Éclairer l'avenir : défis relevés au centre de santé Ruhororo

L'utilisation des énergies renouvelables est l'une des solutions clés pour assurer la prestation de services de santé, qui est une véritable priorité au Burundi.

Jean Gabriel Uwamahoro & Giuseppe Napoli
Un infirmier en train d'examiner les vaccins conservés dans le réfrigérateur du CDS Ruhororo.
UNICEF Burundi/2024/JG Uwamahoro
02 février 2024

Une forte pluie s'abat sur la route menant à la colline de Nyamugari, dans la commune de Ruhororo, province de Ngozi, rendant notre voyage difficile. À notre arrivée, nous sommes accueillis par la vue de toits subtilement gravés dans le paysage de la colline, marquant l'emplacement du centre de santé "Amis des Jeunes".

Ce centre, l'un des 23 que compte le district sanitaire de Ngozi, fournit un ensemble de services médicaux essentiels à environ 12 000 personnes, dont 7 560 adultes et plus de 960 enfants de moins de deux ans qui dépendent de ses soins. La liste des services se lit comme une lueur d'espoir : maternité, urgences, laboratoire, vaccination, pharmacie et soins médicaux.

Un homme vêtu d'une blouse blanche entre en scène. Il nous invite à entrer dans une pièce, qui nous dévoile le secret de cette initiative. Le centre est équipé d'appareils médicaux - réfrigérateurs, microscope, hémoglobinomètre, centrifugeuse, etc. Chaque pièce d'équipement témoigne de leur détermination face à l’épreuve, mais reste insuffisante pour répondre aux vastes besoins de la communauté. Ce coin de santé, bien que petit, témoigne d'un engagement inébranlable à fournir la meilleure assistance possible avec le peu qu'ils ont.

À côté de l'homme en blouse blanche se trouvent deux réfrigérateurs : "Nous n'avons qu'un panneau solaire pour alimenter ces réfrigérateurs. La batterie de 12 volts ne peut pas alimenter les deux réfrigérateurs. Son autonomie n'est que de 5 heures. Ce seul réfrigérateur ne peut pas fournir au centre de santé la capacité nécessaire pour tous les vaccins, y compris ceux contre le COVID 19", dit-il. Il s'appelle Copens et il est gestionnaire des vaccins et des médicaments. Nous avons l'impression qu'il est une sorte de gardien dans ce labyrinthe de défis.

Notre voyage prend un tournant vers le laboratoire... Une jeune mère attend, silencieusement plongée entre l’espoir et le désespoir. Malheureusement, le manque d'électricité empêche l'utilisation du microscope, laissant ses problèmes sans solution.

"Le centre de santé de Ruhororo n'a plus d'électricité depuis une semaine à cause d'une coupure de courant". - déplore Gérardine, technicienne de laboratoire au centre. - Comme la jeune mère, " beaucoup de patients sont souvent renvoyés chez eux sans être prélevés ", avec des diagnostics et des traitements médicaux interrompus et des espoirs déçus.

Le responsable du Centre de santé de Ruhororo assure le suivi de la température des réfrigérateurs.
UNICEF Burundi/2024/JG Uwamahoro Le responsable du Centre de santé de Ruhororo assure le suivi de la température des réfrigérateurs.
Une infirmière en train de faire des analyses médicales au microscope.
UNICEF Burundi/2024/JG Uwamahoro Une infirmière en train de faire des analyses médicales au microscope.

Le centre, avec une alimentation électrique irrégulière, atteint les limites de ses capacités et envoit les vaccins et les médicaments dans des dépôts frigorifiques situés à 20 km de là, à l'hôpital de Ngozi.  De petits panneaux solaires alimentent tous les blocs administratifs et médicaux, mais demeurent insuffisants pour couvrir les besoins réels.

En poursuivant notre exploration, nous nous retrouvons dans la salle d'attente. Evelyne, une femme enceinte, s'apprête à partir, la déception dans la voix et la tête baissée. "J'avais rendez-vous pour une vaccination prénatale, mais en raison d'une pénurie de vaccins, je dois rentrer chez moi", explique-t-elle.  Elle refera le trajet de 12 km de chez elle pour revenir au centre de santé dans trois jours, un défi de taille compte tenu de son état de santé.

Le centre accueille en moyenne 46 femmes par mois pour des accouchements et des soins prénataux. Evariste, le directeur du centre, souligne : "Le manque d'énergie pour faire fonctionner les équipements électriques nous oblige à référer les femmes enceintes à d'autres centres de santé, qui sont parfois très éloignés. Il nous arrive aussi de reporter ou d'annuler les rendez-vous de vaccination pour les enfants de deux ans, ce qui perturbe le calendrier de vaccination de certains patients et peut exposer de nombreux enfants au risque d'épidémies de rougeole et de poliomyélite".

Les fonctions administratives sont également entravées par le manque d'électricité. Les ordinateurs et les équipements essentiels sont à peine opérationnels, ce qui entraîne des retards dans la documentation des soins aux patients et dans la gestion des stocks de vaccins et de médicaments. Emmanuel, le directeur médical du district sanitaire de Ngozi, exprime sa frustration : "Parfois, je ne peux même pas communiquer avec les responsables des centres de santé parce que leur téléphones sont déchargés".

Les efforts du centre pour éduquer les jeunes sur les questions de santé, notamment le COVID-19, le paludisme, la rougeole, la prématurité et le respect du calendrier de vaccination de routine, sont contrariés par l'incapacité d'utiliser la technologie éducative, ce qui rend difficile la tenue de séances impactantes.

Femme enceinte en attente de la vaccination prénatale contre le Tétanos et la diphtérie au centre de santé de Ruhororo.
UNICEF Burundi/2024/JG Uwamahoro Femme enceinte en attente de la vaccination prénatale contre le Tétanos et la diphtérie au centre de santé de Ruhororo.

Notre passage dans ce centre sur la colline, entre le désir infatigable d'apporter de l'aide à la communauté et les contraintes objectives qui marquent un parcours parfois difficile, touche à sa fin.

Il est 18 heures, et le manque d'électricité ne nous permet pas de continuer à fournir des services. Cette situation n'est pas propre à Ruhororo, mais est partagée par de nombreux centres dans la province de Ngozi et au Burundi, qui souffrent d'une infrastructure électrique vétuste.

Avec l’appui financier de Canada’s Global Initiative for Vaccine Equity (CanGIVE), trois établissements de santé, dont le centre de santé de Ruhororo, seront alimentés en énergie renouvelable. Cela permettra une utilisation continue et plus efficace des outils de surveillance et d'alerte en cas de maladies pandémiques telles que le COVID-19, et d'épidémies de rougeole, de choléra, de polio et de zoonoses. Cela contribuerait également à lever les obstacles à l'accès continu à des soins de santé de qualité et à la riposte dans les communautés isolées.

Salle de Maternité                                                                                                                                                                 Maternity room
UNICEF Burundi/2024/JG Uwamahoro Salle de Maternité
Installations de l’electrification solaire
UNICEF Burundi/2024/JG Uwamahoro Installations de l’electrification solaire