Les femmes à la tête des communautés en République Centrafricaine

Elles aident les mamans à accoucher des enfants en bonne santé, se battent contre la malnutrition, facilitent l’accès de leurs communautés à l’eau potable et règlent des conflits.

Jose Carlos Rodriguez Soto
8 march
UNICEF CAR/2024
27 février 2024

Cecilia Feiganazoui, 56 ans, est la cheffe de la maternité de l’hôpital Régional de Bossangoa. « J’adore mon travail », dit-elle. « Depuis que j’étais toute petite, je voulais être médecin, mais comme je n’ai pas pu pas étudier la médecine, j’ai décidé de devenir sage-femme. Dieu avait un meilleur plan pour moi ».

Rose Gobo a 51 ans. Elle travaille au centre de santé de Bégoua depuis 2002. En 2006, le ministère de la Santé et de la Population faisait appel à des volontaires pour travailler au sein de l’unité de malnutrition et elle n’a pas hésité à se présenter. Dès lors, elle aide des milliers d’enfants souffrant de malnutrition à guérir et grandir en bonne santé.   

Rachel Walambo et Ashta Gganya, toutes deux en début de leur quarantaine, sont membres du comité de gestion du forage qui sert leur communauté, dans le quartier Kpetene à Ndéle. "C’est un travail fatiguant parce que c’est difficile de garder les gens unies”, elles expliquent.

La République centrafricaine sort lentement de sa dernière crise violente. Aujourd'hui, alors que les gens luttent pour sortir de la pauvreté, de nombreuses femmes émergent comme des leaders, aidant leurs communautés à vivre plus dignement, notamment en soutenant les enfants vulnérables.

Ce parcours de combattant commence dès la naissance des enfants, souvent dans des conditions difficiles, comme le sait bien Cecilia : "toutes ces années, j’ai vu à quel point c’est difficile pour les femmes dans les zones rurales de garder leurs grossesses, surtout lorsque le temps de l’accouchement arrive », elle constate. "Les mamans quittent leurs villages et elles arrivent à l’hôpital après avoir parcouru 50, voire 60 kilomètres. Elles sont transportées en vélo, en moto et même dans des brouettes que les gens poussent sur des sentiers et des routes accidentées. J’ai vu des femmes qui, après leur arrivée complètement crevée à l’hôpital, perdent leurs bébés ».

Cecilia Feiganazoui est une sage-femme à Bossangoa depuis trois décennies.
UNICEF CAR/2023/Rodriguez. Cecilia Feiganazoui est une sage-femme à Bossangoa depuis trois décennies.

Cecilia est convaincue que, dans telles circonstances, l’accompagnement des mamans est l’un des rôles le plus importants des sage-femmes : « Je répète sans cesse aux femmes de ma préfecture de l’Ouham de ne pas attendre la dernière minute. Je les encourage à tout faire pour arriver tôt et rester à l’hôpital. J’organise des campagnes de sensibilisation dans les villages afin que le message passe bien : les consultations prénatales et les accouchements sont gratuits pour toutes les femmes ».

Rose Gobo (première par la droite) prodigue des conseils à une femme a l’unité de nutrition de Bégoua
UNICEF CAR/2024/Rodriguez. Rose Gobo (première par la droite) prodigue des conseils à une femme a l’unité de nutrition de Bégoua

Rose adopte une approche similaire : « Beaucoup d’enfants souffrent de malnutrition parce que leurs parents n’ont pas l’accès à la bonne information. Je passe beaucoup de temps à parler aux mamans car beaucoup d’entre elles ont du mal à accepter que leurs enfants souffrent de malnutrition ». Elle est convaincue que pour adresser les causes profondes de malnutrition, "nous devons faire preuve de patience pour changer les attitudes et mentalités". Au fil des ans, elle a traité des milliers d’enfants, un processus qui, comme elle l'explique, « peut prendre une dizaine de jours de traitement jusqu'à ce que le patient soit stabilisé », ajoutant qu'un suivi à domicile est nécessaire pour assurer la guérison totale.

Rachel Walambo et Ashta Ganya sont membres du comité qui gère le forage installé par l’UNICEF dans le quartier Kpetene (Ndele) en 2023.
UNICEF CAR/2024/Rodriguez Rachel Walambo et Ashta Ganya sont membres du comité qui gère le forage installé par l’UNICEF dans le quartier Kpetene (Ndele) en 2023.

A Ndele, Rachel et Ashta participent activement à la sensibilisation à la gestion de l'eau et à la surveillance du puits de forage installé par l'UNICEF en 2023. Rachel est la trésorière du comité du forage, tandis qu'Ashta supervise le nettoyage du site.

« Au début, nous pensions que tout se passerait bien maintenant que tout le monde était satisfait du nouveau forage. Mais nous nous sommes vite rendu compte que nous étions trop nombreux pour utiliser ce point d'eau », admet Rachel. « Nous venons de quartiers différents qui sont souvent en désaccord les uns avec les autres. Chaque communauté estimait avoir plus de droits sur l'eau, ce qui entraînait des conflits entre elles ».

Ashta Ganya a la charge d’assurer que le forage de son quartier Kpetene reste toujours propre.
UNICEF CAR/2024/Rodriguez Ashta Ganya a la charge d’assurer que le forage de son quartier Kpetene reste toujours propre.

« De plus, comme nous avons un sérieux problème d'approvisionnement en eau à Ndele, d'autres personnes viennent de loin pour utiliser le forage, sans compter que beaucoup refusent de payer les 250 FCFA de frais d'entretien mensuels fixés par le comité », poursuit Ashta.

Pendant de longs mois, les deux femmes ont dû se livrer à un travail de « résolution des conflits et de médiation » pour s'assurer que personne ne soit laissé pour compte et que chaque communauté ait un accès équitable à l'eau. Aujourd'hui, contre toute attente, les différentes communautés ont trouvé une solution pacifique qui répond aux besoins de chacun.

Ces quatre femmes ont affronté des défis difficiles dans le cadre de leur service.

« En 2013, lorsque les groupes armés ont envahi notre district, ma maison a été complètement pillée et je me suis retrouvée au fin fond de la forêt avec ma mère et mes cinq enfants Je n'avais que la robe que je portais lorsque j'ai fui, et je suis restée avec pendant trois mois. Mais même là, j'ai continué à travailler comme sage-femme, en utilisant des gants en nylon plastique parce que nous n'avions pas de matériel médical », se souvient Cecilia.

« Bégoua est la porte d'entrée de Bangui », explique Rose. « Chaque fois que nous avons connu une crise, comme en 2003 et en 2013, des balles ont volé dans notre enceinte. Mais nous avons réussi à garder nos enfants en sécurité ».

Mais, au-delà de ces temps difficiles, ces quatre femmes ont des motivations profondes qui les font avancer.  

« J’aime les enfants. Lorsque le vois un enfant souffrant de malnutrition, je ne peux pas rester les bras croisés », insiste Rose.

"Parfois nous sommes très fatigues. Nous avons été tentées d’abandonner, mais il faut continuer », assure Rachel.

"Nous sommes déterminées à garder la paix : ajoute Ashta.

Cecilia n’a pas des doutes, non plus : : "Lorsque je vois un bebe en bonne santé après un bon accouchement, je suis la femme la plus heureuse du monde ». Il n’est pas surprenant que de nombreux parents aient nommé leurs filles Cecilia, pour honorer la femme qui a sauvé leurs vies ».