Genre et poliomyélite dans l’Extrême Nord : comprendre les freins pour mieux vacciner
S’attaquer aux inégalités de genre pour renforcer la vaccination contre la polio et protéger les enfants dans les communautés les plus vulnérables du Cameroun.
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Dans l’Extrême-Nord du Cameroun, l’éradication de la poliomyélite ne dépend pas seulement de la disponibilité des doses, mais aussi de la levée des barrières de genre. À travers le projet "Gender Polio+", l’UNICEF et ses partenaires s’attaquent à ces barrières invisibles pour que chaque enfant, même dans les zones les plus reculées, soit protégé.
Maroua 1 et Mokolo : des districts prioritaires
Située dans le bassin du lac Tchad et aux frontières de plusieurs pays, l’Extrême Nord reste exposé à l’importation de variants du poliovirus et à une couverture vaccinale de routine insuffisante. Les districts de Maroua 1 et Mokolo concentrent un nombre élevé d’enfants dits « zéro dose », jamais vaccinés.
Ici, la lutte contre la poliomyélite se heurte à une combinaison de défis persistants : insécurité, déplacements de populations, éloignement des structures de santé et normes sociales restrictives. Dans ce contexte fragile, les inégalités de genre influencent profondément la décision de vacciner, l’accès aux services et la qualité de l’accueil.
Les femmes sont au cœur de la santé des enfants, mais elles ne disposent pas toujours des moyens ou de l’autorité nécessaires pour agir rapidement. Intégrer le genre dans la vaccination, c’est reconnaître cette réalité et y répondre concrètement.
Les femmes en première ligne, sans toujours le pouvoir de décider
Les enfants de moins de cinq ans sont au cœur des stratégies de vaccination contre la polio. Pourtant, ce sont les femmes mères, grand-mères, tantes qui portent l’essentiel de la responsabilité des soins aux enfants. Ce sont elles qui accompagnent les nourrissons au centre de santé, qui respectent les rendez-vous de vaccination et qui veillent au bien-être quotidien des familles. Mais, leur pouvoir de décision reste souvent limité. « Les femmes sont au cœur de la santé des enfants, mais elles ne disposent pas toujours des moyens ou de l’autorité nécessaires pour agir rapidement. Intégrer le genre dans la vaccination, c’est reconnaître cette réalité et y répondre concrètement », souligne Sambaï Noel , infirmier Chef à l’hôpital de District de Mokolo.
Une analyse menée en 2024 à Mokolo et Maroua 1 a mis en évidence plusieurs obstacles persistants : faible niveau d’éducation, surcharge des tâches domestiques, faible autonomie financière, distance entre le domicile et les structures de santé, mais aussi croyances et rumeurs autour de la vaccination et de la Supplémentation en vitamine A. Ces facteurs combinés fragilisent l’adhésion aux calendriers vaccinaux, en particulier chez les familles déplacées et vivant dans les zones les plus reculées.
Normes sociales, distance et rumeurs : des barrières évitables
Pour de nombreuses mères, faire vacciner un enfant signifie parcourir plusieurs kilomètres, parfois à pied, parfois à moto, avec des ressources limitées. Certaines passent même la nuit près des centres de santé pour ne pas manquer une séance de vaccination. Dans les ménages où les hommes décident des dépenses, le coût du transport peut devenir un facteur de renoncement.
À ces contraintes matérielles s’ajoutent des normes sociales et des rumeurs persistantes, notamment autour de la fertilité ou de la sécurité des vaccins. « Sur les réseaux sociaux ou dans certaines discussions, on entend encore dire que le vaccin peut nuire aux jeunes filles. C’est un combat quotidien pour rétablir la vérité », explique Sambaï Noel.
Gender Polio+ : vacciner autrement pour protéger chaque enfant
Face à ces défis, le projet Gender Polio+, mis en œuvre par l’UNICEF et ses partenaires, vise à contribuer à l’éradication de la poliomyélite dans l’Extrême-Nord en agissant sur les normes sociales qui freinent la vaccination. L’initiative mobilise les leaders traditionnels et religieux et encourage l’implication des pères à travers des dialogues communautaires, des groupes de pères et des champions masculins, afin de partager la responsabilité des soins au sein des ménages. « Quand les hommes s’impliquent et soutiennent la vaccination, les décisions se prennent plus vite et les enfants sont mieux protégés », témoigne Aïssatou, maman modèle à Mokolo.
Parallèlement, Gender Polio+ renforce les capacités du système de santé pour offrir des services plus sensibles au genre. Les agents de santé et les équipes de vaccination de routine sont formés à l’intégration du genre, à la communication interpersonnelle et à la prévention des risques d’exploitation et d’abus sexuels, afin de garantir des services plus accessibles, plus sûrs et respectueux de la dignité des familles.
Au niveau communautaire, les mamans modèles, les groupes de femmes et les volontaires jouent un rôle clé dans la sensibilisation et la lutte contre la désinformation. En intégrant le genre à chaque étape, de l’analyse à la prestation de services, le projet contribue déjà à une meilleure adhésion à la vaccination, à une participation accrue des pères et à une diminution visible des cas de paralysie chez les enfants. « Grâce aux actions de sensibilisation, nous observons moins d’enfants touchés par la paralysie qu’auparavant », souligne Aïssatou.
Vacciner autrement pour un Extrême‑Nord sans polio
Éradiquer la poliomyélite dans l’Extrême Nord du Cameroun ne consiste pas seulement à augmenter le nombre de doses administrées, mais à vacciner autrement. Cela implique de reconnaître le rôle central des femmes, d’engager les hommes comme partenaires, de s’appuyer sur les leaders communautaires et de proposer des services adaptés aux réalités locales.
Avec Gender Polio+, l’UNICEF et ses partenaires tracent une voie claire : transformer les normes sociales, renforcer la confiance et lever les obstacles liés au genre, afin que chaque enfant, où qu’il vive, puisse être protégé contre la poliomyélite.