"Nabo Ni Abacu": Quand la communauté s’éveille à l’inclusion des enfants en situation de handicap

Avec l'appui de l’UNICEF, le consortium des partenaires SOJPAE–IADH et « Les Vaillantes » ont œuvré à l’inclusion des enfants en situation de handicap à Muyinga, favorisant leur intégration à travers un accompagnement familial, communautaire et éducatif

Vianey Kirajagaraye & Odette Kwizera
  Liliane marche avec ses béquilles dans la cour de sa maison
UNICEFBurundi/2025/AMIZERO_PICTURES
07 octobre 2025

 Dans la commune de Muyinga, au nord-est du Burundi, une transformation discrète mais profonde est en cours. Porté par l’UNICEF et ses partenaires de la société civile, le projet « Nabo Ni Abacu », qui signifie "Ils sont des nôtres", a redonné espoir à des enfants longtemps laissés pour compte en raison de leur handicap. À travers un accompagnement familial, communautaire et éducatif, ce projet a favorisé l’inclusion de ces enfants dans la vie sociale et scolaire.

 Un amour retrouvé : l’histoire de César et de sa mère

Don César Nihoyiki participe aux tâches ménagères dans la cour de leur parcelle
UNICEFBurundi/2025/AMIZERO_PICTURES Don César Nihoyiki participe aux tâches ménagères dans la cour de leur parcelle

 A Muyinga, Perpétue est aujourd’hui considérée comme un modèle de parentalité inclusive. Pourtant, il y a peu, elle rejetait son fils, César, en situation de handicap intellectuel. Perpétue a longtemps porté seule le poids de la stigmatisation dans sa communauté et des accusations de son mari, qui la rendait responsable du handicap de leur enfant.

Il y a quelques années, César, stigmatisé à l’école, marginalisé dans sa propre famille, et privé d’affection, finit par fuir le foyer. Il traverse la frontière et se retrouve en Tanzanie.

Lors de la mise en œuvre du projet Nabo Ni Abacu, les volontaires et les parents modèles entendent parler de César pour la première fois lors de leurs visites à domicile. Perpétue est alors intégrée à un programme de renforcement de capacités sur l’éducation inclusive. C’est pour elle un premier pas vers une prise de conscience.

Peu après, César revient au Burundi avec un certificat de handicap délivré par la police tanzanienne. Ce document, preuve de reconnaissance et de protection à l’étranger, fait réfléchir Perpétue. « J’ai été bouleversée de constater que des étrangers l’avaient soigné avec humanité, alors que moi, sa propre mère, je l’avais rejeté », confie-t-elle.

Depuis, tout a changé. César vit aujourd’hui en paix au sein de sa famille. Il participe aux tâches ménagères et rêve de retourner à l’école. « Aujourd’hui, je ne suis plus maltraité, ni discriminé. Je veux reprendre mes études », dit-il, avec espoir. Il aspire à devenir député ou couturier et Perpétue, désormais sa plus grande alliée, se bat chaque jour pour défendre ses droits.

En signe d’engagement, elle lui a acheté une parcelle de terre : « La famille avait vendu sa part parce qu’il était ‘différent’, mais moi, je vais lui construire une maison », affirme-t-elle avec fierté.

Perpétue incarne le changement. Son histoire illustre qu’avec un accompagnement bienveillant, l’amour d’une mère peut dépasser les blessures les plus profondes.

 Le long chemin d’Abdoulazak

 Aboulazak fait la lessive avec sa maman.
UNICEFBurundi/2025/AMIZERO_PICTURES Aboulazak fait la lessive avec sa maman.
 Abdulazak veille sur les chèvres de la famille dans les environs de leur village à Muyinga
UNICEFBurundi/2025/AMIZERO_PICTURES Abdulazak veille sur les chèvres de la famille dans les environs de leur village à Muyinga

Sur la colline de Kibogoye, Aisha veille sur son fils comme sur un trésor fragile. Abdoulazak, 13 ans, est également en situation d’handicap intellectuel. À sa naissance, il ne pleurait pas. À 20 mois, il ne marchait toujours pas. Les premiers signes ont inquiété la famille, mais il a fallu insister auprès des services de santé pour qu’on les prenne au sérieux.

Au centre pour personnes handicapées de Muyinga, on lui fabrique un dispositif de marche. Grâce à cela, Abdoulazak se lève, puis marche. À deux ans et demi, il dit ses premiers mots : papa, maman. Malgré une intégration difficile à l’école maternelle, Aisha ne perd pas espoir et continue de s’occuper avec bienveillance de son fils.

Grâce aux conseils de parents modèles engagés pour l’inclusion des enfants en situation de handicap et aux campagnes de sensibilisation du projet Nabo Ni Abacu, Abdoulazak commence à s’impliquer dans la vie domestique. La famille lui achète une chèvre dont il prend soin. Il effectue également d’autres petits travaux rémunérés et contribue à la vie familiale.

« Il est très fier de ce qu’il gagne, même s’il confond les montants », dit sa mère en souriant.

« Hier, j’ai gagné 3 000 FBU!! », lance Abdoulazak. « Non, c’était 6 000 », corrige sa mère en riant. Aisha, désormais membre d’un groupe de solidarité, épargne pour que son fils puisse un jour acquérir d’autres animaux. Grâce aux sensibilisations menées dans le cadre du projet, le regard sur Abdoulazak commence à changer: il est de plus en plus perçu, non plus comme un fardeau, mais comme un membre utile et pleinement intégré à sa communauté.

 

Liliane reprend le chemin de l’école  

 Liliane joue aux cartes dans la cour de sa maison avec son amie et ses frères et sœurs sous l’œil attentif de sa maman
UNICEFBurundi/2025/AMIZERO_PICTURES Liliane joue aux cartes dans la cour de sa maison avec son amie et ses frères et sœurs sous l’œil attentif de sa maman
  Liliane marche avec ses béquilles dans la cour de sa maison
UNICEFBurundi/2025/AMIZERO_PICTURES Liliane marche avec ses béquilles dans la cour de sa maison

 À Kwibuye, Liliane, 11 ans, avait été retirée de l’école par son père il y a plus d’un an, inquiet de sa fragilité physique et pour sa sécurité. Diagnostiquée avec déficience motrice, Liliane marchait difficilement sans béquilles et sans accompagnement. « Elle tombait souvent, et je craignais qu’elle ne soit emportée par l’eau », explique-t-il.

Sa famille, en difficulté, n’avait pas les moyens de lui offrir des béquilles. Lorsqu’un animateur communautaire du projet Nabo Ni Abacu entends parler de Liliane, elle reçoit une paire de béquilles adaptée, un kit scolaire, et l’appui de l’école.

Son père accepte alors qu’elle retourne à l’école. Deux mois après la rentrée, Liliane intègre la classe. À la fin du premier trimestre, elle se classe 23e sur 60. Au second trimestre, elle est 13e. « J’ai compris que je lui avais retiré ses droits. Elle apprend sans difficulté », reconnaît son père.

Son retour inspire toute l’école, où une session de sensibilisation sur l’éducation inclusive a été organisée. Soutenue par ses camarades, épanouie et motivée, Liliane rêve désormais de devenir enseignante pour, à son tour, soutenir d’autres enfants comme elle.

 Des histoires individuelles, une avancée communautaire

Vianney Kirajagaraye, spécialiste de l’inclusion à l’UNICEF Burundi, montre une vidéo réalisée avec Ndiho, un bénéficiaire du projet « Nabo ni Abacu
UNICEFBurundi/2025/AMIZERO_PICTURES Vianney Kirajagaraye, spécialiste de l’inclusion à l’UNICEF Burundi, montre une vidéo réalisée avec Ndiho, un bénéficiaire du projet « Nabo ni Abacu

À travers les récits de César, Abdoulazak et Liliane, c’est toute la communauté de Muyinga qui apprend à voir autrement, à reconnaître la dignité et les droits des enfants en situation de handicap.

Ces histoires ne sont pas isolées. Grâce au projet Nabo Ni Abacu, 246 enfants ont été identifiés dans la commune, dont 124 ont reçu un soutien éducatif, 41 des appareils de mobilité et 14 familles un appui pour des activités génératrices de revenus.

Investir dans l’inclusion, c’est miser sur un avenir plus juste et plus durable pour chacun. Ces histoires nous rappellent que l’inclusion n’est pas seulement une politique ou un idéal : c’est un droit humain fondamental, un acte de justice et une promesse d’avenir.