L’hygiène et l'assainissement, une affaire de tous
Grâce à EU Bêkou et BMZ/KfW, le village Yangou-Berlou a rejoint les 994 villages certifiés "FDAL".
Houet, 11 ans, a un rêve : devenir avocate. Dans son école, Bala Aéroport, située en périphérie nord de Bangui et fréquentée par 2 800 élèves, elle a dû faire face à un quotidien difficile. « Jusqu'à l'année dernière, confie-t-elle, nous avions très peu de toilettes. C'était pénible de rester cinq heures à l'école sans pouvoir se soulager. » Grâce à l'UNICEF, soutenu par la coopération allemande (BMZ/KFW), deux nouvelles toilettes équipées de lavabos ont été construites. « Nos enseignants nous ont appris les bonnes pratiques d'hygiène, comme nous laver les mains après être allé aux toilettes », explique Houet.
Houet et ses camarades sont considérés comme les plus chanceux. Selon les dernières données du Programme conjoint UNICEF-OMS [du Joint Monitoring Programme (JMP)], 59% des écoles en RCA ne disposent pas d'installations sanitaires ni des services d’assainissement adéquats. Alors que les toilettes sont essentielles au bien-être de chacun, des millions de personnes dans le monde en sont privées, pour plusieurs raisons dont les conflits, les catastrophes naturelles ou d’autres.
En République Centrafricaine, l'accès à l'eau, à l'hygiène et à l'assainissement demeure extrêmement limité. Les données de JMP 2023 sont sans appel : seulement 14% de la population bénéficie de services d'assainissement de base, et un quart continue de pratiquer la défécation en plein air. Ces chiffres alarmants s'expliquent en raison de la faiblesse des investissements depuis de nombreuses années dans le secteur, aggravés depuis 2012 par les conflits qui ont impacté les capacités des services de l’Etat, ainsi que des facteurs tels que l’impact défavorable du changement climatique, une pression anthropique et pastorale plus forte sur les ressources en eau, et un taux élevé de points d’eau existants non fonctionnels.
Changer cette situation demande une stratégie d’engagement des communautés.
Dans le village Yangou- Berlou, proche de Ndele, à plus de 1 000 kilomètres de la capitale, Sosthene Narbet, spécialiste de WASH avec l’UNICEF, a réussi à mobiliser tous les habitants autour d’un plan d’assainissement qu’ils ont développé et qu’ils mettent en œuvre avec rigueur. Cette initiative s'inscrit dans le cadre du programme Assainissement Total Piloté par la Communauté (ATPC), et désormais ancré dans la politique nationale de l'eau et de l'assainissement adoptée en 2021.
Aujourd’hui, grâce aux partenaires tels que l’Union Européenne (EU Bêkou) et la coopération allemande (BMZ/KfW), le village Yangou-Berlou a rejoint les 994 villages certifiés "FDAL" (fin de la défécation à l'air libre), soit 12% des villages du pays.
Les résultats obtenus sont encourageants. Grâce à un engagement sans faille, la communauté a réussi à éliminer la défécation à l'air libre. Ce succès s'inscrit dans une dynamique plus large : en 2024, 25 nouveaux villages ont été certifiés FDAL et 55 autres ont vu le processus de certification enclenché. Par ailleurs, 15 632 personnes ont bénéficié de solutions d'assainissement élémentaire grâce à la construction de latrines d'urgence sur les sites de déplacés et à la distribution de matériel pour les latrines familiales dans les villages de retour et les communautés hôtes.