Séduits par la beauté du Capoeira
Comment cet ancien art martial aide des clubs d’enfants centrafricains à surmonter leurs traumatismes et renforcer la discipline.
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Giscard Aligne et Michel Belge sont deux jeunes hommes d’une vingtaine d’années qui vivent à Bangui. Au début de l’année 2014, alors qu’ils étaient encore enfants, ils ont fui la capitale centrafricaine alors que celle-ci était en proie à des violences meurtrières. Tous deux se souviennent très bien de leur séjour sur un site de réfugiés en République démocratique du Congo voisine — une expérience qui les marque encore aujourd’hui.
« Nous tous – enfants comme adolescents – sommes devenus des réfugiés après avoir vécu des violences extrêmes et la haine intercommunautaire, Sur le site, cette même atmosphère toxique persistait. Puis les agents du HCR ont introduit la capoeira, et nous avons immédiatement été séduits par sa beauté. Nous avons vite compris qu’elle nous aidait à canaliser notre agressivité et nous rassemblait de manière pacifique. »
Quelques années plus tard, alors que la situation sécuritaire à Bangui s’améliorait, Michel et Giscard sont retournés à Ouango, un quartier animé au bord du fleuve dans la capitale. Juste de l’autre côté de l’Oubangui se trouve la ville congolaise de Zongo, non loin de Mole, où ils avaient laissé derrière eux leurs années de vie de réfugiés.
« Nous avons ramené la capoeira avec nous », explique Giscard. « Nous nous sommes dit : si ça a marché pour nous au Congo, pourquoi ne pas essayer avec les jeunes ici à Bangui ? Ça a été un grand succès. »
Le Club de capoeira de Bangui a été lancé en 2019 avec le soutien initial de l’UNICEF. Depuis, ses membres se réunissent tous les lundis, mercredis et vendredis après-midi à la Maison de la jeunesse du 7e arrondissement. Un autre groupe se retrouve tous les jeudis et dimanches sur une aire de jeux du quartier de Ouango.
Les membres les plus expérimentés, qui connaissent mieux ce sport, réalisent leurs figures tandis que les autres jeunes les regardent avec admiration. De l’autre côté du vaste terrain de sport, d’autres jeunes encadrent les nouveaux venus – tous des enfants – alors qu’ils font leurs premiers pas dans cette discipline.
La capoeira utilise un ancien art martial brésilien mêlé à la danse pour aider les enfants touchés par les conflits armés à guérir de leurs traumatismes, à se resocialiser et à briser le cycle de la violence. Elle renforce la confiance en soi, la discipline et la coexistence pacifique.
Cette pratique allie mouvement, musique et percussions, améliorant la condition physique et réduisant l’anxiété, l’agressivité et le stress, comme l’explique Giscard :
« Quand on observe nos mouvements pour la première fois, on pourrait croire que les participants se préparent à un combat. Mais à mesure que la danse se déroule – avec des mouvements acrobatiques guidés par le rythme des tambours et des claquements de mains –, on se rend compte qu’il n’y a aucun contact physique. Cela exige une grande maîtrise de soi et de la discipline. À la fin, les danseurs s’étreignent avant de quitter l’arène »
Après plusieurs représentations animées, Giscard et Michel répartissent la foule d’enfants en petits groupes. « À chaque séance, nous consacrons également du temps à des discussions éducatives sur comment affronter des situations quotidiennes difficiles. Cela fait partie intégrante de la capoeira », explique Giscard.
Lui et Michel affirment que leur club a aidé de nombreux jeunes confrontés à de graves difficultés : ceux qui ont perdu leurs parents, qui vivent dans la rue ou, dans le cas de certaines filles, qui ont survécu à des violences sexuelles.
« J’ai vécu dans la rue pendant plusieurs années, avec les “godobe” (comme on appelle ces enfants en langue sango). Grâce à l’aide de la Fondation Voix du Cœur et du club de capoeira, j’ai pu sortir de cette situation et je suis maintenant élève au collège local », raconte Amos, un adolescent de 17 ans.
Valencia Gonet, également âgée de 17 ans, raconte une histoire similaire :
« J’ai perdu mes deux parents et ma maison. J’ai vécu plusieurs années dans la rue, mais aujourd’hui, je vais à l’école et je vis dans une famille. Ce que j’aime le plus dans la capoeira, c’est le sentiment de liberté qu’elle me procure, ainsi que le sentiment d’appartenir à un groupe qui me soutient. »
Rayonnant d’un enthousiasme contagieux, Giscard est convaincu que leur travail en vaut la peine.
Les fruits de l'investissement réalisé par le HCR et l'UNICEF continuent de porter leurs fruits
« Notre objectif est d’utiliser la capoeira comme un outil d’éducation et de cohésion sociale parmi les jeunes de notre pays, qui a traversé de nombreuses crises dont les enfants et les adolescents ont été les principales victimes. Je suis convaincu que nous faisons bouger les choses.»