Gateri : reconstruire la dignité avec de l’eau, des latrines et de l’hygiène

Grâce au soutien de l’USAID, à travers son bureau pour l’assistance humanitaire, des centaines de familles rapatriées et déplacées retrouvent santé, dignité et espoir grâce à l’accès à l’eau potable, aux latrines familiales et aux kits d’hygiène

Odette Kwizera
 Des enfants du site de Gateri puisent de l’eau potable à une rampe d’eau installée par l’UNICEF en collaboration avec l’AHAMR
UNICEFBurundi/2024/Odette Kwizera
05 août 2025

 Le site de Gateri, situé à environ 5 kilomètres du chef-lieu de Buganda dans la commune actuelle de Bukinanyana, province de Bujumbura, s’étend au bord de la rivière Rusizi qui marque la frontière naturelle avec la République Démocratique du Congo. En ce mois de juillet, en pleine saison sèche, la chaleur est accablante ; la terre rouge s’élève en poussière au moindre passage. Gateri n’est pas un site ordinaire. Il est devenu, depuis 2015, un refuge pour des familles rapatriées, venues de la République démocratique du Congo, de la Tanzanie ou du Rwanda ; et plus récemment, pour plus de 1000 familles déplacées internes, relocalisées à la suite des inondations dévastatrices survenues à Gatumba.

C’est dans ce contexte que l’UNICEF, en collaboration avec ses partenaires de mise en œuvre, AIDE, Protection Civile et l'Agence Burundaise de l'Hydraulique et de l'Assainissement en Milieu Rural (AHAMR), intervient dans le cadre du projet « Aide d’urgence aux personnes affectées par l’impact d’El Niño au Burundi », financé par l’USAID, par l’intermédiaire de son Bureau pour l’assistance humanitaire. Objectif : restaurer la dignité des populations affectées grâce à un accès amélioré à l’eau potable, à l’hygiène et à l’assainissement.      

Notre visite commence chez Maskini et Jeannette, un couple faisant partie des 163 familles ayant bénéficié de la construction de latrines familiales. Maskini, amputé d’une jambe, décrit avec émotion les difficultés vécues avant l’arrivée de cette aide : « Avant l’arrivée de l’aide, nous n’avions pas de toilettes. Comme beaucoup de familles installées ici à Gateri, nous étions contraints d’aller déféquer à l’air libre dans la forêt au bord de la rivière Rusizi. C’était honteux, surtout en journée, alors nous attendions la nuit pour nous y rendre discrètement. Avec mon handicap, c’était encore plus difficile et humiliant. Aujourd’hui, grâce à la latrine familiale que nous avons reçue, je peux enfin utiliser les toilettes avec dignité, comme tout le monde », confie Maskini, soulagé.  

 Maskini devant sa maison
UNICEFBurundi/2024/Odette Kwizera Maskini devant sa maison
 Anne Marie, vivant dans le site de Gateri, se lave les mains à côté de sa latrine
UNICEFBurundi/2024/Odette Kwizera Anne Marie, vivant dans le site de Gateri, se lave les mains à côté de sa latrine

 Selon Anne Marie, une autre habitante du site, avant la construction des latrines familiales, les maladies liées au manque d’hygiène, comme le choléra et la dysenterie, étaient fréquentes. « Depuis que nous avons notre propre latrine, nous vivons beaucoup mieux car nous vivons dans un environnement plus propre et mes enfants tombent moins souvent malades » dit Anne Marie, contente d’avoir aussi bénéficié de kits WASH constitué notamment de seaux, de bidons, de tissus polyvalents, de serviettes hygiéniques.

Dans la zone du site réservée aux déplacés de Gatumba, la première chose que l’on remarque, c’est la disponibilité permanente de l’eau potable. Pour les 1025 ménages relocalisés depuis Mubimbi, c’est une véritable bouffée d’espoir.

Bella, une jeune maman témoigne de la joie ressentie depuis qu’elle a accès accès à l’eau : « nous avons de l’eau en suffisance pour boire, nous laver, faire la lessive et même arroser nos cultures. C’est une bénédiction ».  Non loin de là, Marie, une habitante du même secteur résume en une phrase l’importance de ce progrès : « Même si je manque de nourriture, je suis heureuse d’avoir de l’eau. L’eau vaut plus que de l’or. »

Leurs paroles, simples mais profondes, illustrent le soulagement partagé par de nombreuses personnes déplacées rencontrées sur le site de Gateri ; toutes conscientes de l’impact vital de l’accès à une eau potable fiable.   

 Marie vient de puiser de l’eau sur les polytanks installés par l’UNICEF en collaboration avec l’AHAMR, pour arroser son petit champ de legumes
UNICEFBurundi/2024/Odette Kwizera Marie vient de puiser de l’eau sur les polytanks installés par l’UNICEF en collaboration avec l’AHAMR, pour arroser son petit champ de legumes

 Dans cette même dynamique, la clinique de Gateri, située sur le même site, est désormais raccordée au réseau d’eau potable, améliorant ainsi considérablement les conditions sanitaires et l’accès à l’eau pour les patients et le personnel soignant. 

Pour garantir la pérennité des acquis, 14 volontaires, encadrés par l’ONG AIDE, se mobilisent chaque jour pour sensibiliser les ménages aux bonnes pratiques d’hygiène. Ils passent de porte en porte, conseillent, rappellent les gestes essentiels, et accompagnent les familles dans l’usage responsable des installations.  « Nous faisons le tour des maisons ; nous montrons comment entretenir les latrines, comment garder l’eau propre. Si nous constatons des manquements, nous donnons des conseils adaptés », témoigne l’un des volontaires.

 Des volontaires, encadrés par l’ONG AIDE, faisant le tour du site pour sensibiliser les ménages aux bonnes pratiques d’hygiène et à la pérennisation des acquis
UNICEFBurundi/2024/Odette Kwizera Des volontaires, encadrés par l’ONG AIDE, faisant le tour du site pour sensibiliser les ménages aux bonnes pratiques d’hygiène et à la pérennisation des acquis

 Ces interventions s’inscrivent dans le cadre du projet « Aide d’urgence aux personnes affectées par l’impact d’El Niño au Burundi » , financé par l’USAID, à travers son Bureau pour l’assistance humanitaire, mis en œuvre par l’UNICEF et l’OIM. Un projet visant à apporter une assistance d’urgence intégrée aux familles déplacées internes et d’autres communautés touchées, pour qu’elles puissent se reconstruire et se rétablir dans la dignité. Le projet couvre les provinces les plus touchées par le phénomène El Niño, telles que Rumonge, Bujumbura Rural et Cibitoke en couvrant les besoins essentiels tels que le logement, les biens non alimentaires, l'accès aux services d'eau potable, d’hygiène et l’assainissement.

Les interventions de l’UNICEF portent particulièrement sur la construction de latrines familiales, l’extension du réseau d’eau potable avec l’installation des bornes fontaines sur le site de Mutambara, ainsi que le co-financement de la mise en place d’un réseau d’adduction d’eau potable sur le site de Gateri. Ce dernier comprend, notamment, la pose de tuyauterie, l’installation de bladders, de polytanks et de rampes de robinets. A cela s’ajoute des actions de promotion de l’hygiène au sein des communautés et la distribution de kits WASH pour répondre aux besoins immédiats des familles.

A Gateri, chaque goutte d’eau propre, chaque latrine construite, chaque famille sensibilisée représente plus qu’un geste technique. C’est un pas important vers la résilience ; une main tendue vers la dignité retrouvée, une reconquête silencieuse de la vie.

 Vue du site de Gateri
UNICEFBurundi/2024/Odette Kwizera Vue du site de Gateri