Risnata, l'enfant au sourire retrouvé
Le parcours de résilience d’une fille brisée par la violence
- Français
- English
À 14 ans, Risnata a déjà traversé des épreuves que peu de personnes pourraient imaginer. Elle vivait paisiblement dans son village natal de Tawalbougou avec ses parents et ses frères et sœurs. Elle nourrissait l’espoir d’un avenir prometteur, mais cet espoir s’est brisé brutalement. Un jour, l’impensable s’est produit.
« Des hommes armés sont venus chez moi. Ils ont exécuté trois membres de ma famille sous mes yeux, dont mon grand frère, dans une violence indicible », raconte Risnata.
Il y a quatre ans, Risnata était en classe de CP2 quand la situation sécuritaire de son village s’est progressivement détériorée. Les attaques et les menaces constantes des groupes armés ont semé la peur et le chaos. L’école a fermé ses portes.
Risnata n'était plus la même. La peur l’avait envahie, et paralysés moralement. Elle ne parlait plus. Elle évitait les regards.
« Ce fut pour moi un choc brutal. Depuis ce jour, j’ai eu des crises d’angoisse et d’anxiété. Je m’évanouissais fréquemment », dit-elle.
L’agriculture et l’élevage sont la principale source de revenus des parents de Risnata, leur permettant de subvenir aux besoins des enfants et de financer leur scolarité. Impuissants face à sa détresse, ses parents l’ont envoyée chez sa tante à Fada N’Gourma, à 40 km de son village. Sa mère, Sawadogo Zeinabou, l’y a rejoint un an plus tard.
C’est là, qu’elle a été repérée par un membre de la Cellule communautaire de protection de l’enfance (CCPE) et orientée vers un Espace ami des enfants (EAE), un lieu où des professionnels se consacrent au bien-être des adolescents et des jeunes affectés par la crise.
« J’aimais beaucoup l’espace ami des enfants du secteur 1 de Fada. Je m’y suis fait de nombreux amis. J’ai appris à parler, à chanter, à danser et à arroser les arbres », confie Risnata.
Ce fut le début d’un long cheminement vers la guérison. Grâce aux activités de soutien psychosocial individuelles et collectives, mises en place au sein de l’Espace ami des enfants par les organisations partenaires de l’UNICEF que sont, Children Believe et l’Association Todima, Risnata a progressivement appris à se reconstruire.
M. Ouédraogo Aboubacar, le psychologue qui la suit, raconte :
« D’abord réticente, elle restait en retrait, observant les autres enfants jouer sans jamais s’impliquer. Puis, petit à petit, elle a recommencé à interagir. »
Des animatrices patientes, un psychologue bienveillant et l’amour de sa tante et de sa mère, ont tissé autour d’elle un environnement protecteur sûr, lui permettant de reprendre confiance en elle.
Les jours passaient, et avec eux, les ombres de son passé semblaient s’estomper.
« Risnata a retrouvé l’envie de rire, de jouer, de rêver. Elle participait aux activités collectives, dessinait, chantait, parlait. Ses crises ont disparu, et ses nuits sont redevenues paisibles », détaille Dr. Ouédraogo.
Dès son arrivée, Risnata a reçu un kit de dignité WASH composé de natte, couverture, serviettes hygiéniques, savon, pâte dentifrice, etc.
L’adolescente de 14 ans a bénéficié du programme financé par l’UNICEF, la Coopération allemande et le Danemark, qui vise à fournir des services de prévention, de protection et d’éducation de qualité aux enfants affectés par les crises sécuritaires et humanitaires. Grâce à ce programme, des résultats multisectoriels ont été engrangés, incluant l’obtention d’actes d’état civil, la réinsertion d’enfants déscolarisés, la gestion d’hygiène menstruelle, etc.
L’Espace ami des enfants qu’elle fréquente est un refuge pour de nombreux enfants comme elle. Depuis sa création en janvier 2020, il a permis d’identifier et de soutenir 12 055 enfants, dont 6 330 filles.
Pour mettre en œuvre ce programme, l’UNICEF et le ministère de l’Action humanitaire et de la Solidarité nationale ont formé les acteurs clé et les partenaires humanitaires sur la protection de l’enfant en situation d’urgence.
« Je suis satisfait d’avoir pu aider Risnata et tous ces enfants déplacés et vulnérables. Nous travaillons pour redonner le sourire à tous ces enfants en situation de détresse résultant de la crise sécuritaire. Je me sens utile et valorisé », déclare Yacouba Belem, chargé de Protection de l’enfant au bureau de l’UNICEF de Fada.
Aujourd’hui, Risnata est une adolescente qui se tient droit, le regard tourné vers l’avenir. Son sourire, jadis perdu, illumine à nouveau son visage.
Sa mère Sawadogo Zeinabou, émue, exprime sa gratitude :
« Je remercie vraiment toutes les personnes qui ont aidé notre fille jusqu’à maintenant. Que Dieu vous bénisse et fasse prospérer le projet. »
Avec les conseils de sa mère, Risnata a appris la filerie, fabrique des fils et sa maman lui apprend également à tisser des pagnes traditionnels. Les lots de 10 fils sont revendus à 500 Francs CFA (0,84 USD), pour un bénéfice de 50%, soit 250 francs (0,42 USD). La famille vit désormais de la vente des fils et des pagnes, et Risnata, elle, est heureuse de se relever petit à petit du traumatisme qu’elle a subi.
« Mon rêve est de devenir un jour une grande couturière pour pouvoir aider ma maman », dit-elle, avec le sourire.
L’histoire de Risnata est celle de la résilience, de la force d’une enfant brisée par la violence mais sauvée par l’amour, la solidarité et la persévérance. Grâce au soutien de l’UNICEF, de la Coopération allemande et du Danemark, ainsi qu’au dévouement des acteurs de terrain, elle et tant d’autres enfants retrouvent peu à peu la lumière.
Au Burkina Faso, près de deux millions de personnes sont des déplacés internes dû à l’insécurité, dont 58 % d'enfants.
« L’UNICEF lance un appel aux partenaires et donateurs afin qu’ils puissent apporter leurs contributions pour le bien-être des enfants du Burkina Faso » , plaide Yacouba Belem.