Sauver des vies, face à l’épidémie meurtrière de choléra.
« Les agents de santé communautaires sont la cheville ouvrière de notre réponse », Dr Mahamoud Adam, médecin-chef.
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Pour les usagers du district sanitaire d’Adré dans l’est du Tchad, le quotidien a changé.
Dès l’entrée, un nouveau rituel s’impose à tous : se laver soigneusement les mains et rester strictement dans les espaces autorisés. Quelques pas plus loin, une affiche rappelle avec clarté des gestes simples mais vitaux pour lutter contre un ennemi commun, le choléra.
Au sein de l’unité de traitement du choléra du district sanitaire, la vigilance est maximale.
Ici, Fatimé Ketema Ganda, agent de l’ONG Médecins Sans Frontières, et son équipe se tiennent en première ligne pour sauver des vies.
Depuis le début de l’épidémie de choléra à la mi-juillet, plus de 2 009 cas suspects ont été recensés dans l’Est du pays, dont 133 décès à la date du 12 septembre. À Adré, la résilience des communautés est en marche; au 23 août, 23 patients ont été pris en charge, dont 21 guéris, 2 patients encore sous traitement intensif, et aucun décès enregistré.
« Au début, les populations ne croyaient pas à l’existence du choléra, ce qui a contribué à sa propagation. Maintenant, les patients et leurs proches en témoignent », affirme-t-elle.
Cette résilience à Adré résulte d’une mobilisation collective forte et coordonnée. Dès l’apparition des premiers cas, l’UNICEF et ses partenaires, avec le soutien financier du Gouvernement de la Suède, de l’Aide humanitaire de l’Union européenne, du Fonds central d’urgence (CERF), et du Pandemic Fund, ont conjugué leurs forces aux côtés du gouvernement tchadien pour agir rapidement et sauver des vies.
Un plan de communication du risque et d’engagement communautaire est déployé dans les zones sous surveillance: des relais communautaires vont dans les rues, ménages et marchés pour sensibiliser, rassurer et protéger les populations. Des kits d’hygiène et des produits de purification de l’eau sont distribués, des dispositifs de lavage des mains sont installés à des points stratégiques. Des médicaments et autres intrants médicaux sont positionnés dans les centres de santé pour la prise en charge des patients. Pour renforcer la prise en charge des patients, l’UNICEF et MSF ont signé un accord visant à garantir un accès en eau potable à l'Unité de traitement du choléra d’Adré, en raccordant ses sources d’eau au forage réalisé par l’UNICEF au sein de l’hôpital.
En fin août 2025, un pas décisif a été franchi ; une campagne de vaccination de riposte conduite par le Ministere de la santé et de la Prevention et ses partenaires dont l'UNICEF, a permis de protéger plus de 850 000 personnes dans les localités touchées.
Avant de quitter l’unité de traitement du choléra, Issa Adam, 52 ans, écoute attentivement les derniers conseils de Fatimé. Il y a encore quelques jours, il luttait pour sa survie. Tout a commencé par un mal de ventre qu’il a minimisé. Puis, la diarrhée et le tout s’aggravant à une allure inquiétante, confirmant le diagnostic redouté : le choléra.
Pris en charge à temps, Issa a retrouvé ses forces et se porte mieux. « Comme vous pouvez le voir, je me sens bien désormais » confie-t-il d’un air soulagé. Issa se souvient avoir bu l’eau du Wadi (cours d’eau) à proximité de son champ, quelques jours avant les premiers symptômes ; un acte qui aurait provoqué sa maladie.
Si les équipes soignantes déploient des efforts considérables pour soigner les malades, le véritable combat contre le choléra se joue bien au-delà des murs des structures sanitaires.
La communication et la sensibilisation sont essentielles et c’est grâce au travail acharné des relais communautaires que nous parvenons à contenir l’épidémie ici à Adré.
Ils sont 150 relais communautaires à couvrir Adré, une ville de près de 526 000 habitants. Formés et équipés par l’UNICEF, ces volontaires sont issus à la fois des communautés hôtes et des communautés réfugiées. « Les relais communautaires sont la cheville ouvrière de notre réponse face au choléra ; sans eux ce serait très difficile », insiste Dr Mahamoud.
Parmi ces acteurs de terrain, Jonas et Marie Noëlle sont des visages familiers à Adré. A l’aide de leur boîte à images, ils encouragent les habitants à adopter de nouveaux comportements pour se protéger. « Ce que nous faisons, c’est pour nous-mêmes, nos familles et toute la communauté, afin d’éliminer le choléra au Tchad » confie Marie Noëlle.
A environ 130km d’Adré, au camp de réfugiés de Dougui et dans les villages environnants, la dynamique se poursuit. Ici, Leila Mohamed Adam, réfugiée soudanaise, fait le tour des ménages avec son équipe pour décontaminer les foyers touchés et leur voisinage.
« Nous sommes fiers de protéger notre communauté et d’agir pour les autres ; tous solidaires, nous arriverons à éliminer cette maladie », dit-t-elle.
Grâce à cette mobilisation collective des soignants, des relais communautaires, des acteurs humanitaires toutes catégories confondues, des vies sont sauvées chaque jour malgré quelques défis ; « nos moyens logistiques sont limités et les ressources humaines sont insuffisantes » souligne Dr Mahamoud.
Si les autorités sanitaires et leurs partenaires mettent tout en œuvre pour maîtriser l’épidémie, la lutte contre le choléra est loin d’être gagnée.
Pour venir à bout de cette épidémie, chaque action doit être renforcée et soutenue dans la durée, afin de protéger les populations et, progressivement, parvenir à éradiquer la maladie.