Claire à l'école de la deuxième chance

Pour l'acquisition des compétences de vie courantes

Sylvie Faboumy
Claire  âgée de 10 ans, à l'école de la deuxième chance
UNICEF Benin_2017_Sylvie Faboumy
17 juillet 2019

En cette saison des pluies, la piste qui mène à l’arrondissement de Gohomè, dans le département du Mono au sud-ouest du Bénin est  inondée. Après avoir quitté la grande route de Djakotomey, il faut se frayer un chemin parmi les branchages, les énormes flaques d’eau et la boue rouge, pour enfin arriver à destination. Gohomè est une petite localité calme, où vivent des familles modestes, à environ 150 km de Cotonou, la capitale économique.

Claire K. est âgée de 10 ans. Elle habite Gohomè, au milieu des siens. Frêle, portant une robe colorée et arborant une nouvelle coiffure, elle dit avec fierté : « C’est ma Maman qui m’a fait des tresses et m’a mis des élastiques en couleur ».  Pour Claire qui est inscrite au Programme de cours accélérés (PCA), venir au centre est un peu une fête ! La rentrée scolaire 2016-2017 a eu lieu en octobre. C’est la deuxième année d’existence du PCA dans la commune.  Claire vient d’entrer au Niveau 2. Si tout va bien, elle sera au Niveau 3 l’année prochaine et pourra se présenter au Certificat d’Etudes Primaires (CEP) en fin d’année.  Claire est la plus jeune des apprenants de la classe de Madame Hortense T. et elle fait partie des plus assidus.

Claire est la benjamine d’une famille de 8 enfants. Ses parents sont tous deux cultivateurs.  « Parmi  mes huit frères et sœurs, seuls Rebecca et Emmanuel vont à l’école. Moi je suis inscrite au centre PCA» dit-elle. 
 
Claire avait commencé sa scolarité à l’école primaire au Cours d’initiation (CI). Mais la petite fille est née avec un léger handicap moteur qui l’a retardée dans son parcours scolaire. En effet, Claire boîte depuis son plus jeune âge. A vue d’œil, on ne pourrait rien soupçonner. C’est lorsqu’elle se déplace que l’on remarque sa démarche claudicante. «Elle n’arrivait pas à marcher facilement pour se rendre à l’école de façon régulière, » explique Hortense l’animatrice.  « Ses parents ont dû cesser de la scolariser pendant plusieurs années car ils ne  trouvaient pas d’autre solution pour elle », poursuit-elle. 

Le PCA est une aubaine pour Claire car le centre se trouve à une cinquantaine de mètres de la maison de ses parents. Elle peut s’y rendre sans grande difficulté. « Je peux marcher toute seule pour aller en classe. Ce n’est pas loin » dit-elle avec satisfaction.

Claire est une enfant éveillée qui a soif d’apprendre.  « J’aime le français, l’écriture et le calcul » affirme-t-elle, avec des yeux pétillants. Nullement intimidée par les plus grands, elle demande souvent à écrire au tableau et participe activement à chaque cours dispensé par  Hortense. 

Claire fait ses devoirs en rentrant le soir.  Elle n’a pas beaucoup de loisirs en fin de semaine, ni pendant les vacances. En outre, elle ne peut vraiment s’éloigner du domicile familial à cause de sa mobilité réduite. « A la maison, je m’amuse avec mes frères et sœurs. » confie-t-elle.
 
L’animatrice  indique que les parents de Claire ont été d’un grand appui dans le processus d’octroi d’un local au PCA de Gohomè. Convaincus que l’éducation aiderait les enfants de la localité à briser le cycle de la pauvreté, ils sont intervenus pour que les apprenants et les animateurs soient installés à l’abri des intempéries. C’est ainsi qu’un entrepôt appartenant au Centre agricole régional pour le développement rural (CARDER) a été proposé au PCA sans contrepartie financière. Toutefois Hortense fait remarquer ceci : « les fenêtres ne sont pas conformes aux normes des salles de classe et les portes sont en fer forgé massif. Le local n’est pas assez ventilé et nous souffrons de la chaleur intense qui y règne. » Pour l’heure, personne dans la commune n’a émis d’autre proposition pour installer le centre PCA ailleurs.

Pendant la courte récréation, les apprenants se rafraichissent avec un verre d’eau. Ils ont quelques minutes pour aller également aux toilettes. Mais cela se passe dans la nature… Il n’y a pas de latrines à leur disposition. Le centre n’est pas encore pourvu de ce type d’infrastructures, ce qui accentue la précarité de son environnement physique.

Hortense et ses élèves bravent les conditions difficiles qui prévalent à Gohomè. Claire pour sa part, ne raterait une séance pour rien au monde et elle obtient de bons résultats lors des évaluations scolaires. 

Claire n’a pas encore une idée fixe du métier qu’elle exercera plus tard. Mais une chose est sûre et elle a insisté sur ce point : « Je voudrais aller au collège après le Certificat d’Etudes primaires (CEP). » Claire  reste confiante en l’avenir et elle sait que le PCA est pour elle une véritable fenêtre sur le monde, une deuxième vie. Aussi exprime-t-elle sa gratitude à l’UNICEF dont le nom lui est familier, puisqu’il apparaît sur les tables et bancs de sa classe et qu’elle  reconnait le logo de l’organisation sur les cartons de matériel scolaire.

 Au Bénin, on dénombrait environ 700,000 adolescents hors de l’école en 2006, phénomène lié à un fort taux d’abandon. L’UNICEF, avec le financement de l’USAID a appuyé les mairies et le Ministère des Enseignements Maternel et Primaire, pour mettre en place un Programme de Cours accélérés appelé également « Ecole de la Seconde Chance ». L’initiative du PCA a pour but d’offrir aux adolescents hors de l’école âgés de 10 à 17 ans une alternative qui leur permet en trois ans au lieu de six, d’acquérir des compétences fondamentales en lecture, écriture, calcul et expression orale, ainsi que des Compétences de Vie Courante (CVC). Après ces trois années, les apprenants peuvent se présenter au CEP et accéder à l’école secondaire ou entrer dans la vie professionnelle.  A travers l’école de la seconde chance, l’UNICEF facilite l’accès à l’éducation à des enfants vulnérables comme Claire. Le programme apporte en outre un appui appréciable aux foyers à faibles revenus car les enfants reçoivent au PCA des manuels et fournitures scolaires. Le projet a démarré en janvier 2016 et la phase pilote a été étendue jusqu’en 2017, avec l’ouverture de 122 centres dans les zones d’intervention de l’UNICEF.