Quand la sensibilisation devient un dialogue : la leçon de proximité des U-Reporters à Moutourwa
À Moutourwa, l'activité de 20 minutes s'éternise. Sous les hangars, le soleil baisse mais les habitants restent, captivés par les échanges sur la prévention du choléra. L'engagement local en action.
« Nous étions venus avec des messages sur le choléra. Les habitants avaient beaucoup de questions sur ce qu’ils vivent réellement au quotidien. Nous avons compris qu’avant de partir, il fallait prendre le temps de les écouter. »
Au départ, Michel, coordonnateur U-Report à Moutourwa, et son équipe étaient venus dérouler leurs messages clés sur les gestes barrières, les modes de contamination et la conduite à tenir en cas de symptômes. Mais très vite, la théorie s'est heurtée au quotidien des habitants. Les interrogations ont fusé. Ce qui devait être une séance de sensibilisation est devenu un espace de dialogue.
Quand les jeunes vont dans les communautés, ils rencontrent les familles, découvrent les incompréhensions et voient les réalités qui ne figurent pas dans le support de communication. Ils créent surtout un espace où les habitants peuvent s’exprimer.
Neuf villages, neuf rencontres, neuf réalités.
Neuf villages parcourus par les U Reporters de Moutourwa pour prévenir la communauté sur le choléra. Et à chaque étape, une nouvelle leçon.
Dans un village, une question oblige à revoir la manière d’expliquer un message.
Dans un autre, une inquiétude révèle une difficulté que les jeunes n’avaient pas anticipée.
Ailleurs, une discussion montre que ce que l’équipe pensait être une information simple nécessite en réalité davantage d’explications. C’était surtout une occasion d’apprendre.
« Avant ces activités, je pensais surtout à ce que nous devions dire. Aujourd’hui, je pense aussi à ce que les personnes vont nous dire. Chaque village nous a appris quelque chose qui nous aide à mieux communiquer dans le village suivant. » affirme Christian
Soutenir l'engagement des jeunes : le chaînon manquant de l'action humanitaire
Les jeunes ne sont pas simplement des relais auxquels on confie un message.
Ils sont aussi des écoutants, des observateurs, des acteurs de proximité et des passeurs entre les préoccupations des communautés et ceux qui conçoivent les réponses.
Quand ils vont vers les populations, quelque chose change. La communauté devient partie prenante de la conversation.
Et les jeunes, eux, apprennent à adapter leur approche.
« Une personne nous a posé une question à laquelle nous ne nous attendions pas. Cela m’a appris qu’on ne peut pas préparer toutes les réponses avant d’aller sur le terrain. Il faut aussi être capable d’écouter, de comprendre et de chercher la bonne manière de répondre. » déclare Yves
Chaque village leur a appris une réalité de plus.
Chaque conversation a renforcé leur expérience.
Investir dans la jeunesse, c'est renforcer la résilience des communautés
UNICEF contribue déjà au renforcement des capacités des jeunes à travers des initiatives telles que la formation des U-Responders, qui leur permettent de mieux se préparer à leurs rôles dans les communautés et d’intervenir avec davantage de connaissances sur l’urgence comme cette épidémie de choléra.
Mais le besoin grandit plus vite. Chaque mois, de nouveaux jeunes rejoignent le mouvement U Report dans les différentes communautés.
Ils veulent s’engager et contribuer aux réponses qui touchent leurs communautés.
Chacun d’eux a besoin d’être accompagné et formé.
Il faut continuer à investir dans leurs compétences, leur accompagnement, leurs outils et leur capacité à transformer les conversations de terrain en actions concrètes.
Parce que chaque jeune mieux formé, c’est une voix supplémentaire capable d’atteindre sa communauté et des familles.
Une oreille supplémentaire capable d’entendre une préoccupation.
Un acteur supplémentaire capable de faire remonter ce que la communauté vit réellement.
Si une session initiale de vingt minutes peut se transformer en des heures de dialogue constructif, c'est parce que la jeunesse sait créer un espace d'échange authentique.C’est pourquoi cet engagement des jeunes mérite d’être soutenu.
Aux partenaires et aux bailleurs de fonds, investir dans la participation des jeunes, c’est investir dans les capacités de ceux qui sont déjà au plus près des communautés.
Il faut donner à davantage de jeunes les moyens de se former afin d’agir efficacement.
Parce que les communautés ont besoin d'être entendues et que les jeunes sont prêts à se lever pour elles, le véritable changement commence souvent ainsi : en prenant le temps de rester et d'écouter, bien après que le temps imparti s'est écoulé.