve le grand hôpital de l’Immaculée Conception. C’est le pôle de distribution des vaccins dans la région. Le dispensaire accueille un flux constant d’enfants accompagnés de leurs parents. Le personnel soignant vaccine les petits contre un certain nombre de maladies évitables (poliomyélite, tétanos, diphtérie, coqueluche).

Deux infirmières s’occupent d’un bébé au centre de vaccination de l’Immaculée Conception, le plus grand hôpital des Cayes.
UNICEF & U.S. CDC/UN0695669/LeMoyne Deux infirmières s’occupent d’un bébé au centre de vaccination de l’Immaculée Conception, le plus grand hôpital des Cayes.

Le toit du dispensaire du Sacré-Cœur est équipé de panneaux solaires fournis par l’UNICEF. Ces panneaux garantissent le fonctionnement des équipements frigorifiques et des unités de stockage de l’hôpital, et ce, indépendamment de l’état du réseau électrique, lequel est soumis à de fortes tensions.

Solar panels cover the roof of Dispensaire Sacré-Coeur.
UNICEF & U.S. CDC/UN0695658/LeMoyne

Les stocks de vaccins sont livrés à des antennes situées à proximité, qui les redistribuent ensuite à des communautés plus isolées. À Camp-Perrin, Mardochée Miliance, agente de santé de l’une de ces antennes, monte à l’arrière d’une moto avec une glacière remplie de vaccins. Son mari s’est porté volontaire pour faire le chauffeur et transporter les doses sur un chemin non pavé qui sillonne les collines.  

À Toirac, là où ils se rendent, une église de fortune sert de centre de santé de proximité et de lieu de vaccination. Les bancs de prière et les chaises pliantes en métal y font office de mobilier de salle d’attente, et un pèse-bébé est suspendu à une poutre en bois, sous une icône religieuse.

Mardochée Miliance se rend à moto au village de Toirac pour mener une action de vaccination.
UNICEF & U.S. CDC/UN0695614/LeMoyne Mardochée Miliance se rend à moto au village de Toirac pour mener une action de vaccination.

Parmi les parents présents à l’église, il y a Claudy Délice avec sa fille. Il la tient pendant qu’elle se fait vacciner. Sous sa barbe noire et touffue, il esquisse un sourire, prêt à rassurer Anne-Djounaïka si elle s’agite. Une fois la carte de vaccination de la petite mise à jour, la famille retourne à son refuge.

Casmus Joseph et Claudy Délice posent avec leur fille de 9 mois, Anne-Djounaïka.
UNICEF & U.S. CDC/UN0695600/LeMoyne Camsus Joseph et Claudy Délice posent avec leur fille de 9 mois, Anne-Djounaïka.

En marchant vers leur abri, situé à quelques pas de la maison qu’il avait bâtie et que le séisme a détruite, Claudy Délice raconte : « La maison avait cinq chambres, elle était suffisamment grande pour accueillir notre famille de quinze personnes. Je ne sais pas si je peux retourner à Port-au-Prince, et je ne vois pas comment trouver du travail ici. Ce n’est pas simple. »  

« Quand ma fille est née, j’ai réalisé qu’elle était une bénédiction. Je fais tout mon possible pour qu’elle ait une bonne enfance. Elle n’aura peut-être pas tout, mais elle aura au moins ce dont elle a besoin », confie-t-il.

Au centre de santé de proximité, une infirmière s’apprête à réaliser un vaccin.
UNICEF & U.S. CDC/UN0695623/LeMoyne Au centre de santé de proximité, une infirmière s’apprête à réaliser un vaccin.
Le village est situé dans le sud d’Haïti, au bord du littoral de la mer des Caraïbes.
UNICEF & U.S. CDC/UN0695637/LeMoyne Le village est situé dans le sud d’Haïti, au bord du littoral de la mer des Caraïbes.

Une situation compliquée dans la capitale

À Port-au-Prince, les agents de santé doivent faire face à une situation difficile, aggravée par les répercussions des catastrophes naturelles, l’instabilité politique, les violentes manifestations contre la flambée des prix, les pénuries de carburant et les affrontements incessants entre groupes armés.  

Motocyclistes et automobilistes se massent autour d’une pompe à essence dans une station de Port-au-Prince, dans un contexte de pénurie de carburant.
UNICEF & U.S. CDC/UN0695568/LeMoyne Motocyclistes et automobilistes se massent autour d’une pompe à essence dans une station de Port-au-Prince, dans un contexte de pénurie de carburant.

Bien que dans la ville, les services de santé soient perturbés, le personnel médical fait tout son possible pour que les enfants aient accès aux soins essentiels. 

Un matin de juillet, une équipe de vaccination gérée par Médecins du Monde et approvisionnée par l’UNICEF a installé un point de vaccination mobile à l’ombre d’un arbre, dans la courette d’une maison particulière.

Une équipe médicale tient un stand de vaccination de proximité dans la cour d’une habitation particulière du quartier de bas Delmas, à Port-au-Prince.
UNICEF & U.S. CDC/UN0695698/LeMoyne Une équipe médicale tient un stand de vaccination de proximité dans la cour d’une habitation particulière du quartier de bas Delmas, à Port-au-Prince.

L’habitation est située dans le quartier de bas Delmas, banlieue de Port-au-Prince en proie à la violence des gangs. Dans la cour, les adultes et les enfants sont munis de leur carte de vaccination, et les agents de santé bénévoles administrent des vaccins vitaux. Parmi eux, Chantale Chery, infirmière.

« C’est vrai que je ne me sens pas à l’aise quand je quitte la maison, admet-elle. Mais j’ai mon métier dans le sang. Je suis dans mon élément. » 

Chantale Chery, infirmière, administre un vaccin à un enfant tenu par sa mère, Raynette Milhomme.
UNICEF & U.S. CDC/UN0695691/LeMoyne Chantale Chery, infirmière, administre un vaccin à un enfant tenu par sa mère, Raynette Milhomme.

Malgré les efforts de professionnels héroïques comme Chantale Chery, de nombreux enfants de Port-au-Prince restent privés des services de santé primaires dont ils ont pourtant besoin pour vivre en bonne santé.  

En outre, la capitale connaît à l’heure actuelle une résurgence du choléra ; 1,2 million d’enfants sont menacés. Cette maladie transmise par l’eau cause des diarrhées aigües et peut être fatale si elle n’est pas traitée dès les premières heures. Or, dans un contexte de hausse de la violence et de l’insécurité, de nombreuses familles n’ont pas d’autre choix que de boire de l’eau insalubre. 

L’UNICEF, en coordination avec les autorités nationales et ses partenaires, redouble d’efforts pour contenir l’épidémie.