Retrouver l’autonomisation économique grâce au projet de filets sociaux

L’histoire ‘’Merankabandi’’ de Christine

Par Zineb Boujrada
Vérification des documents avec les agents d’EcoCash avant le transfert.
UNICEF Burundi/2019/Paul Marie Petroch
13 janvier 2020

Ruyigi, Burundi - ‘’Sois comme les autres’’, telle est la traduction de ''Merankabandi'', le nom du programme de protection sociale au bénéfice des mères d’enfants de moins de 12 ans.

Un transfert monétaire régulier est octroyé aux ménages les plus pauvres dans les régions les plus affectées par l’extrême pauvreté et la malnutrition chronique. La province de Ruyigi en fait partie.

Ces femmes reçoivent 20.000 BIF par mois, et bénéficient en parallèle d’activités complémentaires pour adopter des bonnes pratiques pour le développement de l’enfant et pour renforcer le capital humain et la résilience des ménages. Les ménages reçoivent 20.000 BIF, un équivalent de 12$ par mois. Sur toute la durée du projet de 30 mois, chaque ménage aura reçu un montant de 600.000 BIF (360 USD) en transferts monétaires.  

Une des bénéficiaires, Christine, 45 ans, vit maintenant dans la colline de Bweru, commune de Gatwaro dans la province de Ruyigi, à l’est du Burundi. Elle y vit avec ses 7 enfants dont 3 qui ont moins de 12 ans. Enroulée dans son nouveau tissu coloré, on lui demande de raconter comment le programme Merankabandi a changé sa vie au quotidien. Elle réfléchit en arborant un grand sourire.

‘’Avec les premiers transferts, j’ai acheté des habits et des chaussures pour les enfants. J’ai aussi acheté de la nourriture : des haricots, du maïs, du manioc et des petits pois.’’ Les premiers transferts ont permis à Christine et aux femmes de près de 48,000 ménages de remédier à la pauvreté extrême et de répondre aux besoins de leurs familles. Comme Christine, qui dit avoir même acheté un petit cochon qu’elle compte élever, les autres milliers de ménages ont aussi de nombreux projets pour leurs familles, des projets qui affectent positivement leur milieu environnant également.

‘’J’ai pu prêter une partie de la somme à une amie. Je veux aussi acheter une chèvre, des poules et peut être des fertilisants. Mais je souhaiterai d’abord apprendre davantage sur leur utilisation avec le programme’’. En effet, pendant 36 mois, le programme des filets sociaux vise également à renforcer la capacité des femmes à mener des activités génératrices de revenus, en plus de la promotion des investissements des ménages dans les fondements du capital humain, en particulier chez les femmes et les enfants.

Avec les premiers transferts, j’ai acheté des habits et des chaussures pour les enfants. J’ai aussi acheté de la nourriture : des haricots, du maïs, du manioc et des petits pois.

Christine
Christine, 43 ans.
UNICEF Burundi/2019/Paul Marie Petroch

Christine nous explique que tous ses voisins bénéficiaires du programme vivent la même expérience, certains ont déjà constitué un petit cheptel, certains ont réparé leur maison, d’autres ont pu sans hésitation acheter un traitement pour soigner l’un des enfants, un couple a même acheté une petite parcelle de terre pour commencer à cultiver.

Quant aux éventuels problèmes ou jalousie venant de ceux qui ne sont pas bénéficiaires, elle nous précise qu’ils profitent indirectement du programme puisque nous leur achetons des denrées, et même nous pouvons leur prêter une partie de l’argent reçu.

Dans la région de Ruyigi, plus de 66 pourcent des enfants de moins de 5 ans souffrent de malnutrition chronique et 87 pourcent des enfants souffrent de privations multiples.

À ce jour, plus de 12,000 ménages ont été identifiés dans la province de Ruyigi et bénéficient tous de transferts monétaires mensuels grâce au programme national de filets sociaux Merankabandi.

Ce programme de protection sociale est innovant au Burundi, il met au cœur de l’intervention, les femmes, des mères, et leur donne la responsabilité de la gestion de fonds transférés, garantissant les conditions de leur autonomisation et de leur développement.

Le programme Merankabandi est mis en œuvre par le gouvernement du Burundi avec l’appui de la Banque Mondiale depuis juillet 2017, l’UNICEF a soutenue et continue d’appuyer la Commission Nationale de la Protection Sociale qui est à l’initiative et assure le contrôle de ce programme. Avec les activités complémentaires de formation aux ménages comme celui de Christine, via les travailleurs sociaux, la communauté bénéficiaire de la colline de Bweru, ainsi que tous les autres bénéficiaires  vont être en mesure de : saisir l’importance de l’enregistrement des naissances, de pratiquer une alimentation saine pour les enfants et les femmes enceintes, de promouvoir la santé maternelle et infantile (sensibilisation autour des risques liés aux grossesses, les maladies infantiles, le planning familial, les violences conjugales et les mesures préventives contre le paludisme et le VIH/SIDA ).

Sur le plan stratégique, le programme vise à soutenir la mise en place des bases d’un système national de filets sociaux et de faciliter la création d’une base de données pour le registre social unique des ménages en extrême pauvreté. Le programme est structuré pour un suivi et un contrôle de qualité avec un système de gestion de l’information, des paiements, de gestion des plaintes, et du suivi des activités de changement de comportements.

Ce programme s’inscrit dans la volonté gouvernementale d’étendre les programmes de filets sociaux comme le prévoit la stratégie nationale de protection sociale. Ce programme de protection sociale permet l’autonomisation des femmes en renforçant la résilience des ménages les plus pauvres et en améliorant leurs conditions de vie. Le Gouvernement du Burundi, avec les partenaires techniques et financiers, est engagé dans la mobilisation des ressources pour contribuer au développement de ces programmes de protection sociale, ceci dans le but d’atteindre un plus grand nombre de ménages vulnérables afin de soutenir les 300,000 ménages vivant dans l’extrême pauvreté, suivant l’objectif de la Politique nationale de Protection sociale.

 

 

Remise de l’espèce à une bénéficiaire.
UNICEF Burundi/2019/Paul Marie Petroch