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La journée de Fadima : vivre pour sauver des vies

Une femme engagée à déparasiter les enfants, renforcer leur système immunitaire avec la vitamine A et prévenir les maladies comme la polio

Ndiaga Seck
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UNICEF/2025/Adamou
05 février 2026

Aujourd’hui, Fadima Dicko s’est levée plus tôt que d’habitude. C’est le lancement d’une campagne nationale de vaccination contre la poliomyélite, la supplémentation en vitamine A et de déparasitage des enfants. A Dori, région du Liptako dans le nord-est du Burkina Faso, elle doit travailler vite et bien, pour atteindre le maximum d’enfants.

A 6.00 du matin, Fadima avait déjà rassemblé son équipe composée de deux jeunes homme et femme qui l’assisteront pendant trois jours. Flacons de vaccin polio, capsules de vitamine A et bandes de Shakir rangés, et glacières en bandoulière, l’équipe s’ébranle à pied, pour entrer dans les premières concessions qui jouxtent le centre de santé.  

Fadima Dicko (au milieu), agent de santé communautaire sillonne les rues avec son équipe pour supplémenter les enfants en vitamine A à Dori au Burkina Faso.
UNICEF/2025/Adamou Fadima Dicko (au milieu), agent de santé communautaire sillonne les rues avec son équipe pour supplémenter les enfants en vitamine A à Dori au Burkina Faso.

« Premièrement, nous les saluons, et leur disons pourquoi on est là », explique Fadima Dicko, agent de santé à base communautaire, plus familièrement connue sous le sigle ASBC. 

« Les parents nous accueillent, nous donnent de la place, on s’assoit. Nous leur disons que nous venus pour vacciner les enfants contre la polio et les supplémenter en vitamine A », ajoute-elle, décrivant une scène que la femme expérimentée a déjà vécu des centaines de fois.

Pour garantir la continuité des services essentiels, les Journées locales de vaccination (JLV) contre la poliomyélite, couplées à la supplémentation a la vitamine A (JVA+), ont été organisées du 7 au 10 novembre 2025. La campagne repose sur l’engagement de volontaires bien formés, la mobilisation sociale, la communication pour le changement de comportement (SBC) et la des médicaments. 

Fadima Dicko (au milieu, en blanc), agent de santé à base communautaire (ASBC) et ses collègues explique à des mères les bienfaits de la supplémentation en vitamine A et du dépistage nutritionnel à Dori au Burkina Faso
UNICEF/2025/Adamou Fadima Dicko (au milieu, en blanc), agent de santé à base communautaire (ASBC) et ses collègues explique à des mères les bienfaits de la supplémentation en vitamine A et du dépistage nutritionnel à Dori au Burkina Faso.

Il n’est pas encore 9.00 et Fadima et son équipe ont déjà visité plusieurs concessions. Voilà six ans que Fadima exerce les fonctions d’ASBC à Dori. Elle sait que le gros du travail doit être effectué avant que le soleil ne soit trop haut et qu’il ne fasse beaucoup plus chaud. Dans cette partie du Burkina Faso, les températures caressent les 40 degrés Celsius presque toute l’année.

« Nous demandons aux parents de faire sortir les enfants âgés de zéro à 5 ans. Et nous leur expliquons que des équipes étaient déjà passées pour faire le dénombrement, et sur les signes que nos collegues ont inscrits devant le portail, nous avons déchiffrés qu’il y’a cinq enfants à vacciner contre la polio et à supplémenter en vitamine A. S’il y’a des absents, ils vont nous dire », raconte Dicko.

Oui ! Un langage codé est bien visible sur le mur, à l’entrée de la concession. En le voyant, les initiés comme Fadima et son équipe savent combien d’enfants habitent dans la maison, et combien parmi eux doivent être vaccinés et supplémentés. 

Fadima Dicko, agent de santé à base communautaire (ASBC) vaccine un enfant contre la polio à Dori au Burkina Faso.
UNICEF/2025/Adamou Fadima Dicko, agent de santé à base communautaire (ASBC) vaccine un enfant contre la polio à Dori au Burkina Faso.

« Quand je finis de vacciner l’enfant contre la polio, j’explique aux parents qu’il doit aussi prendre la vitamine A et l’Albendazole et que son périmètre brachial sera pris. C’est quoi vitamine A ? Nous leur disons en « fulfulde » que vitamine A, c’est contre ‘fissa’, la cécité en français. La vitamine A permet à l’enfant de bien voir, et Albendazole, c’est pour déparasiter l’enfant », détaille Dicko pour avoir l’adhésion des parents.

Grâce au soutien du gouvernement du Canada, le ministère de la santé et l’UNICEF comptent déparasiter, dépister et supplémenter en vitamine A plus de 4 millions d’enfants lors de JVA+ à travers le pays.

Dans région du Sahel – qui regroupe aujourd’hui les régions du Liptako et Soum, les efforts doivent être multipliés pour faire reculer la malnutrition. Les taux de malnutrition y sont très élevés et 300.000 filles et garçons doivent être déparasités et supplémentés en vitamine A. Coupler la « polio » à la « vitamine A » permet de réduire les coûts pour atteindre plus d’enfants, et d’offrir un paquet plus complet pour augmenter leurs chances de survie.

« Trois enfants sur quatre sont malnutris dans la région du Sahel. Il était important de coupler à toutes ces campagnes, le dépistage systématique des enfants de 6 mois à 5 ans, pour pouvoir copter un grand nombre de cas malnutris et de les intégrer au programme de prise en charge pour pouvoir sauver énormément de vies », souligne Rodrigue Thiombiano, chargé de nutrition à l’UNICEF. « Nous remercions le Canada qui nous a permis aujourd’hui de cibler autant d’enfants pour le déparasitage, le dépistage de la malnutrition et la supplémentation en vitamine A », ajoute-t-il. 

Fadima Dicko (au milieu, en blanc) agent de santé à base communautaire (ASBC), une de ses collègues et Rodrigue Thiombiano, chargé de nutrition de l’UNICEF sillonne les rues lors de la JVA+ A à Dori au Burkina Faso
UNICEF/2025/Adamou Fadima Dicko (au milieu, en blanc) agent de santé à base communautaire (ASBC), une de ses collègues et Rodrigue Thiombiano, chargé de nutrition de l’UNICEF sillonne les rues lors de la JVA+ A à Dori au Burkina Faso

Il est midi, le soleil est au zénith. Fadima poursuit son périple. Elle tombe parfois sur des enfants souffrant de malnutrition aigüe sévère qu’elle détecte à l’aide de sa bande de Shakir, un outil de dépistage nutritionnel simple, constitué d'un ruban utilisé pour mesurer le périmètre brachial des enfants de 6 à 59 mois. La bande porte des couleurs rouge, jaune ou vert qui indiquent la forme de malnutrition aiguë sévère, modérée ou l’absence de celle-ci.

« Si je dépiste un enfant et qu’il est dans le « rouge », c’est qu’il souffre de malnutrition aigüe sévère. Je vérifie s’il prend le plumpy’nut, l’aliment thérapeutique prêt à l’emploi, encourage sa maman à lui donner son médicament pendant 2 semaines, et son état va s’améliorer. Si on trouve un enfant bien portant, et qui ne présente pas d’œdèmes, on lui donne vitamine A et albendazole », précise-t-elle.

Fadima Dicko agent de santé à base communautaire (ASBC) utilise la bande de Shakir pour dépister la malnutrition chez un enfant A à Dori au Burkina Faso
UNICEF/2025/Adamou Fadima Dicko agent de santé à base communautaire (ASBC) utilise la bande de Shakir pour dépister la malnutrition chez un enfant A à Dori au Burkina Faso.

L’UNICEF plaide pour une prise de décision équilibrée entre les genres. Des approches transformatrices en matière de genre sont appliquées pour accroître l'engagement des pères et intensifier la responsabilité partagée des soins.  Hommes comme femmes, peuvent accéder à la supplémentation en vitamine A et l’utiliser pour renforcer le système immunitaire des enfants et les protéger contre les infections.  Adama Dicko, une mère responsable, tient à faire vacciner son fils de 2 ans contre la polio et le supplémenter en vitamine A.

« J’ai accepté de faire vacciner mon fils afin d’éviter les maladies tels que le gonflement des pieds, les maux de ventre, les maux de tête. Je ne veux pas que mon enfant tombe malade, la maladie n’est pas bonne, la maladie tue », justifie-t-elle.

Fadima Dicko (au milieu, en blanc) agent de santé à base communautaire (ASBC) et un de ses collègues expliquent à Adama Dicko, mère d’un garçon de 2 ans, les bienfaits du déparasitage et de la supplémentation en vitamine A à Dori au Burkina Faso
UNICEF/2025/Adamou Fadima Dicko (au milieu, en blanc) agent de santé à base communautaire (ASBC) et un de ses collègues expliquent à Adama Dicko, mère d’un garçon de 2 ans, les bienfaits du déparasitage et de la supplémentation en vitamine A à Dori au Burkina Faso

Il est 15.00. Fadima compte les maisons déjà visitées par dizaines. La dame a des capacités de négociation hors normes, et dans son milieu, personne ne l’égale.

« Ici, c’est chez moi, je maitrise la langue et les gens me font confiance. Si j’entre dans une maison et je parle, même si la mère avait refusé de faire vacciner son enfant, elle va accepter. Parce que moi, je suis d’ici, on me connait, et j’inspire la confiance et le respect », conclut-elle.

A la fin de la journée, Fadima est heureuse d’avoir encore servi sa communauté. En tant qu’ASBC, protéger les enfants contre les maladies, ou au besoin, leur offrir le traitement requis, afin qu’ils grandissent dans le bien-être total, est un sacerdoce. Elle a dédié sa vie à sauver des vies.