À Méri, le vaccin suit l’enfant, jusqu’au sommet

Entre montagnes arides et marchés animés, à Meri, la vaccination suit les communautés. À l’aube, agents et volontaires parcourent villages et champs pour protéger chaque enfant contre la polio.

Salomon Beguel
Vue aérienne de Méri
UNICEF/2026/Salomon Beguel
30 avril 2026

Au lever du jour, bien avant que le soleil ne chauffe les plaines poussiéreuses de l’Extrême-Nord, les équipes de vaccination sont déjà en mouvement dans le District de Santé de Méri. Entre plaines agricoles clairsemées d’arbres et massifs montagneux escarpés, les villages de Manguirdla et Douroum s’étendent dans un relief rude, parfois difficile d’accès. Ici, chaque piste sablonneuse, chaque sentier sinueux rappelle l’isolement de certaines familles, mais aussi la détermination de celles et ceux qui vont à leur rencontre pour protéger les enfants contre la poliomyélite.

vue aérienne du marché de Méri
UNICEF/2026/Salomon Beguel

Dans ce contexte, les agents vaccinateurs ont adapté leur organisation aux réalités locales. Dès 4 heures du matin, ils sillonnent les concessions pour rencontrer les mères avant leur départ aux champs ou aux points d’eau, souvent accompagnées de leurs enfants. Lorsque les familles ne sont pas trouvées à domicile, les équipes poursuivent les parents jusque dans les champs, les vallées et parfois même sur les flancs des montagnes, porte-vaccins en bandoulière. 

« Si on ne quitte pas très tôt, on est obligé de se promener de champ en champ. Les mamans partent très tôt avec les enfants. Alors nous, on s’adapte à leur rythme », explique Madame Marguerite, cheffe de l’Aire de Santé de Manguirdla.

Deux agents de santé communautaire sensibilise à la vaccination contre la polio à Méri
UNICEF/2026/Salomon Beguel

Au cœur de cette stratégie, le marché hebdomadaire de Manguirdla s’impose comme un point névralgique. Vu du ciel, il apparaît comme un dédale animé de cantines en paillote et d’étals disposés le long de larges allées sablonneuses. Chaque jour de marché, des familles venues des villages environnants, parfois de districts voisins, convergent vers ce carrefour économique et social. Les équipes de vaccination y ont installé des points de rattrapage pour atteindre les enfants « hors aire », souvent absents lors du passage porte-à-porte. 

« Le marché, c’est le seul moment où tout le monde se retrouve. Si on rate les enfants ici, on risque de ne plus les voir pendant la campagne », souligne la cheffe de l’Aire de Santé. 

les U-Responders en campagne polio
UNICEF/2026/Salomon Beguel

L’action des agents de santé communautaires polyvalents est renforcée par l’engagement des Jeunes U‑Reporters, qui mobilisent, sensibilisent et orientent les familles. Présent sur le terrain depuis les premières heures de la campagne, Wandai, agent de santé communautaire polyvalent, connaît chaque sentier et chaque ménage.

 « Nous connaissons les habitudes des familles. Quand on ne les voit pas à la maison, on sait où aller les chercher. L’important, c’est qu’aucun enfant ne soit laissé de côté », explique-t-elle.

un bébé reçoit deux gouttes du vaccin contre la polio à Méri
UNICEF/2026/Salomon Beguel

À la troisième journée de la campagne, près de 600 enfants ont déjà été vaccinés sur une cible de 700, sans aucun cas de refus enregistré. Une progression rendue possible par l’appropriation locale des Journées Locales de Vaccination, perçues comme une responsabilité partagée entre agents de santé, leaders communautaires et familles.

À Méri, protéger chaque enfant signifie parfois partir avant l’aube, marcher plus loin et rentrer plus tard. Mais pour les équipes engagées sur le terrain, l’objectif reste clair : tant qu’un seul enfant demeure non vacciné, la mission n’est pas terminée.