Fières et entrepreneures : la révolution au féminin
Soutenues par l'UNICEF, les femmes de Kiremba et Marangara s'imposent dans l'entrepreneuriat et la gestion hydraulique sous l'encadrement des ONG FIADI et Help Channel Burundi
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Il est à peine 9h00. Des stands sont dressés et une foule composée d'enfants, de femmes et d'hommes s'impatiente. Au milieu des chants et des conversations animées, 130 femmes sont prêtes à célébrer leur métamorphose à travers une foire commerciale.
Organisée en mars, la foire coïncide avec le mois des droits des femmes et la semaine nationale de l'eau, soulignant l'interconnexion entre ces deux enjeux. Cette convergence stratégique permet aux femmes d'établir un lien concret entre l'accès à l'eau et leur autonomisation.
Structurées en huit coopératives réparties par zone, ces femmes sont toutes bénéficiaires du projet "Amazi Meza N'iterambere Ry'umukenyezi". De Marangara à Kiremba, elles ont décidé de changer leur vie grâce à leur savoir-faire. Hier marginalisées et victimes de mauvais services d'assainissement, d'eau et d'hygiène, elles sont aujourd'hui maçonnes, plombières ou entrepreneures, fières gardiennes et gestionnaires des infrastructures hydrauliques et de la préservation de l'environnement.
Le projet, lancé d'abord en phase pilote à Marangara avec 50 participantes, vise à renforcer l'autonomisation économique des femmes et des filles en les impliquant dans les métiers de l'eau et de l'environnement. Fort des résultats positifs obtenus, le programme a été étendu à Kiremba, où 80 bénéficiaires ont été formés à la gestion des services d'eau potable, à la maintenance des infrastructures hydrauliques, à l'entrepreneuriat communautaire et à la protection de l'environnement.
La formation a permis de constituer une main-d'œuvre féminine qualifiée en plomberie, en maçonnerie élémentaire et en maintenance hydraulique, tout en transmettant des compétences en fabrication de savon et en pratiques environnementales, avec une attention particulière portée aux femmes marginalisées et aux personnes handicapées.
Près d'un stand où s'alignent des blocs de savon aux reflets miroitants, Cécile rayonne. Ses mains, qui ont appris à maîtriser la chimie du quotidien, tendent un échantillon à un visiteur curieux.
« Aujourd'hui, je suis fière de rencontrer toutes ces personnes. Nous produisons beaucoup de choses qui ne sont pas encore connues. Je suis convaincue que parmi ces visiteurs se trouvent nos futurs clients », confie-t-elle, les yeux brillants d'espoir.
L'enthousiasme gagne même les plus sceptiques. Un commerçant local, les bras chargés, ne cache pas sa satisfaction : « Avant, j'allais acheter le savon au marché, loin de chez moi. Désormais, je pourrai m'approvisionner ici, dans ma localité. C'est autant de dépenses de transport en moins ! »
Un peu plus loin, Ariella veille sur de jeunes plants d'avocatiers, serrés dans leurs sachets noirs et exposés sur une table. Elle explique avec patience que chaque tige est une promesse de résilience face au changement climatique.
« Ces plantes protègent notre terre. Et quand les fruits viendront, nos enfants seront mieux nourris et leur santé sera protégée », dit-elle devant une foule qui l'écoute attentivement.
Un peu plus loin, un groupe de jeunes femmes, vêtues de salopettes robustes et équipées de gants, manipule des clés et des tuyaux avec précision. Deux d'entre elles captent les regards médusés des spectateurs : elles montrent comment raccorder un robinet. « C'est la première fois que je vois une femme faire de la plomberie ! » lance un homme, visiblement impressionné.
Cette foire ne s'est pas limitée à l'exposition des travaux des coopératives. En marge de l'événement, ces femmes ont eu l'occasion de rencontrer des représentants d'institutions financières et d'échanger lors d'un débat sur leur future collaboration. L'objectif était d'aider ces femmes à transformer leur vie en milieu rural en renforçant leurs compétences entrepreneuriales, en favorisant leur indépendance économique et leur accès aux services financiers, et en encourageant l'innovation et le leadership féminin.
« Grâce à ce projet, nous allons accroître notre crédibilité auprès des banques. Notre argent sera sécurisé et nous pourrons contracter de petits prêts pour augmenter notre capital », s'est réjouie Yvette, membre d'une des coopératives participantes.
Cette opportunité pourra ainsi ouvrir la voie à des projets concrets générateurs de revenus, améliorer le quotidien des familles et impulser un changement durable au sein des communautés locales. La structuration de ces coopératives par zone leur permet, par ailleurs, d'agir comme un outil essentiel de coordination, de performance opérationnelle et d'enracinement communautaire.
Soutenues par le consortium FIADI–Help Channel Burundi, l'AHAMR et l'UNICEF, les femmes de Kiremba et de Marangara ne se contentent plus de rêver du changement. Elles le construisent.