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« Je ne sais rien faire d’autre que travailler pour les enfants »

Le parcours et le combat de Joseph LIKIBI, coordonnateur du REIPER, pour la protection des enfants au Congo

Aurelia Jessica Emmanuella ICKONGA
Jospeh LIKIBI, Coordonnateur du REIPER
UNICEF/2025/ICKONGA
09 juillet 2025

« Travailler pour les enfants, c’est plus qu’un métier, c’est une vocation »

 

Témoignage de Joseph Likibi, coordonnateur du Réseau des Intervenants pour le Phénomène des Enfants en Rupture (REIPER), sur les défis de la protection de l’enfance au Congo

 Joseph Likibi consacre sa vie à la protection des enfants au Congo. Coordonnateur du Réseau des Intervenants pour le Phénomène des Enfants en Rupture (REIPER), il œuvre depuis plusieurs décennies auprès des enfants vulnérables, en particulier ceux vivant en situation de rue, en prison ou exposés à des violences invisibles.

Dans ce témoignage poignant, il revient sur son parcours, ses combats et les défis majeurs auxquels les acteurs de la protection de l’enfance sont confrontés au Congo.

Un engagement forgé dans l’adversité

Issu d’un quartier populaire, Joseph Likibi a très tôt été confronté aux réalités de la pauvreté et de l’abandon social. Adolescent, il s’engage dans des actions communautaires pour soutenir les jeunes de son quartier.

« Très vite, j’ai compris que le problème dépassait l’aide ponctuelle à un enfant. Il fallait agir sur les politiques publiques, les lois et les mécanismes d’accompagnement. »

Après des études en psychologie et une formation en Europe, il s’oriente définitivement vers la protection de l’enfance, multipliant les actions auprès des enfants vulnérables.

« Ce n’est pas une question d’argent. C’est un véritable sacerdoce. Je ne sais rien faire d’autre que travailler pour les enfants. »

 

La formation, un pilier essentiel

À la tête du REIPER, qui regroupe des associations dans plusieurs régions du Congo, il insiste sur l’importance de la formation professionnelle.

« Beaucoup pensent qu’il suffit d’avoir un bon cœur. Mais le bon cœur ne suffit plus aujourd’hui. Il faut connaître la loi, les procédures et les risques juridiques. »

Dans son réseau, des sessions de formation sont organisées régulièrement pour prévenir les erreurs qui pourraient avoir des conséquences graves, comme l’accusation de trafic ou d’abus sur enfant, même en cas de bonne intention.

Un appel à une action publique coordonnée

Joseph Likibi dénonce le décalage entre les lois adoptées et la réalité sur le terrain.

« Les lois sont bonnes, les conventions sont signées… mais rien n’est fait pour les appliquer concrètement. »

Pour lui, il est indispensable d’harmoniser les actions entre l’État et la société civile, afin de mieux cibler les familles réellement vulnérables.

« Aujourd’hui, chacun travaille de son côté, et ce sont les enfants qui en souffrent. »

 

La protection de l’enfance, une responsabilité nationale

Face à la baisse des financements internationaux, il lance un appel pressant aux autorités congolaises :

> « L’État doit prendre ses responsabilités et financer la protection des enfants. Ce n’est pas seulement en mettant des délinquants en prison qu’on protège les enfants. »

Il alerte aussi sur la montée des violences psychologiques dans les familles en détresse et sur la nécessité de renforcer l’accompagnement social.

Lutter contre les freins institutionnels

Joseph Likibi n’hésite pas à évoquer d’autres obstacles majeurs : les conditions précaires de travail dans l’administration publique et la corruption qui mine les efforts des ONG.

« Beaucoup pensent que les ONG reçoivent des millions, alors que nous manquons souvent de moyens pour agir. »

Un message d’espoir et de persévérance

Malgré ces défis, il reste résolument engagé, convaincu que la protection de l’enfance est une priorité nationale qui doit mobiliser l’ensemble de la société.

« Protéger les enfants, ce n’est pas un luxe. C’est un devoir collectif. »