Quand la malnutrition recule, l’avenir s’éclaircit à Sandae

Dans la localité de Sandae, située dans la région de l’Est au Cameroun, la santé communautaire connaît une nette amélioration grâce à l'adoption de nouvelles pratiques nutritionnelles et agricoles.

Ahmed Ousman Nib Ngom
presidente association des femmes
UNICEF/2025/Ahmed Ousman Nib Ngom
11 décembre 2025

Sandae, ce petit village avec un grand modèle de cohésion sociale face aux défis

Sandae occupe une position stratégique, non loin de la frontière avec la République centrafricaine (RCA). À la suite de la crise qui a secoué la RCA, ce village est devenu une terre d’accueil pour de nombreux réfugiés. Au fil des années, les distinctions tribales ou de nationalité se sont effacées au profit d'un brassage réussi. Ici, la communauté vit en parfaite harmonie.

Cependant, dans cette région où l’agriculture n'est pas une tradition ancrée, les populations peinent à se nourrir convenablement. Une grande majorité d’enfants souffre d’un déficit en protéines, les exposant à une malnutrition souvent aiguë et sévère.

Le constat initial était alarmant, comme nous le confie le responsable du centre de santé de Sandae, Mourene Andre,

« Nous pouvions chaque mois recevoir 10 à 15 enfants souffrant de malnutrition sévère dans notre formation sanitaire. »

village Sandae Est du Cameroun
UNICEF/2025/Ahmed Ousman Nib Ngom

La formation ANJE couplée aux thématiques de la planification familiale et de la lutte contre les grossesses précoce un levier pour le changement

La dynamique de cette communauté a radicalement changé lorsque l’UNICEF, avec l'appui de son partenaire KFW, a lancé une formation sur l’Alimentation du Nourrisson et du Jeune Enfant (ANJE).

L’objectif était d’outiller la communauté afin qu’elle adopte de bonnes pratiques nutritionnelles. Les familles ont ainsi été sensibilisées aux bonnes pratiques d’allaitement, notamment l’allaitement maternel exclusif jusqu’à 6 mois, sans eau ni autre boisson, puis poursuivi jusqu’à 24 mois, accompagné d’aliments locaux variés issus de cinq groupes nutritionnels. Elles ont également appris à préparer la « bouillie 5 étoiles », un repas enrichi qui apporte les nutriments essentiels au développement de l’enfant, ainsi que d’autres aliments de complément composés de cinq groupes de nutriments à base de produits locaux.

La sensibilisation s’est aussi accompagnée de messages clés sur la vaccination, l’enregistrement des naissances, l’hygiène, le planning familial et la lutte contre les grossesses précoces.

des mamans du village Sandae
UNICEF/2025/Ahmed Ousman Nib Ngom

Une maison, un jardin

L’espoir d’une communauté bien nourrie est devenu réalité grâce à une approche holistique. En complément de la formation nutritionnelle, l’UNICEF a financé le projet « Une maison, un jardin ».

Le but est de doter chaque ménage d’un potager pour cultiver ses propres aliments et renforcer la diversité alimentaire des ménages par la consommation des légumes. Au-delà de l'autoconsommation, cette initiative a permis de développer des activités génératrices de revenus.

La présidente de l’association des femmes du village, Habiba Ibrahim, témoigne de cet impact quotidien : 

« Depuis que nous avons nos petits potagers, nous vivons mieux. Grâce à ça, nous faisons aussi un peu de commerce qui nous rapporte un peu d’argent », conclut-elle, souriante.

Aujourd’hui, Sandae regarde l’avenir avec sérénité. Les chiffres parlent d’eux-mêmes et témoignent d’une réelle amélioration de la situation nutritionnelle.


« Depuis le début de cette initiative, 62 ménages ont été formés aux bonnes pratiques nutritionnelles et disposent désormais de potagers familiaux. Grâce à cela, 95 enfants bénéficient aujourd’hui d’une alimentation diversifiée », explique le chef du centre de santé.

Il poursuit en disant :

 « Je peux dire que la malnutrition a reculé. Nous recevons désormais à peine deux à trois cas de malnutrition aiguë sévère par an. C’est une avancée majeure. »

Cependant, malgré ces progrès remarquables, la vigilance reste indispensable, car les besoins dépassent les frontières de Sandae.


« Les enfants que nous recevons aujourd’hui viennent surtout des villages environnants », ajoute-t-il. « Nous formons des femmes issues de ces zones enclavées, mais faute de moyens, il nous est difficile de les atteindre efficacement. »

Ce constat met en lumière l’importance d’étendre l’intervention à d’autres communautés éloignées.

Les actions conjointes de l’UNICEF et de la KfW ont transformé la vie à Sandae. Ce succès a été rendu possible grâce au financement de la KfW et à la collaboration étroite avec les partenaires et autorités locales. UNICEF et ses partenaires comptent désormais poursuivre cette initiative dans la région de l’Est, mais aussi dans l’Adamaoua et l’Extrême-Nord.

L’enjeu reste à présent plus clair, répliquer ce succès. Car une communauté qui nourrit bien ses enfants est une communauté qui prépare, concrètement, l'avenir d'une génération entière.