Comment les adolescents de Giharo sont arrivés à transformer les défis communautaires en opportunité
Appuyés par les comités nationaux de la France & de la Belgique, le projet Skills4Girls permet aux jeunes du groupe de solidarité de Giharo de mettre en place un dispositif pour la production d’une solution à la fois innovante et naturelle
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Nous sommes le mercredi 17 janvier 2024, il est 9 heures. Nous rencontrons le groupe de solidarité “Umuco w’ubuzima” (lumière de la vie) sur la colline Giharo de la commune de Giharo, dans la province de Rutana. Composé de 20 adolescents, dont 12 filles et 8 garçons, ce groupe transforme avec succès les défis de sa communauté en opportunités, grâce au programme "Compétences de Vie du 21ème siècle centré sur la méthodologie Upshift et STEM (science, technologie, ingénierie et mathématiques) financé par les comités nationaux de la France et de la Belgique à travers l’UNICEF Burundi.
Engagés à mettre en œuvre la méthodologie Upshift, une approche centrée sur l’humain dans l’identification des défis en communauté à transformer en opportunités, ils ont développé un produit phytosanitaire et fertilisant efficace pour faire face aux défis de fertilité du sol et d’insectes ravageurs des cultures. Les témoignages affluent, mettant en lumière leurs réussites exceptionnelles dans la promotion de l’autonomisation socio-économique des adolescents et des jeunes et de leur communauté.
Ce projet, axé sur la fabrication de produits phytosanitaires et fertilisants naturels, répond aux défis de la productivité agricole tout en préservant l’environnement. Ces jeunes adolescents de la colline Giharo, ayant bénéficié d’une formation orientée par la méthodologie Upshift, ont acquis des compétences leur permettant d’identifier les défis liés à leur bien-être et à celui de la communauté, tout en développant la capacité de les transformer en opportunités entrepreneuriales et lucratives grâce aux compétences STEM. « Au sein de notre communauté, un problème majeur était la famine, résultant de l’attaque d’insectes qui dévorent nos cultures. Cela impactait négativement le rendement des récoltes », fait savoir Eugénie Niyimbona, 20 ans et responsable du groupe.
Selon elle, cette situation avait entrainé des conséquences graves, notamment la malnutrition chez les enfants, causée par une alimentation insuffisante et non équilibrée. Également, de nombreuses jeunes filles, poussées par la faim, se voient contraintes de recourir à la prostitution pour subvenir à leurs besoins alimentaires.
« Après avoir bénéficié de la formation sur les compétences du 21ème siècle et Upshift, nous avons commencé à explorer les bienfaits des feuilles sèches d’eucalyptus sur les plateformes digitales, motivés par une croyance de notre enfance selon laquelle elles pouvaient guérir les vers de l’estomac en raison de leur potentiel toxicité », témoigne-t-elle.
Grâce à leur recherche, ils ont trouvé que ces feuilles avaient également des propriétés insecticides bénéfiques pour la préservation des plantes. « Ainsi, nous avons adopté une approche novatrice en mélangeant les restes de riz avec les feuilles sèches d’eucalyptus, des vers de terre, de l’urine de vaches et de l’eau et puis nous avons utilisé nos smartphones pour faire la recherche sur l’internet pour voir les composantes de chacun ingrédient », ajoute-t-elle.
Après avoir constaté l’efficacité de leur produit, ils ont commencé à le distribuer aux agriculteurs. Au départ, un litre s’achetait à 500 FBu. Ce qui a suscité un vif enthousiasme chez les agriculteurs étant donné que les récoltes ont rapidement augmenté. « Encouragés par ces résultats positifs, les agriculteurs nous ont incités à persévérer dans nos efforts. Actuellement, la valeur d’un litre est passée de 500 Fbu à 1000 Fbu en l’espace de trois mois. Notre capacité de production est d’environ 100 litres », partage Jean Bertrand Niyogushima.
Isaac et Joselyne, des agriculteurs résidant à ladite colline témoignent de leur satisfaction envers les résultats de leurs récoltes. « Depuis que nous utilisons le produit phytosanitaire, les insectes nuisibles à nos plantes ont été éradiqués et en plus, le produit enrichit le sous-sol. Nous sommes reconnaissants pour cette initiative novatrice », déclarent-ils.
Le sentiment est le même pour Evariste Ntuyahaga, chef de cette colline : « Après l’avoir utilisé sur un seul champ, j’ai constaté une récolte abondante par rapport aux autres champs. La population que je dirige apprécie sincèrement ce produit et a observé une augmentation significative de ses récoltes grâce à l’innovation de nos jeunes ».
Au sein du groupe de solidarité, ce projet a engendré d’autres initiatives génératrices de revenus pour ses membres. Grâce aux bénéfices générés par le projet, ces jeunes louent des terres cultivables. Ils ont trois champs dans lesquels ils ont planté du maïs. De plus, ils ont investi dans l’élevage. Le groupe possède actuellement 4 chèvres et 3 porcs. Ce n’est pas tout. Ils ont également acheté une machine à coudre. Cette dernière a offert une opportunité d’emploi à Dévote, l’une des membres de ce groupe qui avait suivi une formation en couture mais qui manquait d’un capital pour se doter de cette machine.
« Le projet m’a personnellement aidé. Je confectionne des vêtements avec la machine à coudre du groupe, je donne les versements, et en retour, je reçois un salaire », se réjouit Dévote Iradukunda.
Lors de l’« Innovation Challenge » organisé par l’UNICEF, le groupe dirigé par Eugénie a remporté la première place au niveau communal, illustrant ainsi son succès. Eugénie, en dépit des défis liés au genre, a surmonté ses craintes et s’est affirmée capable de partager son opinion en public.
Les membres du groupe aspirent à entamer l’étape de certification et de production industrielle et de mise à l’échelle de cette solution polyvalente. Cependant le processus de certification du Bureau Burundais de Normalisation et Contrôle de la Qualité (BBN) reste une étape la plus difficile et longue, nécessitant un appui technique conséquent. Leur motivation est de le rendre accessible à un public plus vaste et participer à la contribution au développement de leur communauté et du pays.