Ecouter, encourager, redonner espoir

À Birao, un programme de santé mentale, mené par l'UNICEF en République centrafricaine, et son partenaire Triangle et la Direction des Affaires Sociales, offre un accompagnement individuel aux enfants et des familles touchés par les crises humanitaires.

Jose Carlos Rodriguez Soto/ UNICEF RCA
Khalifa Oumar s'entretient avec Hadiya Adam (à droite), tandis que Reine Grekpobou, à l'arrière-plan, les observe
UNICEF/Rodriguez
09 octobre 2026

Ousmane Nour*, huit ans, a l'air triste et il est difficile de le convaincre de lever les yeux du sol alors qu'il murmure. C'est le fils unique de sa mère, qui est hospitalisée à l'hôpital de Birao depuis trois mois.

Le père d'Ousmane est resté au Soudan voisin lorsque lui et sa mère ont fui il y a trois ans à cause de la guerre. Ils n’ont plus aucune nouvelle de lui depuis. Khalifa Oumar, un bénévole soudanais de 32 ans dont le visage s’illumine toujours d’un sourire, l’écoute et l’encourage.

« Ici, à Korsi [un quartier situé à la périphérie de Birao, dans le nord-est de la RCA, qui accueille environ 25 000 réfugiés], on croise beaucoup d’enfants qui semblent profondément tristes. Ils ont été victimes de violences dans leur propre pays à cause de la guerre, et bien qu’ils soient désormais en sécurité, ils sont toujours confrontés à d’autres difficultés, notamment la séparation d’avec leur famille, les maltraitances et la négligence. Nous leur rendons visite chez eux pour les écouter, leur apporter notre soutien et aider leurs familles. »

Khalifa Oumar, membre de RECOPE.

Khalifa Oumar est membre du RECOPE (Réseau communautaire pour la protection de l’enfance), un mécanisme communautaire compose d’un groupe de bénévoles qui contribue à identifier les enfants en situation de vulnérabilité, à orienter ceux qui nécessitent une prise en charge et assurer un suivi de proximité.

En collaboration avec les travailleurs sociales, RECOPE accompagne les enfants et leurs familles qu'ils soient issus de la communauté d'accueil centrafricaine ou qu'ils soient réfugiés. Ils animent aussi les espaces adaptes aux enfants, ou ils peuvent jouer, apprendre et retrouver un environnement rassurant. 

Ousmane fait partie des 170 enfants identifiés par RECOPE comme ayant besoin d’un accompagnement en santé mentale. Ils ont tous bénéficié d’un accompagnement personnalisé grâce à un appui coordonné par quatre travailleurs sociaux de Triangle. Lorsque sa mère a été hospitalisée il y a trois mois, l’équipe de Khalifa est intervenue pour prendre soin de lui et l’a placé dans une famille d’accueil.

Kousar Mahamet, une femme Soudanaise pleine de vie d’une trentaine d’années, vit dans une maison dotée d’une cour spacieuse mais modeste. Elle a déjà sept enfants à charge, mais lorsque le RECOPE l’a contacté pour lui demander son aide, elle n’a pas hésité à en accueillir un de plus.

« Je connais la mère de Ousmane. Quand j’ai appris qu’elle était malade, j’ai vu son fils seul et triste, et j’ai été vraiment touchée par sa situation. Je l’ai accueilli chez moi comme s’il était mon propre enfant, et pour moi, il est comme n’importe lequel de mes enfants. »

Koussar Mahamet, mère dans une famille d'accueil.

Chaque jour, Koussar emmène Ousmane à l’hôpital pour apporter de la nourriture à sa mère.

« Elle est toujours en traitement, mais je garde espoir qu’elle va se rétablir. Quand elle voit son fils Ousmane, elle reprend des forces et retrouve le sourire. Nous lui rendons visite tous les jours. »

Chaque matin, Ousmane rejoint des dizaines d’autres enfants de Korsi dans l’espace adapté aux enfants situé à proximité, dans le « Block Six ». Là-bas, une équipe d’animateurs les répartit par tranches d’âge et organise des jeux, des chants et des discussions éducatives. Peu après midi, lorsque les écoles ferment leurs portes pour la journée, certains enfants plus âgés arrivent et organisent un match de volley-ball animé. L’UNICEF et Triangle gèrent trois centres de ce type à Korsi.

Khalifa Oumar, bénévole au sein de l'association RECOPE, s'entretient avec un enfant placé dans une famille d'accueil à Korsi
UNICEF/Rodriguez Khalifa Oumar, bénévole au sein de l'association RECOPE, s'entretient avec un enfant placé dans une famille d'accueil à Korsi

Reine Grekpobou, de Triangle, est l’une des quatre assistantes sociales qui mènent ce projet dédié à la santé mentale. Originaire de Bangui, elle est venue travailler à Birao il y a cinq mois. Tout en montrant le cahier dans lequel elle consigne les détails des 46 cas dont elle s’occupe, elle se dit convaincue que les parents ont un rôle crucial à jouer pour aider leurs enfants à se remettre d’un traumatisme.

« Les enfants qui vivent à Korsi sont arrivés ici après avoir déjà subi de nombreuses violences au Soudan. Ici, on constate de nombreux cas de maltraitance d’enfants. Nous essayons de dire aux parents de ne pas les emmener travailler aux champs ou chez eux, et de les convaincre que la place d’un enfant, c’est à l’école. »

Reine Grekpobou, travailleuse sociale.

« Lorsque les enfants sont en situation de stress léger, nous leur proposons des jeux et des activités adaptés à leur âge. Cela les aide à évacuer la tension et à se sentir plus à l’aise. »

Mais souvent, on rencontre des enfants qui présentent des signes plus graves de détresse psychologique, nécessitant un accompagnement plus spécialisé, comme le fait remarquer Reine :

« Si vous remarquez qu’un enfant se montre toujours agressif, qu’il refuse de jouer ou de coopérer avec les autres, cela peut être un signe de détresse psychologique nécessitant une évaluation plus approfondie, et nous l’orientons vers l’hôpital du district, qui dispose d’un service de santé mentale soutenu par une ONG internationale. »

Dans l'un des « espaces adaptés aux enfants » de Korsi, les enfants chantent pour marquer le début des activités de la journée
UNICEF/Rodriguez Dans l'un des « espaces adaptés aux enfants » de Korsi, les enfants chantent pour marquer le début des activités de la journée

L’un des cas les plus poignants dont Reine s’occupe est celui d’Hadiya Adam, âgée de 35 ans. Il y a quatre ans, alors qu’elle vivait au cœur des affrontements armés dans sa ville natale de Nyala, elle a perdu la vue à cause d’une maladie qui n’a pas pu être soignée à temps. Son mari y a trouvé la mort. Hadiya est arrivée en République centrafricaine en camion en 2024. Aujourd’hui, elle vit avec ses quatre filles dans une petite maison en briques de terre crue. Elle a un autre fils, plus âgé, qui est resté à Am Dafok (à la frontière avec le Soudan).

Reine et Khalifa rendent régulièrement visite à Hadiya. Ils ont commencé à se rendre chez elle l’année dernière, lorsque sa fille aînée, âgée de 12 ans, est rentrée un jour en larmes, affirmant que les enfants de son école la harcelaient en lui disant qu’ils n’aimaient pas les Soudanais. Khalifa explique comment ils ont contribué à résoudre cette situation.

« Notre groupe RECOPE a organisé plusieurs réunions avec le directeur de l’établissement, les enseignants ainsi que l’association des parents d’élèves. Le fait que le RECOPE rassemble des Soudanais et des Centrafricains constitue un atout, car il nous permet de prendre en compte les points de vue des deux communautés et d’assumer un rôle de médiateur. Finalement, le calme est revenu et, aujourd’hui, les enfants soudanais fréquentent cette école et côtoient leurs camarades centrafricains sans aucun problème. »

Des adolescents participent à un match de volley-ball dans un espace adapté aux enfants à Korsi.
UNICEF/Rodriguez Des adolescents participent à un match de volley-ball dans un espace adapté aux enfants à Korsi.

« Les personnes comme elle ont besoin d’un soutien important, en particulier les enfants. Il faut les écouter et leur montrer que, même s’ils sont confrontés à des situations de grande détresse, ils ne sont pas seuls. Nous sommes là pour eux », conclut Khalifa.

A Birao, cette intervention illustre l’engagement de l’UNICEF en République centrafricaine pour renforcer l’accès des enfants et des familles aux services de santé mentale, de soutien psychosocial et de protection, notamment dans les situations d’urgence humanitaire et sanitaire.

  • Le nom a été changé.