Femmes en première ligne : à Mokolo, Aïssatou éclaire la lutte contre la polio.
Le dévouement d’Aïssatou apporte information sanitaire, espoir et protection aux familles des communautés reculées de Mokolo.
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Dans un quartier modeste à la périphérie de Mokolo, dans l’Extrême Nord du Cameroun, Aïssatou est une figure familière. Les femmes l’appellent affectueusement « notre maman lumière ». Un nom qui dit beaucoup de son rôle : éclairer, rassurer et guider les familles vers de meilleures pratiques de santé, en particulier pour protéger les enfants contre la poliomyélite.
Chaque semaine, bien avant le lever du soleil, Aïssatou quitte sa maison et traverse les sentiers sablonneux typiques du Sahel. Dans sa main, elle tient la liste des foyers qu’elle doit visiter. Elle marche d’un hameau à l’autre, parfois trois kilomètres, parfois cinq ou davantage, déterminée à rejoindre les groupes de femmes déjà rassemblées pour discuter de la santé des enfants. En communauté, Aïssatou partage les informations essentielles, répond aux inquiétudes et accueille les récits du quotidien. « Certaines femmes doivent marcher longtemps ou même dormir sur place pour participer aux réunions ou accéder à la vaccination. Mais elles viennent, parce qu’elles savent que c’est pour la santé des enfants », confie‑t‑elle avec calme. Ces rencontres, nourries d’écoute et de solidarité, deviennent souvent le premier pas vers une décision de vaccination éclairée.
Aïssatou informe, rassure, convainc, accompagne. Mais surtout, elle écoute. Assise sur une natte, entourée de mères et de nourrissons, elle prend le temps d’entendre les peurs, les doutes, les contraintes du quotidien. Lorsqu’une campagne de vaccination est annoncée, elle sait que les rumeurs circuleront vite. Certaines reviennent sans cesse : le vaccin rendrait les jeunes filles stériles, il serait dangereux. Aïssatou les affronte patiemment, foyer après foyer. Elle parle avec des mots simples, s’appuie sur son expérience. « Le vaccin protège vos enfants. Il ne les rend pas malades. Regardez les miens : ils sont tous vaccinés et en bonne santé. » Sa parole porte, parce qu’elle vient d’une femme qui partage la même réalité que celles qu’elle rencontre.
Les équipes de santé locales comptent énormément sur elle. Au centre de santé de Mokoré, où elle intervient régulièrement, le personnel le reconnaît : sans l’engagement des femmes organisées en groupes, la mobilisation serait bien plus difficile. Avec d’autres mamans modèles, Aïssatou participe à l’accueil des familles, aide à organiser les files d’attente, rappelle les dates de vaccination, prodigue des conseils sur l’allaitement. Lors des campagnes, elles arrivent parmi les premières et repartent souvent parmi les dernières.
Son attention va particulièrement à celles qui vivent plus loin, parfois à sept kilomètres du point de vaccination. Des femmes épuisées, arrivant avec des enfants malades après des heures de marche. Pour elles, Aïssatou cherche des solutions concrètes. Elle organise des petits groupes pour mutualiser le transport : on se cotise, on partage une moto, on s’entraide. Et lorsque rien n’est possible, elle se déplace elle-même, pour informer, encourager et rappeler que la vaccination reste essentielle.
Peu à peu, les changements sont visibles dans le quartier. Les mères sont plus nombreuses lors des stratégies avancées. Les rendez-vous manqués diminuent. Les rumeurs perdent du terrain. Certains pères commencent aussi à s’impliquer davantage, encourageant leurs épouses ou les accompagnant à moto jusqu’au centre de santé. « Tous les progrès que nous observons ici, c’est grâce aux mères modèles. Elles font un travail que nous ne pourrions pas faire seuls », reconnaît Marika, personnel de santé au centre de santé intégré de Mokolo 1.
Quand on demande à Aïssatou pourquoi elle continue, malgré la fatigue et les kilomètres parcourus à pied, sa réponse est simple : « Je fais ça pour nos enfants. Si nous, les mères, on ne se lève pas, qui va le faire ? » Pour elle, la lutte contre la polio dépasse la simple action de santé. C’est une responsabilité collective, un devoir envers la génération à venir.
Aïssatou n’a ni uniforme officiel, ni salaire, ni moto. Elle a quelque chose de plus précieux : la confiance de son quartier, l’écoute des femmes et le respect des agents de santé. À travers son engagement quotidien, elle incarne l’esprit du projet Gender Polio+: renforcer le pouvoir d’agir des femmes, s’appuyer sur la solidarité communautaire et rapprocher les services de santé, afin que chaque enfant, où qu’il vive, puisse être protégé contre la poliomyélite.