Contre la polio, une jeunesse en mouvement : les U‑Reporters et U-responders sur tous les fronts

Sans salaire, ils gravissent collines et marchés, frappent aux portes sous pluie et soleil. Plus de 2 000 jeunes U‑Reporters et U‑Responders font de la vaccination contre la poliomyélite leur combat.

Salomon Beguel
U-Responders en campagne de sensibilisation contre la polio
UNICEF/2026/Salomon Beguel
29 avril 2026

Des rues de Maroua résonnent au son des mégaphones. Une colonne de jeunes en t‑shirts noirs siglés ‘U‑Responders, engaged in emergency with UNICEF, avance dans le District de Santé de Maroua 2, affiches brandies, voix portées. Bien plus qu’une caravane de sensibilisation, c’est une jeunesse en action qui va à la rencontre des familles, brise les rumeurs et convainc porte après porte. Ici, la lutte contre la polio commence dans la rue, là où vit l’enfant.

Du numérique au terrain : une jeunesse qui franchit le pas

U-Responder tenant une affiche de sensibilisation
UNICEF/2026/Salomon

Dans l'Extrême-Nord, des enfants restent non-protégés contre la poliomyélite, par méfiance, par rumeur, par éloignement. C'est exactement là qu'interviennent les U-Reporters, nés de la plateforme numérique U-Report de l'UNICEF. Des jeunes qui ont commencé comme des voix en ligne et ont franchi, il y a deux ans, la frontière entre le virtuel et le réel.

Ces Journées Locales de Vaccination (JLV) contre la poliomyélite du 23 au 26 avril 2026 marque leur troisième participation consécutive aux campagnes de vaccination. Mais elle est la première où les plus engagés d'entre eux endossent une nouvelle identité : celle de U-Responders, une branche spécialement créée pour répondre aux urgences, sanitaires, climatiques, humanitaires. « Nous sommes des bénévoles dans l'âme. Nous ne recevons pas de salaire. Tout ce que nous faisons, reboisement, prévention des épidémies, curage des caniveaux, engagement pour la vaccination, nous le faisons pour nos communautés» affirme André Ghislain, Coordinateur de la communauté U-Report de Maroua.

De Logone-Birni à Meri : une présence partout où l'enfant se trouve

une équipe de vaccinateurs
UNICEF/2026/Salomon

Logone Birni, Kousseri, Moutourwa, Yagoua, Kaïkaï, Maga, Lagdo, Méri, Bogo, Mora, Mokolo, Maroua, Garoua... La liste des localités couvertes donne la mesure de l'effort. Les 2 000 U-Responders déployés sur le terrain de l'Extrême-Nord ne se contentent pas des zones accessibles. Ils ne vont là où personne d'autre ne va.

À Méri, dans les massifs montagneux de la région, des équipes entières ont grimpé les collines à pied, vaccins sur le dos. Pas de route carrossable. Pas de véhicule. Juste la conviction que derrière chaque sommet, une famille attend et un enfant à vacciner. 

« Pas de route ? Pas grave. Ils grimpent et montent les collines. Parce qu'en haut des montagnes, des enfants attendent. Des familles vivent. Et la polio, elle, ne s'arrête pas à la pente. », Témoignage de terrain, communauté U-Report de Méri

Sur le terrain, le protocole est précis : sillonner les rues, les écoles, les lieux publics et les ménages pour informer, engager, recenser et enregistrer tous les enfants de 0 à 5 ans. À chaque enfant vacciné, une marque d'encre sur le doigt. À chaque ménage visité, une marque sur la porte. Pas de doublon. Aucun enfant oublié.

La caravane de Maroua : quand la rue devient tribune

caravane de lutte contre la polio avec la Représentante  de l'UNICEF dans les rues de Maroua
UNICEF/2026/Salomon Beguel

Le District de Santé de Maroua 2 est l'un des terrains les plus difficiles de la région, refus de vaccination, rumeurs, résistances ancrées. C'est précisément dans ce quartier que la caravane des U-Reporters a défilé ce 23 avril, avec à sa tête Nadine Perrault, Représentante de l'UNICEF au Cameroun, t-shirt bleu au vent, marchant aux côtés des jeunes.

 « Protéger chaque enfant contre la polio, c'est protéger l'avenir du Cameroun » a affirmé la Représentante de l'UNICEF lors de la mini caravane.

Mégaphones en main, affiches colorées brandies, les U-Responders ont sillonné les artères de la ville avant d'accompagner les équipes de vaccination communautaire à travers les différents itinéraires de l'aire de santé. Une mobilisation de proximité, pensée pour atteindre non seulement les esprits mais aussi les cœurs, là où se construisent la confiance et l'acceptation.

Lutter contre la désinformation : le vrai combat des U-Reporters

deux U-Responders sensibilisent à l'aide d'un mégaphone à Maroua
UNICEF/2026/Salomon Beguel

Leur mission dépasse la simple présence physique. Ils luttent contre la désinformation, les rumeurs de stérilisation, de plan occidental, la peur que le vaccin puisse tuer, les convictions religieuses mal interprétées. Là où certains se heurteraient à une porte fermée, un U-Reporter est invité à entrer. Il connaît le chef de quartier. Il parle la même langue, au sens littéral comme au sens figuré. 

« Lorsque les messages viennent de jeunes issus de la communauté et sont relayés par des acteurs locaux de confiance, ils sont mieux compris et plus facilement acceptés. », confie un responsable régional de la santé, Extrême-Nord

En parallèle de leur présence physique, les U-Reporters ont aussi agi sur les plateformes numériques : publications de messages clés, visuels dédiés aux JLV, contenus adaptés aux réseaux sociaux. Les publications ont enregistré plusieurs centaines, voire des milliers de vues, avec partages et interactions, prouvant que la mobilisation digitale peut atteindre des parents bien au-delà des zones d'intervention physique.

Ibrahim, 19 ans, quartier Dougoi à Maroua, porte en lui une mémoire douloureuse :« Moi, j'ai un petit frère qui a failli mourir d'une maladie qu'on aurait pu éviter avec un vaccin. Depuis ce jour, je me suis dit : si je peux empêcher une autre famille de vivre ça, j'y vais. Aujourd'hui, quand je frappe à une porte et que la mère sort avec son enfant pour qu'il soit vacciné, c'est la meilleure récompense que je puisse avoir. »

Tika, partenaire invisible mais essentiel

deux U-Responders de dos
UNICEF/2026/Salomon Beguel

Derrière la mobilisation des U‑Responders, un soutien institutionnel clé : l’Agence turque de coopération et de coordination (TİKA). Partenaire de l’UNICEF Cameroun, TİKA apporte un appui logistique et du matériel de visibilité, renforçant l’efficacité et la reconnaissance des équipes sur le terrain. Mais au‑delà des moyens, ce sont surtout l’engagement et l’ancrage communautaire de ces jeunes qui donnent toute sa force à l’action.

Ce que deux gouttes de vaccin font pour un enfant, l’engagement d’une jeunesse debout le fait pour toute une communauté. Dans l’Extrême‑Nord du Cameroun, région trop souvent oubliée, des milliers de jeunes ont choisi d’agir : frapper aux portes, convaincre, marcher malgré les distances et la méfiance. Les U‑Reporters incarnent une génération pour qui la santé de l’enfant est une responsabilité collective. Tant qu’un enfant restera non vacciné, leur mission ne sera pas achevée. Ils le savent. Et en mai, ils seront encore là.