Parents, chefs, jeunes, tous contre l’excision et le mariage d’enfants au Centre-Est
Le chemin est encore long, mais avec l’union des forces, un avenir sans excision ni mariage forcé est à portée de main
D’un ton ferme, Silga François Zavier, représentant les autorités coutumières de Koupéla, déclare :
« Au regard des conséquences des mariages d’enfants et de l’excision sur la vie sociale et économique des victimes comme de la société, nous prenons l’engagement d’abandonner ces pratiques. C’est pourquoi nous déclarons, devant tous, la fin des mutilations génitales féminines et des mariages d’enfants dans nos communautés. Nous veillerons à ce que jamais plus nos enfants ne soient victimes de ces pratiques. Ni les coutumes ni la tradition ne devront plus être un prétexte pour justifier l’excision et les mariages d’enfants. Nous disons non au mariage d’enfants et à l’excision ! »
A Koupéla dans la région du Centre-Est, des autorités administratives, coutumières, religieuses, de la société civile et des adolescentes, ont publiquement déclaré l’abandon des mutilations génitales féminines (MGF) et des mariages d’enfants.
Cette déclaration a été précédée par des actions concrètes issues des séances de sensibilisation, relève d’une prise de conscience collective et de l’engagement des communautés à protéger les droits des enfants et des jeunes filles.
Une mobilisation communautaire efficace
À Koudoum, un village situé à six kilomètres de Koupéla, le chef Tougma Paul, un quinquagénaire a fait de l’interdiction des mariages précoces et forcés son combat.
« Le corps d’un enfant n’est pas prêt pour le mariage, ce qui peut entraîner des grossesses compliquées et compromettre son avenir. C’est par ignorance que nous perpétuions ces pratiques », dit le chef.
Il se souvient avec fierté de l’histoire de Marrietta, une jeune fille de 15 ans qui avait été donnée en mariage forcé :
« Ensemble, avec la communauté, nous avions remboursé la dot de cette fille. Puis, je l’ai recueillie chez moi afin qu’elle puisse poursuivre ses études. A ses 19 ans, elle a choisi elle-même son mari et nous avons célébré leur mariage », raconte-t-il.
Les sensibilisations régulières des animatrices qui ont contribué à ces résultats, ont été menées par l’UNICEF et ses partenaires Children Believe et l’Association Solidarité Action Faire Face (ASAFF). Lors de ces séances, toute la communauté est réunie pour bénéficier directement des conseils et s’éloigner des pratiques de mariage forcé.
Ces actions sont financées dans le cadre du Programme mondial conjoint UNFPA -UNICEF pour mettre fin au mariage des enfants, qui promeut les droits des adolescentes en les aidant à éviter les mariages et grossesses précoces, tout en leur offrant les moyens de réaliser leurs ambitions à travers l’éducation et d’autres alternatives. Le programme a été lancé en 2016 dans 12 des pays où la prévalence du mariage d’enfants est la plus élevée, dont le Burkina Faso.
Le témoignage d’une mère engagée
Anasthasie Dembré, 57 ans, mère de six filles et d’un garçon, est une fervente militante contre l’excision. Son combat est lié à son histoire personnelle. Sous la pression des préjugés, elle avait fait exciser sa première fille en l’absence de son mari, qui s’y opposait fermement. Malheureusement, cette intervention s’est transformée en cauchemar : sa fille a frôlé la mort à cause d’une hémorragie.
« À l’époque, j’avais fait exciser ma fille parce qu’on nous disait qu’une fille non excisée ne pouvait pas enfanter ou que ses enfants n’allaient pas survivre. Mais depuis, je n’ai plus jamais excisé mes filles. Deux d’entre elles sont aujourd’hui mariées et ont des enfants »,se confie-t-elle.
Convaincue du danger de ces pratiques, elle sensibilise désormais les autres femmes pour qu’elles protègent leurs filles. Grâce à ces efforts, plus aucun enfant n’a été excisé dans sa communauté depuis plusieurs années.
Une jeunesse engagée
Certains élèves de la commune sont bien informés sur les conséquences désastreuses de l’excision et des mariages précoces, telles que les maladies infectieuses, les grossesses compliquées, les traumatismes psychologiques, ou même la mort. Par conséquent, ils s’engagent à être des relais auprès de leurs familles et camarades.
« Nous nous engageons à sensibiliser et à dénoncer ces pratiques néfastes. Nous voulons que tous les enfants grandissent dans de bonnes conditions sociales et sanitaires pour qu’ensemble, nous soyons les bâtisseurs de l’avenir. À bas l’excision et les mariages d’enfants ! », s’exprime Damiba Antoinette.
Au Burkina Faso, l'effort du gouvernement, de la société civile et des communautés, ont porté leurs fruits. De 2015 à 2021, la proportion de femmes âgées de 20 à 24 ans mariées avant l’âge de 18 ans a chuté de 51,3 % à 38,2 % et celle des femmes âgées de 20 à 24 ans qui se sont mariées avant l’âge de 15 ans, a baissé de 8,9% à 7,8%.
Engagée aux côtés du Ministre de l’Action humanitaire et de la Solidarité nationale, l’UNICEF, en collaboration avec ses partenaires, continue de lutter contre les pratiques néfastes comme les mutilations génitales féminines et le mariage d’enfants, en cohérence avec son mandat visant à promouvoir et protéger les droits des enfants.
« Je salue l’engagement des communautés et leur participation aux séances de sensibilisation menées dans 190 villages et les exhorte à jouer pleinement leur rôle de sentinelles pour que ces pratiques cessent définitivement », a plaidé Yacouba Belem, spécialiste en protection à l’UNICEF.
Grace à cette déclaration publique d’abandon de mutilations génitales féminines et de mariages d’enfants, les filles de Koupela grandiront dans un environnement plus sûr, et auront la chance de terminer leurs études et de faire le métier de leur rêve. Ensemble, nous pouvons éradiquer ces pratiques et garantir aux enfants un avenir digne et libre.