Espacer les naissances, nourrir mieux les enfants à Mokong

à Mokong, l’accès au service de santé sexuelle et reproductive, y compris la contraception transforme la vie des mamans et de leurs enfants

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Marie Guy Bandolo
08 septembre 2025

Dans la localité de Mokong, située dans l’Extrême-Nord du Cameroun, une révolution douce est en marche. Portée par le Centre Médical d’Arrondissement (CMA) avec le soutien de l’UNICEF et de son partenaire le gouvernement d’Allemagne/BMZ via la KfW, elle prend racine dans les consultations prénatales et les séances de vaccination de routine couplée à la prise en charge de la malnutrition aigüe sévère. Son nom : la contraception. Longtemps entouré de rumeurs et de méfiance, il devient peu à peu un levier de bien-être pour les mamans et de meilleure nutrition pour les enfants.

C’est devenu un rituel presqu’incontournable pour toutes les mamans de Mokong. Le mardi matin, la cour arrière du Centre Médical d’Arrondissement se transforme en un lieu de savoir et de transformation de leurs vies et de celles de leurs enfants.

Assises sur des nattes ou sur des bancs en bois, 89 mamans écoutent presque religieusement les conseils du personnel de santé sur l’importance de l’allaitement maternel exclusif et surtout du planning familial pour garantir la santé de la maman et le développement optimal de l’enfant. 

Julienne Kovou pendant la causerie éducative sur l’allaitement maternel et  la contraception au CMA de Mokong
UNICEF/2025/Marie Guy Bandolo

« Lorsque les grossesses sont trop rapprochées, vous, les mamans, vous vous affaiblissez. Et vos enfants en souffrent également. Imaginez-vous avec un bébé de quatre mois, alors que vous êtes déjà enceinte : comment allez-vous bien prendre soin des deux ? C’est pourquoi nous vous conseillons d’espacer les naissances, afin que les enfants puissent grandir dans de bonnes conditions »

, déclare Julienne Kovou, infirmière et point focal nutrition au sein de l’hôpital.

« Nous avons constaté que certaines femmes enceintes arrivent avec des enfants en bas âge souffrant de malnutrition. Nous avons donc initié une sensibilisation a la contraception afin de les éduquer sur l’importance de l’espacement des naissances. », ajoute Julienne Kovou.

Une fois Julienne Kovou a dû payer de sa poche la pose du Norplant, une méthode contraceptive.

 « Cette femme avait subi trois césariennes consécutives, sans aucun espacement entre les naissances. Une collègue et moi avons cotisé pour lui permettre d’obtenir un implant. Il existe des cas de femmes qui souhaitent recourir a la contraception, mais qui n’y parviennent pas faute de moyens financiers. » déplore Julienne Kovou.

Les différentes méthodes contraceptives intégrées dans la boite à image « ANJE » délivrés au CMA de Mokong durant les sensibilisations
UNICEF/2025/Marie Guy Bandolo

Des rumeurs tenaces et des peurs profondes

Le poids des rumeurs et des préjugés, La Grâce Yada, 30 ans, l’a aussi connu. Cette mère de trois enfants a longtemps été réticente aux méthodes contraceptives.

La Grâce Yada et son troisième enfant au CMA de Mokong
UNICEF/2025/Marie Guy Bandolo

« À l’hôpital, on en parlait. Mais au quartier, c’était mal vu », confie-t-elle. « On disait que les contraceptifs rendaient stériles, qu’ils provoquaient des règles abondantes. J’étais découragée. Mon mari m’en avait parlé, mais j’avais refusé à cause des rumeurs. »

 Comme elle, de nombreuses femmes hésitent, influencées par des croyances tenaces et une méconnaissance des méthodes contraceptives.

Le rôle décisif de l’information et du dialogue conjugal

La Grâce Yada et son troisième enfant au CMA de Mokong
UNICEF/2025/Marie Guy Bandolo

C’est finalement son mari qui l’a convaincue. 

« Il craignait qu’avec la vie chère, on ne puisse pas bien s’occuper de nos enfants si on n’espaçait pas les naissances. Après ma deuxième grossesse, j’ai accepté, tout en le mettant en garde contre les effets secondaires. » 

Elle opte pour un implant de cinq ans. Trois ans et demi plus tard, à la demande de son mari, elle le retire. Sept mois après, elle conçoit son troisième enfant.

Des bénéfices tangibles pour les femmes 

« Avec l’adoption de méthode contraceptive , j’ai découvert qu’on peut faire des économies. Ça nous permet de réaliser certains projets. Pour la maman, ça permet de se reposer, de reprendre des forces avant une autre grossesse. »

 Elle témoigne aussi d’un allaitement plus équilibré, d’un enfant plus serein, qui grandit bien 

« Je n’ai eu aucun effet secondaire. Mes règles sont restées normales. Aujourd’hui, j’encourage les femmes à essayer. »

Un impact direct sur la nutrition et le développement optimal des enfants

 

Une maman allaite son enfant au CMA de Mokong
UNICEF/2025/Marie Guy Bandolo

L’espacement des naissances permet aux mères de mieux allaiter, de consacrer plus de temps et de ressources à chaque enfant. Les enfants sont mieux nourris, mieux suivis, et leur développement est plus harmonieux. Le lien entre l’adoption de méthode contraceptive et nutrition infantile devient évident dans les témoignages des mères et les observations du personnel médical.

Le CMA de Mokong, un acteur clé du changement

Christophe Haman, chef du CMA de Mokong
UNICEF/2025/Marie Guy Bandolo

Christophe Haman dirige le CMA de Mokong et supervise une aire de santé couvrant six villages. 

« Ici, les mamans enchaînent les grossesses sans espacement. Nous les informons sur les différentes méthodes. Certaines acceptent, d’autres sont réticentes. Mais progressivement, elles adhèrent en voyant les bienfaits chez les autres. », précise -t-il.

« Certaines femmes le font à l’insu de leurs maris. Elles vont jusqu’à cacher leur carnet d’hôpital. Elles disent que ce sont elles qui souffrent, pas leurs époux. Elles cotisent de l’argent entre elles pour pouvoir accéder à une méthode contraceptive. »,

 confie, Julienne Kovou, point focal malnutrition au CMA de Mokong

Le personnel médical joue un rôle crucial. Lors des consultations prénatales, des séances de vaccination ou de prise en charge de la malnutrition aigüe sévère, les femmes sont sensibilisées. « On les éclaire sur le sujet, et ça leur donne du courage. », indique Christophe Haman.

Des défis persistants à surmonter

Malgré les progrès, des obstacles demeurent. Les maris sont souvent les plus hostiles. 

« Mais avec le concours de leurs épouses et du personnel de santé, nous réussissons souvent à les convaincre », explique Christophe Haman.

Autre défi : le coût de certaines méthodes contraceptives.

 « La population est pauvre. Les mamans sollicitent une prise en charge gratuite, notamment pour les implants. », plaide-t-il.

À Mokong, le planning familial ne se résume pas à une méthode médicale. Il devient un outil d’émancipation, de résilience et de développement optimal des enfants. Il permet aux femmes de reprendre le contrôle de leur corps, de mieux nourrir leurs enfants, et de construire un avenir plus serein pour leur famille.