Mariée de force à 16 ans, elle brise le silence et trouve enfin refuge
Le combat d’une fille pour sa liberté : dans un témoignage bouleversant, elle raconte le calvaire qu’elle a vécu entre pressions familiales, mariage imposé et violences.
À seulement 16 ans, Zénabo (nom d’emprunt), originaire de Bougnounou, la région du Centre-Ouest, a vu son destin basculer brutalement lorsqu’elle a été mariée de force à un homme beaucoup plus âgé.
Issue d’une fratrie de trois enfants, Zénabo la benjamine vivait une vie modeste et apprenait la couture dans un atelier de son village, après avoir abandonné l’école en classe de 4e en 2023, faute de moyens et de soutien familial. C’est alors qu’un appel téléphonique de sa mère est venu tout bouleverser.
« Elle m’a dit que mon père m’avait donnée en mariage et que je ne pouvais pas refuser », confie-t-elle. Malgré son opposition initiale, l’adolescente finit par céder sous la pression parentale.
Le mariage traditionnel, célébré en aout 2024 dans le village de Yezoinga, n’a rien eu de festif pour Zénabo. Elle croyait être donnée au fils du vieil homme, mais découvre plus tard que c’est le vieil homme lui-même qui était son “mari”. Désemparée et choquée, elle tente de fuir pour se rendre à Ouagadagoudou, mais sa mère la rappelle à l’ordre, allant jusqu’à la menacer de la maudire.
Elle sera victime de violences, ce qui sera l’élément déclencheur de son combat. Elle contacte alors l’organisation à but non lucratif Voix de Femmes, une organisation locale de défense des droits des filles, soutenue par l’UNICEF.
« Les membres de l’ONG Voix de Femmes venaient chez nous pour causer avec les enfants et les sensibiliser. Ils disaient qu’ils pouvaient m’aider. J’ai donc pris leur numéro et appelé par la suite », se rappelle Zénabo.
Grâce à leur intervention rapide, les autorités sont alertées. En janvier 2025, la police intervient et extrait Zénabo de la maison du vieil homme.
Aujourd’hui, Zénabo vit à Ouagadougou chez sa tante. Elle a reçu un accompagnement psychologique pour l’aider à se reconstruire. L’ONG Voix de Femmes s’est engagée également à lui offrir une machine à coudre afin qu’elle puisse continuer à apprendre son métier de rêve.
L’histoire de Zénabo met en lumière un fléau encore trop présent : le mariage d’enfants, dans des régions où le poids des traditions écrase les droits des filles. Pourtant, à travers son courage, Zénabo incarne l’espoir d’un avenir meilleur – pour elle, et pour toutes celles qui oseront dire non.
Un témoignage public puissant et Tchoutchoubatchou
Le 29 avril 2025, Zénabo a accepté de témoigner publiquement lors d’un Facebook Live organisé par l’UNICEF Burkina Faso, animé par Le Général Tchoutchoubatchou, célèbre humoriste et influenceur Burkinabé engagé pour la cause des enfants. Lors de cet événement en ligne qui a réuni plus de 40.000 spectateurs en direct, Zénabo a partagé son histoire sans détour. Son courage et sa lucidité ont été applaudit.
Le Facebook Live a été un moment fort d’émotion, mais aussi d’engagement collectif. Les spectateurs ont salué son courage et appelé à des actions concrètes contre le mariage d’enfants. Tchoutchoubatchou, l’infleuceur qui draine plus de 10 millions de followers sur les réseaux sociaux, a pris l’engagement de continuer à sensibiliser sa communauté sur ce fléau.
Au Burkina Faso, l'effort du gouvernement, de la société civile, des communautés et des leaders communautaires, ont payé. De 2015 à 2021, la proportion de femmes âgées de 20 à 24 ans mariées avant l’âge de 18 ans a chuté de 51,3 % à 38,2 % et celle des femmes âgées de 20 à 24 ans qui se sont mariées avant l’âge de 15 ans, a baissé de 8,9% à 7,8%.
Zénabo a été accompagnée par l'ONG Voix De Femmes, grâce au fonds du Programme mondial UNFPA-UNICEF visant à mettre fin au mariage d'enfants. Lancé en 2016 dans 12 des pays où la prévalence du mariage d’enfants est la plus élevée, dont le Burkina Faso, le programme défend le droit des adolescentes de ne pas se marier et de ne pas tomber enceintes, tout en leur permettant de réaliser leur rêve grâce à l’éducation et par d’autres voies.
Une voix pour toutes les autres
À travers son témoignage, Zénabo devient bien plus qu’une survivante : elle incarne l’espoir d’une génération de filles prêtes à faire entendre leur voix.
« J’ai eu peur. Mais si je parle aujourd’hui, c’est pour que d’autres filles ne vivent pas ce que j’ai vécu », a-t-elle déclaré d’une voix posée.
L’UNICEF, les ONG partenaires et les leaders communautaires entendent amplifier cette voix, plaider pour une justice plus ferme, et offrir aux filles les moyens de choisir leur avenir.
« Je veux apprendre, devenir indépendante. Et surtout, je veux dire aux autres filles : vous avez le droit de dire non. Vous avez le droit d’être libres », conclut Zénabo, les yeux brillants de dignité.