Aider les adolescents à relever les défis

Dans une société où les filles sont à risque, construire des nouvelles salles de classe n’est pas suffisant. L'UNICEF et ses partenaires forment les enseignants pour qu'ils adoptent une approche sensible au genre.

Jose Carlos Rodriguez / UNICEF CAR
Augustine Wesset prend la pose avec quelques-unes des jeunes filles qu'elle conseilleille
UNICEF/Rodriguez
01 juillet 2025

Au milieu d'une salle de classe très animée, Augustine Wesset, enseignante, se déplace lentement mais avec assurance tout en donnant calmement son cours. Elle est l'un des quatre parents-enseignants volontaires (maitre-parent, comme on les appelle en République Centrafricaine) travaillant dans son école. Depuis le début de l'année 2025, elle remplit fièrement une fonction supplémentaire : elle est le point focal genre de l'école primaire de Bozinga Yangoro.

Fréquentée par 165 élèves, dont 75 filles, l'école de quatre salles de classe se trouve au bord de la route entre Bossemptele et Baoro, dans le nord-ouest du pays. L'UNICEF, avec le financement de l'Union Européenne, a réhabilité l'école, qui est déjà en bien meilleur état.

Mais au-delà des travaux de construction, Augustine a une tâche tout aussi importante : soutenir les adolescentes qui font face à des situations difficiles. 

« Je suis mère de six enfants et je sais très bien à quel point il est difficile pour les filles de mon pays de passer le cap de l'adolescence. Les mariages précoces, les grossesses d'enfants et les abus sexuels sont monnaie courante. J'écoute leurs problèmes et je les conseille pour les aider à surmonter ces difficultés. »

Augustine Wesset
Sydney Leroi Touta, de l'UNICEF, échange avec Ambrose Kpodan, un fonctionnaire local du ministère de l'Éducation Nationale, sur le chantier d'un nouveau collège à Zombere, Bozoum.,
UNICEF/Rodriguez Sydney Leroi Touta, de l'UNICEF, échange avec Ambrose Kpodan, un fonctionnaire local du ministère de l'Éducation Nationale, sur le chantier d'un nouveau collège à Zombere, Bozoum.,

La confiance est la clé

Des personnes comme Augustine, qui apportent un soutien émotionnel aux adolescents, sont très nécessaires dans un pays où, selon les données de l'UNICEF, 61 % des jeunes femmes de 20 à 24 ans déclarent avoir été mariées avant leur 18e anniversaire. 26 % déclarent avoir été mariées avant l'âge de 15 ans. Une fille sur quatre a été victime d'une forme de violence sexuelle.

Pour répondre à cette situation, l'UNICEF, avec le soutien de l'Union Européenne, a lancé un programme visant à former des enseignantes pour qu'elles jouent le rôle de points focaux pour l'égalité des sexes dans les écoles.

Cette initiative de soutien psychosocial est complétée par la préparation de petits groupes d'adolescents, garçons et filles, qui peuvent soutenir leurs propres camarades de classe par l'intermédiaire de groupes de soutien par les pairs connus sous le nom de « enfants de confiance ».

« Quand je vois des filles qui abandonnent l'école, je suis très triste », déclare Augustine. « Imaginez que de nombreuses filles n'assistent même pas aux cours parce qu'elles n'ont pas les moyens de s'occuper de leur hygiène menstruelle. Je leur dis qu'elles doivent être fortes et s'affirmer pour poursuivre leurs études. »

Selon elle, la confiance est la clé. Augustine a réussi à établir une relation avec les filles, qui la considèrent comme une sœur qui les soutient.  Ses soins s'accompagnent de visites à domicile pour dialoguer avec les parents des jeunes filles confrontées à des situations difficiles.

De nouvelles écoles redonnent espoir

Le soutien aux enfants qui vivent des situations difficiles commence par l'étape fondamentale qui consiste à les aider à accéder à l'éducation dans des lieux proches de leur domicile. Le programme vise à construire ou à réhabiliter 450 salles de classe dans 150 écoles de plusieurs préfectures. Dans un autre coin de l'Ouham Pende, dans le village de Zombere, l'UNICEF et son partenaire Plan International supervisent la construction d'une nouvelle école secondaire. Ambrose Kpodan, de l'antenne locale du ministère de l'Education nationale, exprime sa joie en visitant le chantier avec Sidney Leroi, de l'UNICEF, coordinateur du projet dans la zone :

« Si les garçons et les filles de ce village veulent poursuivre leurs études après l'école primaire, le collège le plus proche se trouve à six kilomètres », explique M. Kpodan. « Tout le monde ici est très impatient de voir les nouveaux locaux achevés. Nous serons ravis de voir les élèves entrer dans les nouvelles salles de classe au début de la nouvelle année scolaire. »

Ila, 14 ans, élève de l'école primaire Bogang La Vie, dit qu'il veut devenir médecin.
UNICEF/Rodriguez Ila, 14 ans, élève de l'école primaire Bogang La Vie, dit qu'il veut devenir médecin.

Tout au long des 420 kilomètres de route qui relient Bozoum à Bocaranga en passant par Bouar, nous rencontrons une série d'écoles en cours de construction ou de réhabilitation. Dans chacune d'elles, de petites équipes de points focaux genre et d'enfants de confiance sont identifiés pour apporter l'aide supplémentaire dont les enfants ont besoin pour acquérir les compétences nécessaires à la vie courante.

Dans l'une d'entre elles, l'école Bogang-La Vie, à mi-chemin entre Bouar et Bocaranga, 380 élèves sortent de leurs abris de chaume. Leurs cinq enseignants (dont deux seulement sont diplômés) sont ravis de voir s'élever un nouveau bloc de trois salles de classe. Le nouveau bâtiment, équipé d'un bureau et de trois blocs séparés de cinq portes de latrines, devrait être achevé au début de la nouvelle année scolaire.

L'un des élèves, Ila, 14 ans, est en CE2 (quatrième année d'école primaire). Son âge révèle que, comme beaucoup d'autres enfants centrafricains, il a perdu au moins deux ou trois années d'éducation à cause des perturbations dues à l'insécurité.

« Je veux être médecin », déclare-t-il avec assurance en affichant un grand sourire.

Des parents transportent des bidons d'eau sur le chantier pour aider les maçons.

Lorsque tous les bâtiments auront été construits ou réhabilités, les enseignants comme Augustine ou les pairs aidants continueront leur travail : renforcer les adolescents pour qu'ils soient capables de faire face à leur avenir.