Bénin : À Tigninti, l’école devient le nouveau front de la résistance climatique.
Face à l'urgence environnementale, les Jeunes Délégués et l'UNICEF transforment les établissements scolaires de l'Atacora en laboratoires vivants de solutions durables et nutritives.
Selon les derniers rapports du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), l’urgence climatique n'est plus une menace lointaine, mais une réalité qui exige une mobilisation immédiate. Au Bénin, cette crise frappe de plein fouet les plus vulnérables : les enfants. Classé parmi les 33 pays au monde où le changement climatique menace le plus la survie de l'enfance, le pays affiche un Indice de Risque Climatique (CCRI) alarmant de 7,6 (UNICEF, 2021). Dans les zones rurales, la pluviométrie imprévisible et l’appauvrissement des sols font vaciller tout le système de sécurité alimentaire. C’est pour répondre à ce défi que les Jeunes Délégués - Amis du Climat (JDAC), du programme jeunes Délégués - Amis du Climat porté par le Ministère du Cadre et des Transports, en charge du Développement Durable et soutenus par l’UNICEF et le PNUD, après avoir participé à la COP29 en Azerbaïdjan grâce à l’appui de l’UNICEF, ont choisi de transformer des écoles en des espaces de transformation locale. L’idée est d’apprendre aux élèves et communautés locales les techniques innovantes de résilience climatique qui allient agriculture biologique hors sol, maitrise de l’eau en agriculture par irrigation goutte à goutte, compostage et recyclage des déchets plastiques pour petite irrigation. Ce qui a abouti à la création de jardins potagers hors-sol qui concilient nutrition, éducation, protection de l’environnement et gestion durable de l’eau.
À l'école de Tigninti, dans le département de l’Atacora, l’adaptation aux effets du changement climatique prend donc racine au cœur des écoles. « Cet établissement exemplaire, que nous avons identifié en étroite collaboration avec la Direction Départementale des Enseignements Maternel et Primaire (DDEMP), s'appuie sur des atouts majeurs tels que sa cantine scolaire et son accès à l’eau pour devenir le véritable fer de lance de la vision portée par le ministère du Cadre de Vie : celle d'une promotion active de la production biologique au service de nos enfants. », affirme Yessoufou Tanda, Directeur Départemental du Cadre de Vie et des Transports de l’Atacora.
Le projet repose sur un cycle vertueux : les résidus organiques sont collectés puis transformés en fumure naturelle, assainissant le cadre de vie tout en fertilisant les cultures sans produits chimiques. Ibrahima Wassilatou, Cheffe de la cellule communale Natitingou de l’Agence Territoriale de Développement Agricole, souligne l’efficience du modèle : « c'est un jardin pratique qui ne demande pas beaucoup d'entretien. C'est une production agroécologique avec de la matière organique disponible au sein de l'école. Le fait que ce soit à "zéro franc" et que les produits soient sains va améliorer la qualité nutritionnelle et pallier l'insécurité alimentaire. »
Un engagement porté par les enseignants et les élèves
Pour Casimir Félix Okoté, directeur de l’EPP Tigninti, cette phase pilote est une opportunité. « Mes collègues et moi sommes heureux de voir notre école retenue. Nous prenons l’engagement d’entretenir ces jardins comme il se doit, car ils permettront aux cuisinières de la cantine d’utiliser les légumes pour préparer des repas aux enfants. ». Inspiré par des techniques simples et facilement accessibles proposées par les jeunes délégués (utilisation de feuilles de neem, cendre, fiente d'animaux), le directeur prévoit même d'installer son propre potager à domicile.
Mais les véritables protagonistes sont les enfants, comme Ousoumane Samsiatou, 10 ans, en classe de CE1. Pour elle, mettre une plante en terre est une très belle expérience.
« Je suis très contente de ce jardin. Avec mes amies et l'appui des maîtres, nous allons faire une clôture pour éviter que les animaux ne viennent tuer nos plantes. J'ai hâte de voir d'ici quelques mois quand les tomates seront jolies et bonnes. »
Au-delà de l'école : marché carbone et autonomisation des femmes
L'ambition de cette initiative franchit les limites de l'enceinte scolaire pour s'ancrer durablement au cœur de la communauté. Ce volet stratégique cible spécifiquement les jeunes et les femmes à travers des formations innovantes sur l’économie verte, les pratiques durables et les mécanismes du marché carbone. En dotant les groupements de femmes de compétences en montage de projets climatiques, le programme transforme ces actrices communautaires en entrepreneuses de la transition écologique. Cette immersion dans les rouages du financement vert n'est donc pas seulement une éducation environnementale : c’est un levier de résilience économique qui permet aux femmes de diversifier leurs revenus, tout en protégeant leur écosystème.
Pour les autorités départementales du cadre de vie, l'objectif est désormais de créer une « traînée de poudre pédagogique » où les élèves, devenus écocitoyens, diffuseront ces techniques dans leurs familles. Pour garantir la pérennité de ces acquis, la Direction Départementale du Cadre de Vie et des Transports de l’Atacora prévoie déjà de mettre en place une équipe de suivi avec l’appui de l’UNICEF. L'ambition de ce projet dans la commune de Natitingou est claire : d'ici son achèvement, 300 écoliers seront sensibilisés et formés aux enjeux environnementaux et climatiques directement au sein de leurs établissements. Sur le plan communautaire, 50 membres issus d'organisations et de groupements locaux seront outillés pour saisir les opportunités du marché carbone et mettre en œuvre des solutions fondées sur la nature. Cette dynamique repose aussi sur une mobilisation de la jeunesse, avec 8 jeunes délégués accompagnés de 10 U-Reporters, tous engagés pour animer les séances de sensibilisation et ancrer durablement la conscience écologique dans les écoles.