Vingt ans après l’indignation mondiale provoquée par la situation des enfants au Darfour, ceux-ci, de nouveau aux prises avec une crise sans précédent, peinent aujourd’hui à susciter l’attention internationale

Un nouveau rapport SOS Enfants de l’UNICEF alerte sur le quotidien des enfants au Darfour, de nouveau marqué par la violence, la faim et les déplacements de population dans l’une des régions du Soudan les plus touchées par le conflit.

27 avril 2026
Vue du camp de déplacés au Soudan.
UNICEF/UNI17038/Noorani Vue du camp de déplacés d'Otash, situé à la périphérie de Nyala, dans le Darfour du Sud, qui accueille environ 15 000 personnes déplacées au Soudan.

PORT-SOUDAN/NEW YORK/GENÈVE, le 28 avril 2026 - Deux décennies après l’élan de mobilisation mondial manifesté à l’égard du Darfour, alors que la violence ravageait des communautés entières et provoquait le déplacement de millions de personnes au Soudan, les enfants de la région sont à nouveau pris au piège d’une crise catastrophique – mais cette fois dans un contexte où l’attention et l’aide internationales se sont considérablement affaiblies, avertit l’UNICEF dans sa nouvelle édition de SOS Enfants publiée aujourd’hui.

Le rapport, intitulé Darfour, 20 ans après : La vie des enfants toujours menacée, met en lumière la manière dont le conflit qui perdure au Soudan a ravivé la violence à grande échelle, les déplacements massifs de population, la faim aiguë et les violations graves des droits des enfants dans toute cette région du Soudan. Si, comme en 2005, les habitations ont été incendiées, les marchés pris pour cible, les écoles et des établissements de santé endommagés ou détruits, et les familles ont été contraintes de fuir, l’ampleur des besoins s’est toutefois aujourd’hui, considérablement accrue, alors même que l’indignation mondiale est bien plus modérée.

Dans toute la région, ce sont les enfants qui paient le plus lourd tribut au conflit. Beaucoup ont en effet perdu l’accès à l’éducation et aux soins de santé, tandis qu’un nombre croissant d’entre eux sont confrontés à la malnutrition sévère, aux maladies et à la violence perpétrée par les forces et les groupes armés. Des millions d’enfants ont en outre été déracinés, tandis que l’on observe également d’importants mouvements de population au-delà du Soudan, notamment dans l’est du Tchad, où les services, déjà débordés, peinent à faire face à l’afflux de nouveaux arrivants.

Le rapport établit des parallèles frappants entre la situation actuelle et la première édition de SOS Enfants sur le Darfour publiée en 2005, une période à laquelle l’indignation mondiale avait suscité une importante mobilisation humanitaire. Vingt ans plus tard, alors que les besoins des enfants se sont multipliés et ont gagné en complexité, les déficits de financement, les restrictions d’accès, l’évolution de la nature du conflit et le manque d’attention de la communauté internationale sont autant de facteurs qui limitent considérablement la portée de l’aide, pourtant vitale pour la population.

« Il y a vingt ans, le monde entier s’est indigné face aux souffrances des enfants au Darfour. Aujourd’hui, une nouvelle génération est confrontée à une violence effroyable, à la faim et à la terreur », a déclaré Catherine Russell, Directrice générale de l’UNICEF. « Le monde ne peut rester immobile alors que l’histoire se répète, et que les enfants au Darfour ont besoin de protection et d’un accès humanitaire durable. Les parties au conflit doivent mettre un terme à cette guerre dévastatrice. »

À El-Fasher comme dans d’autres localités au Darfour du Nord, le conflit prolongé et les sièges ont privé les familles de tout accès à la nourriture, à l’eau potable et aux soins de santé, contraignant nombre d’entre elles à fuir vers des zones déjà surpeuplées. Partout à travers le Darfour, le conflit a endommagé ou détruit les infrastructures essentielles et annihilé les moyens de subsistance, favorisant dans certaines zones la propagation de la famine, de la faim et des maladies.

Les enfants sont de surcroît confrontés à une violence extrême, dont le nombre de victimes augmente de manière alarmante. C’est à El-Fasher que l’on enregistre le taux d’exactions le plus élevé. En effet, depuis avril 2024, plus de 1 500 violations graves commises contre des enfants* par les parties au conflit y ont été confirmées, parmi lesquelles le meurtre et la mutilation de plus de 1 300 enfants – souvent au moyen d’armes explosives et de drones –, des actes de violences sexuelles, des enlèvements ainsi que le recrutement et l’utilisation d’enfants par des groupes armés. Bien qu’effrayants, ces chiffres ne reflètent très probablement pas l’ampleur réelle des abus, des tendances similaires étant observées dans d’autres régions du pays.

Depuis le début de la guerre, les Nations Unies ont en effet pu documenter plus de 5 700 violations graves commises par les parties au conflit contre des enfants à travers le Soudan, lesquelles ont concerné pas moins de 5 100 enfants. Parmi eux, plus de 4 300 ont été tués ou mutilés. Un constat qui semble aller en s’aggravant, puisque rien qu’au cours du premier trimestre 2026, au moins 160 enfants auraient été tués et 85 blessés au Soudan, ce qui représente une augmentation significative par rapport à la même période l’année dernière.

En dépit des importantes difficultés rencontrées sur le terrain, l’UNICEF et ses partenaires continuent d’apporter une assistance vitale dans l’ensemble du Darfour et dans les pays voisins, notamment en fournissant des services d’éducation et un accès à l’eau potable et à l’assainissement, en traitant les enfants souffrant de malnutrition aiguë sévère, en soutenant les services de santé mobiles, en offrant un accompagnement psychosocial et en mettant en place des espaces sécurisés pour les enfants.

Toutefois, le rapport précise que les efforts humanitaires restent fortement entravés par l’insécurité, les obstacles bureaucratiques et le manque de financement, une situation qui prive de nombreux enfants de toute aide au moment où ils en ont le plus besoin.

Face à cette situation, l’UNICEF appelle les parties au conflit à respecter le droit international et à protéger les populations civiles, notamment les enfants, à garantir un accès humanitaire sûr et sans entrave, ainsi qu’à prévenir et à mettre fin aux violations graves commises envers les enfants. L’organisation exhorte également les donateurs à fournir des financements souples et pluriannuels afin de pérenniser les programmes vitaux et de venir en aide aux enfants touchés par les déplacements transfrontaliers.

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Note aux rédactions :
*Parmi les violations graves commises contre les enfants figurent notamment les meurtres et les mutilations, les enlèvements, le recrutement et l’utilisation par des forces ou des groupes armés, le viol et d’autres formes de violence sexuelle, les attaques contre les écoles et les hôpitaux, et le refus d’accorder l’accès à l’aide humanitaire.

Contacts presse

Ammar Ammar
UNICEF Amman
Tél: +962 791 837 388
Adresse électronique: [email protected]
Eva Hinds
UNICEF Soudan
Tél: +249 123 168 594
Adresse électronique: [email protected]

Ressources supplémentaires

Un enfant se fait mesurer le bras à l'aide d'un bracelet de périmètre brachial
On 1 December, mothers and caregivers bring their children for treatment and support at a UNICEF-supported nutrition centre in Tawila, North Darfur. Le 1er décembre, des mères et des personnes ayant la charge d'enfants amènent ces derniers dans un centre nutritionnel soutenu par l'UNICEF à Tawila, dans le Darfour du Nord, afin qu'ils y reçoivent des soins et un accompagnement.

À propos de l’UNICEF

L’UNICEF, le Fonds des Nations Unies pour l’enfance, œuvre à la protection des droits de chaque enfant, où qu’il soit, en particulier ceux des plus défavorisés et des plus difficiles à atteindre. Dans plus de 190 pays et territoires, nous mettons tout en œuvre pour aider les enfants à vivre, à s’épanouir et à réaliser leur potentiel. 

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